Céréales : premiers symptômes de rouille jaune, quelle attitude adopter ?
Les premiers symptômes de rouille jaune viennent d’apparaître sur les variétés les plus sensibles dans la bordure océanique, portés par une météo favorable. Ces variétés sensibles à la rouille jaune sont donc à surveiller en priorité, mais la détection récente de deux nouvelles races impose un renforcement de la surveillance.
Des conditions climatiques favorables
Les tous premiers signalements de rouille jaune ont été remontés la semaine du 9 mars sur la façade océanique, principalement sur blé tendre en semis précoce et sur variété très sensible. Rien d’anormal à ce stade et dans les conditions actuelles ! En effet, les conditions fraîches et humides sont propices au développement de la rouille jaune : ce champignon, contrairement à la rouille brune qui a besoin de chaleur, se développe sur des plages de températures fraîches, avec un optimum de 7 à 10°C. De l’eau libre (pluie, rosée) est nécessaire à la germination des spores. Ainsi, la météo de ce début mars, avec des rosées, des pluies et des températures relativement fraîches sont particulièrement favorables.
En cas de rouille jaune, quelle stratégie adopter ?
Pour les variétés résistantes (note ≥ 7), il est inutile d’intervenir avant le stade 2 nœuds. Passé ce stade, une intervention sera nécessaire dès l’apparition de la maladie. En cas de rouille jaune sur ce type de variétés, observez l’évolution de la maladie sur plusieurs jours car elles acquièrent leur niveau de résistance à l’âge adulte et peuvent présenter des symptômes à des stades jeunes sans pour autant être contournées. En cas de contournement, les symptômes perdurent et progressent, et un traitement pourra être nécessaire. La vigilance est importante pour repérer précocement l’apparition d’un éventuel nouveau pathotype (voir encadré).
Pour les variétés sensibles (note ≤ 6) et les mélanges variétaux dès qu’il y a une variété sensible dans le mélange, une intervention sera possible dès le stade épi 1 cm uniquement en présence de foyers actifs de rouille jaune (pustules pulvérulentes). Sinon, au stade 1 nœud dès l’observation de pustules dans la parcelle.
Pour les variétés très sensibles à sensibles, si un traitement est nécessaire, et compte tenu du développement actuel des céréales, deux cas de figures se rencontrent sur le terrain :
- Les parcelles qui sont entre les stades épi 1 cm et 1 nœud : deux traitements avant le stade Dernière Feuille Etalée (DFE), qui devrait être atteint dans 1 à 1,5 mois, se justifient. Le premier devra intervenir dès l’apparition des pustules entre épi 1 cm et 1 nœud, avec une triazole (dose plancher en molécule solo de 150 g de tébuconazole [Mayndra 0,75 l ; Horizon EW 0,6 l], 90 g de metconazole [Juventus 1 l], ou 300 g de bromuconazole [Wasan 1 l]). Si le risque rouille jaune perdure, le second traitement pourra être positionné autour de 2 nœuds, avec une strobilurine seule (dose plancher de 100 g d’azoxystrobine [Amistar 0,4 l] ou 80 g de pyraclostrobine [Comet 200 0,4 l]). Une fois au stade DFE, il faudra privilégier un traitement contenant du benzovindiflupyr qui aura une efficacité rouille jaune (Elatus Era ; Questar + Aprovia Plus).
- Les parcelles qui ont atteint ou dépassé le stade 1 nœud : un seul traitement un peu renforcé avant DFE – qui sera atteint dans 3 ou 4 semaines maximum – peut donc suffire. S’il est positionné entre 1 nœud et 2 nœuds, il sera composé de 100 g d’azoxystrobine associée à 100 g de tébuconazole, ou bien une dose renforcée de tébuconazole solo à 200 g. À DFE, il faudra privilégier un traitement contenant du benzovindiflupyr qui aura une efficacité rouille jaune (Elatus Era ; Questar + Aprovia Plus).
Retour sur le suivi des populations françaises de rouille jaune en 2025
En 2025, l’INRAE a reçu 272 échantillons de rouille jaune à analyser, un effectif conséquent vis-à-vis des autres années. Après analyse, le pathotype V17ANemoVChevignon, détecté pour la première fois en 2024, est d’ores et déjà à hauteur de 20 % dans les échantillons de 2025. La présence de ce nouveau pathotype explique en partie le changement de comportement de certaines variétés comme Chevignon vis-à-vis de la rouille jaune en 2025. Un nouveau pathotype a été identifié en France en 2025, nommé « Champion ». Il a été également identifié dans plusieurs autres pays européens notamment en Angleterre, où de nombreux contournements ont été observés en 2025. Ce nouveau pathotype est virulent vis-à-vis du gène de résistance Yr15, présent dans certaines variétés résistantes de blé tendre.
Cette année, la surveillance doit être d’autant plus importante à la suite de l’arrivée de ces deux nouveaux pathotypes. Certaines variétés connues comme résistantes jusqu’à présent pourraient présenter des symptômes. Concrètement, toutes les variétés sont à surveiller et en particulier les variétés suivantes pour la région : Academy, Arcachon, Balzac, Belzebuth, Chevignon, Facility, Forcali, Intensity, Jeriko, Kardigan, KWS Millesime, KWS Ultim, LG Acrobat, LG Anouk, RGT Valparaiso, Spirou.
Le suivi des populations de rouille jaune avec l’identification des races présentes sur le territoire réalisé par l’INRAE se poursuit : ne pas hésiter à nous signaler des parcelles de variétés jusque-là résistantes, qui seraient touchées afin de réaliser un prélèvement de feuilles contaminées.
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