Céréales : une campagne 2025/2026 marquée par de multiples stress
Pour cette campagne, les céréales à paille auvergnates affichent des rendements plutôt décevants, mais une qualité satisfaisante.
La campagne céréales 2025/2026 a été marquée par une succession de phénomènes climatiques parfois extrêmes. Les canicules rencontrées en fin de cycle resteront dans les mémoires mais elles sont loin de suffire à expliquer les résultats quantitatifs et qualitatifs obtenus. Selon les secteurs, excès d’eau hivernal, stress hydriques précoces et tardifs ont pu se cumuler, expliquant un rendement moyen régional inférieur à 2025 pour les orges, les blés et les triticales. En revanche, le climat de la campagne a favorisé de bonnes qualités technologiques et sanitaires.
Un automne humide, un hiver pluvieux
L’automne 2025 a été humide, mais contrairement aux campagnes précédentes, la finalisation des préparations de sol et les semis ont pu être correctement réalisés dans l’ensemble, avec des créneaux jusqu’à mi-octobre puis début novembre. Pas de difficulté majeure non plus pour les semis en secteur d’altitude et de moyenne altitude. Les conditions étaient favorables aux interventions de désherbage d’automne, devenues indispensables face à l’augmentation généralisée des pressions de graminées adventices.
Côté températures, les cumuls ont été très supérieurs à la normale, à la fois durant l’automne et aussi, l’hiver. En plaine, deux seules courtes périodes de froid négatif ont fait exception : quelques jours fin novembre, puis les deux semaines autour du Nouvel An. Cette année, aucun dégât de gel en début de montaison n’est à déplorer, malgré une avancée en stades exceptionnelle, rendant les céréales sensibles aux baisses de températures très tôt en sortie d’hiver.
Le facteur de stress le plus impactant sur ce début de campagne est plutôt à chercher du côté des cumuls du pluie hors normes en février. Dans les secteurs les plus arrosés, les cumuls pour ce mois-ci ont en effet dépassé les 100 mm. C’est le cas en particulier dans le nord de l’Allier, où les sols sont les plus sensibles à l’excès d’eau : le tallage a été fortement impacté et des pertes de pieds ont pu concerner des parts significatives de parcelles lorsque l’eau a stagné plusieurs jours. Ailleurs dans la région et dans les sols plus filtrants, le tallage était plutôt élevé, boosté par les sommes de températures.
Une montaison précoce et suspendue au retour de la pluie
Après les excès d’eau de février qui ont retardé les opérations culturales, notamment les premiers apports d’azote, la tendance pluviométrique s’est brutalement inversée. A l’exception d’un épisode de pluie mi-avril qui a très inégalement servi la région, la sécheresse s’est installée jusqu’à début mai.
Ce sont les secteurs de l’Allier déjà impactés par les excès d’eau de l’hiver qui ont été les plus sévèrement touchés par les faibles cumuls de pluie durant la montaison, ce qui s’est traduit par des densités d’épis faibles, inférieures à 400 épis/m2.
Partout ailleurs, les densités d’épis ont été variablement limitées par le stress hydrique mais sont restées dans des gammes correctes pour la région. On peut dire qu’une partie du potentiel s’est jouée lors de l’épisode de précipitations de mi-avril : les 15 à 30 mm d’écart entre le sud-est et le nord-ouest de la région ont fait toute la différence, que ce soit pour la valorisation des engrais azotés comme pour la temporisation du stress hydrique.
Carte 1 : Cumul de pluie du 20 mars au 20 avril 2026
Un mois de mai plus clément avant la canicule
Tous les secteurs de plaine ont reçu entre 40 et 80 mm de pluie au cours des vingt premiers jours de mai, ce qui a réduit momentanément le stress hydrique autour de l’épiaison et de la floraison, et a permis de solder la valorisation des derniers apports d’azote.
