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Poitou-Charentes

Céréales : l’impasse fongicide peut actuellement se justifier dans certains cas

Les conditions sèches observées depuis mi-mars (absence de pluies et humidité réduite) sont particulièrement défavorables à la majorité des maladies du feuillage, à l’exception de la rouille jaune, qui a fait son retour depuis le 10 avril. En l’absence de pluies significatives à venir, dans un contexte de déficit hydrique impactant le rendement et de gain économique attendu limité, de nombreuses questions sur la protection fongicide dit « T2  - DFE » se posent, en particulier celle de l’impasse.

rouille jaune sur feuille de blé tendre tenue entre deux doigts en avril 2026 en Poitou-Charentes

Loin de vouloir généraliser, l’impasse fongicide peut être envisagée de façon raisonnée cette année pour certaines situations bien fléchées : hors pression rouille jaune, variétés peu sensibles et faible niveau de symptômes de septoriose observé, gain économique attendu limité et impact du déficit hydrique sur le rendement.

Où en sont les stades ?

Les cumuls de températures excédentaires combinés au stress hydrique entraînent une progression rapide et accélération des stades : clairement, l’année 2026 est très précoce pour toutes les périodes de semis des céréales. Les parcelles sont actuellement au stade dernière feuille étalée, voire l’ont dépassé, période pivot pour la protection fongicide. 

Cartes 1 &2 : Dates d’atteinte du stade épiaison pour la variété LG Absalon semée au 15/10/2025 (à gauche) et pour la variété Celebrity semée au 10/11/2025 (à droite)

Cartes 1 &2 : Dates d’atteinte du stade épiaison pour la variété LG Absalon semé au 15/10/2025 (à gauche) et pour la variété Celebrity semé au 10/11/2025 (à droite)

Où est la septoriose ?

Pour rappel, la clé du raisonnement contre la septoriose se base sur la présence et l’intensité de la maladie sur la F4 définitive, afin de conserver le plus longtemps possible les trois dernières feuilles contributives au rendement exemptes de septoriose.

A dernière feuilles étalée, intervention fongicide si sur la F4 définitive : 

  • Variétés sensibles note septoriose ≤ 6 (Celebrity, KWS Ultim, SY Admiration) : 20 % des F4 définitives présentent de la septoriose.
  • Variétés peu sensibles note septoriose ≥ 6,5 (Thermidor, LG Absalon, Sphere...) : 50 % des F4 définitives présentent de la septoriose.

Concrètement, actuellement, une majorité des parcelles de blés de la région correspondent à la seconde situation (variétés peu sensibles à la septoriose et très faible présence de septoriose sur les F4 définitives). De plus, les conditions météo pour les huit prochains jours sont défavorables aux maladies (absence de pluie et d’humidité). 

Il faut également prendre en compte l’impact significatif du déficit hydrique printanier sur le rendement pour les parcelles à sol superficiel à moyen et le contexte économique difficile : tout ajustement économique est bon à prendre. Les essais variétés des années à printemps sec donnent des nuisibilités de 0 à 2,5 q/ha sur variétés peu sensibles (Lusignan et Le Magneraud) hors contexte rouilles, ce qui induit des rentabilités limitées des fongicides. Dans de telles situations, une impasse fongicide à dernière feuille étalée est possible et justifiée à date. Si d’ici 8 à 12 jours, un épisode pluvieux activait la rouille brune sur les variétés sensibles qui sont souvent cultivées dans la région, il sera toujours temps de pouvoir intervenir jusqu’à floraison.

Pour les variétés sensibles avec une présence de septoriose sur les F4 définitives, un traitement fongicide est conseillé en se positionnant sur la gamme « faible nuisibilité septoriose ». Là encore, des économies peuvent être faites cette année.

Tableau 1 : Estimation des coûts des programmes fongicides

Tableau 1 : Estimation des coûts des programmes fongicides

Et si la rouille brune fait son apparition ?

Pour rappel, ce champignon a besoin d'eau libre pour la germination des spores et son cycle est favorisé par des températures comprises entre 15 et 25 °C. Les conditions de températures sont favorables mais l’eau libre ou l’humidité et l’absence de rosée sont bien déficitaires actuellement, sans compter sur le vent actuel persistant, même la nuit nord/est, qui est très asséchant. Si les conditions devenaient plus pluvieuses d’ici 10-15 jours, en mai, il sera toujours possible de la gérer voire de protéger également les épis des fusarioses en même temps avec un traitement floraison (avec Kestrel ou Prosaro), notamment pour les blés durs.

