Gestion des résistances aux fongicides sur céréales à paille : téléchargez la note commune 2026
Retrouvez dans cette note – co-rédigée par l'Inrae, l'Anses, ARVALIS et la Fnams – l’état des résistances aux fongicides utilisés pour lutter contre les maladies des céréales à paille et les recommandations pour limiter leur développement en 2026.
Septoriose du blé : les résistances marquent le pas
La progression des résistances aux fongicides des souches de septoriose du blé marque le pas en 2025, en particulier celle vis-à-vis des SDHI. C’est plutôt une bonne nouvelle.
Avec une nuisibilité moyenne des maladies du blé observée dans les essais du Réseau Performance à 12,2 q/ha, 2025 se classe comme une année à faible nuisibilité. Dans ce contexte, le paysage des souches de septoriose est relativement stable à l’échelle nationale (figure 1).
Sur la base des 158 analyses du Réseau Performance, les souches TriHR (très résistantes aux IDM1) sont les seules à voir leur fréquence augmenter en 2025. Elles représentent désormais 70 % de la population (contre 64 % en 2024). De leur côté, les souches sensibles aux IDM (TriLR) ont complètement disparu, tandis que les TriMR (moyennement résistantes aux IDM) sont stables, autour de 6 %).
SDHI : un peu de répit !
Quant aux souches CarR (spécifiquement résistantes aux SDHI2), leur fréquence moyenne demeure élevée mais ne progresse pas (36 % en 2025 vs 41 % en 2024) et inclut potentiellement une grande diversité de mutations. Parmi ces souches CarR, les phénotypes hautement résistants (CarHR) présentent une fréquence de 14 % en 2025 (contre 19 % en 2024 et 22 % en 2023). Cela suggère la présence majoritaire de génotypes à faible résistance envers les pyrazoles-carboxamides. Les pertes d’efficacité qui pourraient en résulter ne sont pas pour l’instant perceptibles dans une majorité de situations.
Pour rappel, l’efficacité des SDHI est déjà très affectée depuis plusieurs années Outre-Manche, en particulier en Irlande.
Toujours pas de résistance avérée vis-à-vis des QiI
Du côté des souches MDR (pour multidrug resistance), qui présentent une résistance croisée aux IDM et aux SDHI, leur fréquence tend à se stabiliser autour de 25 % en 2025 (contre 30 % depuis 2023).
Et vis-à-vis des QiI3, représentés par le fenpicoxamide, utilisé pour la première fois en 2021 en France, aucune souche résistant spécifiquement à cette substance active n’a été détectée au champ à ce jour.
Figure 1 : Evolution des populations de septoriose en France selon leurs phénotypes de résistance observés dans les échantillons du Réseau Performance depuis 2010
Helminthosporiose de l’orge : la résistance aux strobilurines reste élevé
Du côté des orges, la résistance de l’helminthosporiose aux SDHI est généralisée et affecte sévèrement l'efficacité de cette famille de fongicides. Quant à la résistance aux strobilurines (QoI), elle reste à des niveaux élevés ces dernières années (entre 60 % et 80 % environ).
Pour éviter de sélectionner davantage de souches présentant une résistance multiple, le recours à un mélange trois voies QoI+SDHI+IDM doit être rigoureusement limité aux situations où l’helminthosporiose est très difficile à contrôler. De même, il convient de toujours associer les SDHI à des fongicides efficaces présentant d’autres modes d’action.
Rouilles des céréales : des isolats résistants aux SDHI
Des isolats de rouilles des céréales portant des mutations associées à la résistance aux SDHI ont été identifiés depuis quelques années en France. Ces résistances semblent progresser depuis 2022. Leurs impacts en pratique sont mesurables par une baisse d’efficacité de plusieurs SDHI sur rouille brune du blé tendre.
Concrètement, sur rouilles, il convient d’éviter de recourir aux SDHI. Préférer les associations de triazoles et de QoI. Pour rappel, la lutte contre ces agents pathogènes doit être envisagée en priorité via l’utilisation de variétés résistantes.
Sur blé comme sur orge : un seul SDHI par saison
La recommandation de limiter à une seule application par campagne l'utilisation des SDHI (y compris les traitements de semences revendiquant une action sur les maladies foliaires) est maintenue, sur orge comme sur blé. Il convient également de les associer à des partenaires efficaces pour limiter la pression de sélection vis-à-vis de ce mode d’action.
Face à la progression des résistances multiples, n’intervenir que si strictement nécessaire et maintenir si possible un fongicide multisite dans le programme.
Pour connaître l’état des résistances et les recommandations associées, maladie par maladie,
Les recommandations formulées dans cette note visent en première intention à limiter la pression de maladie en encourageant le recours à la prophylaxie, aux variétés résistantes et aux outils d’aide à la décision, pour limiter le recours aux traitements et leurs effets non-intentionnels.
1 IDM est le sigle qui désigne un Inhibiteur de DéMéthylation et la famille de substances fongicides qui partagent ce mode d’action. Les triazoles en sont les principaux représentants.
2 SDHI est le sigle de Succinate DésHydrogènase Inhibitors (inhibiteurs en français). Les substances actives de ce groupe perturbent la division cellulaire du champignon pathogène en interagissant avec cette enzyme. Les principaux représentants sont le fluopyram, le bixafène, le benzovindiflupyr et le fluxapyroxad.
3 Le sigle QiI (pour Quinone inside Inhibitors) désignent les fongicides qui inhibent le cytochrome b au site de fixation interne de l’ubiquinone. La fenpicoxamide est la seule substance active utilisable aujourd’hui sur céréales qui dispose de ce mode d’action.
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