Grâce à de bons niveaux de rayonnement et une pression des maladies globalement limitée, les fertilités des épis ont été bonnes à très bonnes. Une exception doit être faite pour les parcelles de blé ayant subi des attaques de rouille jaune. Il s’agit soit de variétés sensibles soit de variétés dont la résistance a été probablement contournée par de nouveaux pathotypes de rouille. Ces situations sont restées ponctuelles mais ont pu se solder par des pertes jusqu’à 40 % du rendement, même avec des interventions fongicides.
Une fin de cycle marquée par un intense stress hydrique
Fin mai, les céréales ont dû faire face à de nouveaux extrêmes climatiques. La hausse brutale des températures fin mai a concentré toutes les inquiétudes : des températures moyennes entre 8 et 10°C supérieures à la normale, des températures maxi entre 30 et 33°C en plaine, cela n’avait encore jamais été observé dans la région à cette période de l’année. Pourtant, comme le montrent les suivis physiologiques dans nos essais, ces excès de températures ont eu un impact direct limité sur les céréales et n’ont pas provoqué de dessèchement brutal des plantes. L’impact a été surtout indirect, combiné au fort rayonnement et à la faible humidité, en favorisant des demandes évaporatives records. En effet, les EvapoTranspiration Potentielles (ETP) journalières ont atteint entre 7 et 8 mm/j pendant 10 jours ! Avec l’absence de nouvelles pluies, ces niveaux très élevés d’ETP ont vite conduit à remettre les plantes en stress hydrique alors que les blés étaient au début du remplissage des grains. L’impact sur la composante Poids de Mille Grains (PMG) a été d’autant plus fort que le sol présentait un faible réservoir en eau, et donc que le stress hydrique a été intense.
Dans nos essais, nous ne voyons pas d’effet précocité de la variété sur la dynamique de remplissage des blés, quelle que soit la zone de production en Auvergne. En revanche, entre espèces, la précocité de finition du cycle a pu jouer : les orges ont bénéficié d’un effet évitement par rapport au blé ; tandis que les triticales, dont le remplissage est plus long, ont été plus fortement touchés par le stress hydrique. Le remplissage des triticales a été particulièrement impacté dans les zones de montagne, plus tardives.
A noter que l’état sanitaire en fin de cycle était très bon pour les blés et les triticales. En revanche, les orges ont pu essuyer de fortes attaques de ramulariose, combinées à des grillures polliniques. Conséquence : disparition brutale et précoce de la surface verte, et donc de la photosynthèse lors du début du remplissage du grain.
Des rendements décevants mais une qualité au rendez-vous
Finalement, les rendements régionaux en blé sont globalement décevants, proches de la moyenne quinquennale dans les situations les moins stressées et jusqu’à 15 q/ha inférieurs dans les zones les plus impactées par les excès d'eau hivernaux, par le déficit de précipitations à la montaison et dans les sols les plus superficiels.
Déception également pour les rendements des triticales : bien que cette espèce ait un peu mieux tenu que le blé dans les sols hydromorphes, elle a déçu en termes de population d’épis et de remplissage.
Les rendements des orges sont plus satisfaisants, même s’il manque 5 à 10 q/ha dans les secteurs où la montaison a été la plus sèche. Au-delà du climat, les problématiques d'enherbement ont contribué de manière non négligeable aux pertes de rendement des blés comme des orges.
Malgré ces rendements décevants, la qualité technologique de la récolte est satisfaisante, avec des taux de chute de Hagberg dans les normes, des poids spécifiques élevés, proches de 80 kg/hl pour les blés et de 68 kg/hl pour les orges. Les teneurs en protéines sont généralement élevées, supérieures à 12 % pour des blés panifiables supérieurs BPMF, sauf dans les situations où le dernier apport d'azote n'a pas été réalisé, où les teneurs descendent autour de 10,5 %. La valorisation des apports azotés apparaît globalement correcte lorsque leur positionnement n’a pas été trop retardé. Un effet de concentration a également contribué à maintenir de bons niveaux de protéine.
La qualité sanitaire est également satisfaisante cette année : aucun problème notable de mycotoxines (dont DON) ou d'ergot n’est à signaler.
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