Dernier apport d’azote : impasse possible, mais seulement dans certaines situations
Avec l’absence de pluies, il est nécessaire d’adapter sa stratégie pour le dernier apport d’azote, selon le type de sol et l’historique de fertilisation.
Depuis le dernier épisode de pluie significatif du 13 mars, les cumuls de pluies sont généralement très faibles et ne dépassent que localement 15 mm (carte 1). Les prévisions actuelles ne laissent pas entrevoir d’épisode pluvieux significatif dans les deux prochaines semaines.
Carte 1 : Pluie cumulée (mm) du 1er au 17 avril 2026
En parallèle, les céréales sont en avance d’une dizaine de jours. Les orges d’hiver sont en cours d’épiaison pour la plupart, les blés précoces sont à gonflement, voire à épiaison, et les semis de novembre atteignent le stade dernière feuille.
Une sécheresse qui devient préoccupante
L’absence de pluies significatives depuis mi-mars a deux conséquences :
- Installation rapide du déficit hydrique qui devient pénalisant à partir du moment où le réservoir du sol est épuisé : l’impact dépend de la profondeur du sol.
- Retard d’absorption de l’engrais azoté, avec potentiellement l’installation de carences induites par l’absence de pluie. Rappelons qu’un minimum de 10 mm est nécessaire pour valoriser un apport.
Pour la majorité des stations, les conditions de valorisation sont défavorables depuis la mi-mars.
Tableau 1 : Conditions de valorisation des apports d’engrais azoté - pour les principales stations météo régionales - Cumul de pluie dans les 15 jours suivants un apport d'azote : vert si > 15 mm, orange si < 15 et > 5 mm, rouge si < 5 mm
Quelle conduite à tenir pour la fertilisation azotée ?
Dans les sols superficiels, le réservoir en eau du sol est épuisé depuis dix jours. Sans irrigation, le potentiel des cultures est désormais pénalisé et l’impact risque de s’aggraver si la sécheresse se prolonge. Dans ces conditions, le maintien du dernier apport d’azote dépend du débouché de commercialisation de la récolte et de la valorisation des apports d’azote précédents :
- Si la dose apportée jusqu’ici a été bien valorisée – c’est le cas des apports réalisés avant la pluie du 13 mars - et qu’elle représente environ 80 % de la dose prévisionnelle initiale, la valorisation du dernier apport sera limitée et une impasse peut être envisagée dans ces sols superficiels.
- Si la dose apportée est inférieure à 80 % de la dose prévisionnelle, il est souhaitable de conserver un petit apport (30 kg N/ha) qui sera déclenché dès qu’un épisode pluvieux sera prévu, jusqu’au stade floraison. Au-delà, on supprimera l’apport.
En sols profonds, la sécheresse actuelle pénalise avant tout l’absorption d’azote, avec l’installation progressive de carences induites. L’impact sur le rendement est encore modéré voire nul dans les quelques secteurs qui ont reçu 15-20 mm courant avril. Dans ces sols, un dernier apport d’azote peut être encore programmé et sera déclenché dès qu’un épisode pluvieux sera prévu.
Les outils de pilotage apportent une information pertinente pour orienter la décision. Attention toutefois, si des apports d’azote ont été réalisés après les derniers épisodes pluvieux significatifs, leur valorisation est très faible, il est donc souhaitable de déduire tout ou partie de la dose de ce dernier apport de la dose conseillée par l’outil de pilotage.
Dans les parcelles irriguées, les potentiels sont préservés, il est donc important de maintenir les derniers apports prévus : ceux-ci devront être déclenchés avant l’irrigation.
Figure 1 : Bilan hydrique d’un sol de limon sur schiste moyennement profond à La Jaillière (49), parcelle de blé semée mi-octobre 2025 - Illustration de la vidange précoce du réservoir en eau dans les conditions de l’année
Privilégier les engrais les moins sensibles à la volatilisation
Les formes d’engrais conservent leur hiérarchie d’efficacité pour ce dernier apport. Les formes les moins sensibles à la volatilisation seront les mieux valorisées : ammonitrate, urée adjuvantée avec un inhibiteur de l’uréase (Nexen, UTEC 46, Novius…). La solution apportée en plein ne sera pleinement efficace que si elle est suivie rapidement d’une pluie significative ou d’une irrigation. Attention si les brûlures de feuilles sont peu préjudiciables pour le rendement, celles de l’épi sont beaucoup plus pénalisantes avec les apports au-delà du gonflement.
A noter que les engrais foliaires n’ont jamais montré une efficacité supérieure aux engrais solides y compris en situation de déficit hydrique prononcé. Ces formes sont généralement beaucoup plus coûteuses à l’unité que les formes plus classiques et, dans un contexte économique délicat, seront plus difficiles à rentabiliser que les engrais solides apportés au sol.
Jusqu’à quel stade apporter l’engrais ?
Les apports d’azote réalisés entre dernière feuille et gonflement permettent de gagner à la fois en rendement et en protéines. Au-delà de l’épiaison, l’engrais apporté se traduira uniquement par un gain de protéines. Aussi, si cet apport « qualité » est réalisé, il sera de 20-30 kg N/ha maximum.
Au-delà de la floraison, la capacité à valoriser un apport devient aléatoire, en particulier dans les milieux séchants à finition rapide.
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