En présence de rouille jaune, quelle stratégie adopter ?

En cas de rouille jaune fortement épidémique : intervenir avec un tébuconazole

Intervenir avec une dose plancher de 150 g du tébuconazole (effet curatif) ou bien 100 g d’azoxystrobine ou 80 g de pyraclostrobine* associé à 125 g de tébuconazole. À noter qu’une triazole seule reste plus efficace en curatif qu’une strobilurine seule, plutôt efficace en préventif. 

(* à partir du 1/05/2026 : restriction des mélanges contenant la pyraclostrobine, hormis certains mélanges déposés et homologués)

En cas de traces de rouille jaune non explosive 

Si la rouille jaune est non explosive, une solution contenant du benzovindiflupyr aura une efficacité rouille jaune et assurera l’alternance des molécules notamment si unT1 avec un tébuconazole a déjà été fait (Elatus Era, Questar + Aprovia Plus) ou une association avec une strobilurine efficace non utilisée en T1.

Pour rappel, des évolutions de souches de rouille jaune avec les résultats des analyses réalisées par l’INRAE

L’INRAE a détecté un nouveau pathotype en 2024 V17ANemoVChevignon et qui est d’ores et déjà à hauteur de 20 % dans les échantillons de 2025. La présence de ce nouveau pathotype explique en partie le changement de comportement de certaines variétés comme Prestance, Chevignon ou encore Celebrity, vis-à-vis de la rouille jaune en 2025.
Un nouveau pathotype a été identifié en 2025, et est nommé « Champion », il a été également identifié dans plusieurs autres pays européens notamment en Angleterre, où de nombreux contournements ont été observés en 2025. Ce nouveau pathotype est virulent vis-à-vis du gène de résistance Yr15, présent dans certaines variétés résistantes de blé tendre.
Cette année, la surveillance doit être d’autant plus importante à la suite de l’arrivée de ces deux nouveaux pathotypes. Certaines variétés connues comme résistantes jusqu’à présent pourraient présenter des symptômes.
Concrètement, toutes les variétés sont à surveiller et en particulier les variétés suivantes pour la région : Academy, Arcachon, Balzac, Belzebuth, Chevignon, Facility, Forcali, Intensity, Jeriko, Kardigan, KWS Millesime, KWS Ultim, LG Acrobat, LG Anouk, RGT Valparaiso, Spirou.
Le suivi des populations de rouille jaune avec l’identification des races présentes sur le territoire réalisé par l’INRAE est crucial = signalez nous les parcelles avec les variétés jusque-là avec de bonnes notes rouille jaune et mieux effectuez des prélèvements de feuilles pour l’INRAE.

A retenir

Présence de rouille jaune en foyer : intervenir dès que possible avec les solutions les plus efficaces.

  • Dose plancher de 150 g du tébuconazole ou bien 100 g d’azoxystrobine ou 80 g pyraclostrobine* associé à 125 g de tébuconazole (effet curatif). 

(* à partir du 1/05/2026 : restriction des mélanges contenant la pyraclostrobine, hormis certains mélanges déposés et homologués)

  • Si la rouille jaune est non explosive, une solution contenant du benzovindiflupyr permettra de la contrôler par exemple.

Absence de rouilles jaune et brune à dernière feuille étalée : pour se sécuriser, se référer à la pression réelle de la septoriose de la parcelle :

  • Pour les variétés sensibles (note septoriose ≤ 6) avec présence de plus de 20 % de septoriose sur la F4 définitive : intervention fongicide à partir de DFE.
  • Pour les variétés peu sensibles (≥ 6,5) : une impasse actuelle est possible si moins de 50 % de la F4 définitive présente de la septoriose. Dans ces situations les trois dernières feuilles sont saines et naturellement protégées. Si un épisode pluvieux après DFE-épiaison activait la rouille brune sur les variétés sensibles qui sont souvent cultivées dans la région, il sera toujours temps de pouvoir intervenir jusqu’à floraison.

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