Céréales sous l’eau : des pertes variables selon la durée d’ennoiement
Alors que de nombreuses céréales en cours de tallage sont en situation d’hydromorphie, les effets de ces excès d’eau vont dépendre de la durée d’exposition au phénomène. Rattrapage possible ou retournement de la parcelle ? Il faudra attendre le ressuyage complet des parcelles pour un diagnostic définitif.
Des pertes importantes en fonction de la durée d’ennoiement
La bibliographie relate peu d’effets des asphyxies au stade tallage sur les céréales à paille. Cependant, très peu de travaux ont étudié les effets des asphyxies se déroulant par temps poussant, comme c’est le cas dans le sud de la France.
Lors de la campagne 2020-2021, ARVALIS a pu analyser ce phénomène, car la campagne a été très arrosée de décembre et janvier occasionnant des submersions dans de nombreuses parcelles début février. Ces asphyxies racinaires sont intervenues sur des plantes au stade tallage et par temps relativement doux.
Sur trois sites, une zone très touchée par l’ennoiement et une autre peu touchée ont été identifiées. Les comptages ont par la suite été réalisés dans ces zones, jusqu’au rendement par prélèvement de bottillons d’épis. La durée d’ennoiement correspond à la durée entre la submersion et le ressuyage de surface, la submersion (comme illustré le 4 février sur le site d’En Crambade), avec 1 à 10 cm d’eau n’ayant duré que quatre à sept jours. Le ressuyage total permettant le passage d’outil n’a été possible que vingt à trente jours après dans les zones les plus concernées !
Le climat à suivre conditionne les rattrapages possibles et 2021 a été très sec par la suite. Cela n’est pas étonnant, car la pluviométrie annuelle varie assez peu d’une année à l’autre, ce qui fait que des épisodes de très forte pluviométrie sont souvent suivis d’une période plus sèche.
Au final, les enseignements de 2021 montrent des pertes variables :
- L’ennoiement occasionne des pertes d’épis parfois important. Au-delà de dix jours d’ennoiement, c’est entre -33 et -55 % d’épis/m². Au-delà de vingt jours, les pertes sont beaucoup plus importantes.
- Le type de sol et le climat conditionnent les rattrapages possibles qui peuvent être spectaculaires, comme largement insuffisants. Les sols profonds ont plus de chance de rattraper, à l’image du site d’En Crambade.
- L’impact de l’ennoiement n’est pas négligeable même s’il intervient au stade tallage et le potentiel global, même en zone qui semble peu impactée, est réduit.
Observation de l’évolution de deux zones ennoyée et non ennoyée, sur le site d’En Crambade (31)
Faudra-t-il pour autant prévoir de remplacer certains blés ?
En cas de gel tardif, des seuils de retournement ont été définis pour prendre en compte le seuil de rentabilité économique du maintien ou du remplacement de la culture (en comprenant le coût déjà engagé par rapport au coût d’implantation d’une nouvelle culture).
Ces seuils sont très bas et vont dépendre de la régularité de la perte dans la parcelle :
- En sols profonds et à bonne réserve en eau, le seuil de retournement de la parcelle est de 50 plantes saines par m².
- Dans des situations moins favorables au tallage (semis tardifs, sols à faible réserve en eau…) : 80 plantes saines par m².
- La répartition des plantes doit être homogène sur la parcelle.
Selon l’intensité des pertes, certaines parcelles seront probablement à ces seuils, mais il faut attendre le ressuyage complet pour estimer les pertes et juger de son homogénéité.
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