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Normandie

Céréales : estimer les pertes d’azote du sol suite aux pluies

Les excès d’eau touchent la majorité des sols normands, des limons battants aux argiles lourdes. Les stocks d’azote semblaient plutôt élevés en sortie d’hiver, mais ont pu diminuer depuis les prélèvements, en raison des fortes pluies. Il est donc nécessaire de réajuster les reliquats sortie d’hiver. Et qu’en est-il pour le soufre ? Dans tous les cas, il faut attendre le ressuyage des parcelles pour positionner la fertilisation.

Blé au stade début tallage, forte biomasse, début février 2026, en Normandie

Recalculer les reliquats entre le prélèvement et la réception

Les résultats des reliquats azotés sortie d’hiver (RSH) sont en train d’arriver, et les premiers retours semblent plutôt élevés. En cause : un hiver en tendance un peu plus doux et sec que d’habitude. Mais comment prendre en compte l’impact de la pluie depuis le prélèvement ?

Prendre en compte les pertes par lixiviation

Prenons pour exemples trois situations normandes (RSH prélevés le 15/01/26) : 

  • Limon profond du Pays de Caux d‘Yvetot ;
  • Sable limoneux sur granite de Saint Hilaire du Harcouët ;
  • Argile lourde de Mortagne au Perche.

L’analyse de terre indique pour chacune 50 kg d’azote minéral dans l’horizon 0-30 cm, 20 kg dans l’horizon 30-60 cm et 30 kg dans l’horizon 60-90 cm. Ceci fait un total de 100 kg N de reliquat (il s’agit d’un exemple pour faciliter le calcul). Entre le 15 janvier et le 15 février, il a plu (carte 1).

Carte 1 : Cumul de pluviométrie entre le 15/01/2026 et le 15/02/2026

Carte 1 : Cumul de pluviométrie entre le 15/01/2026 et le 15/02/2026

Tableau 1 : Cumul de pluviométrie entre le 15/01/2026 et le 15/02/26 sur 3 sites

Tableau 1 : Cumul de pluviométrie entre le 15/01/2026 et le 15/02/26 sur 3 sites

La lame drainante est globalement le cumul de pluies lorsque le sol est à capacité au champ, ce qui est le cas pour la plupart de nos situations normandes.

La valeur de reliquat (Ri) à retenir pour le calcul de la dose X sera ajustée en fonction de la lame d’eau drainée depuis la date du prélèvement de terre, du type de sol et de sa profondeur. 

En considérant que le sol était à la capacité au champ au moment du prélèvement, ce cumul de pluies correspond à la lame drainante. A partir de ces informations, les abaques du Comifer permettent de mesurer le pourcentage de perte d’azote par lixiviation pour chaque horizon.

Pour le cas d’Yvetot, en arrondissant la pluviométrie à 150 mm, trouvons donc la proportion de perte en azote par horizon.

Tableau 2 : Taux de lixiviation au-delà de 90 cm en sol limoneux

Tableau 2 : Taux de lixiviation au-delà de 90 cm en sol limoneux

Tableau 3 : Estimation de la perte en azote par horizon

Tableau 3 : Estimation de la perte en azote par horizon

Résultat : soit en cumulant les 3 horizons, une perte totale de 46,62 kg N/ha !

Figure 1 : Flux d’azote dans le sol

Schéma 1 : Flux d’azote dans le sol

Pour nos deux autres cas, voici les solutions – à vous de trouver le cheminement !

  • Saint Hilaire du Harcouët : perte totale de 91.54 kg N/ha.
  • Mortagne-au-Perche : perte totale de 27,27 kg N/ha.

Il est donc important de bien ajuster sa dose prévisionnelle d’azote en fonction de la pluviométrie de l’année – laquelle a un impact direct sur les reliquats.

A vous de jouer avec les valeurs de reliquats et données météo !

Les parcelles jaunissent, vite…de l’attente !

En cette sortie d’hiver 2026, 80 % des parcelles de céréales d’hiver sont bien développées et sont même parfois trop luxuriantes ! La végétation continue d’évoluer avec les températures douces depuis mi-janvier : la majorité des blés et orges d’hiver est au stade fin tallage et, dans certaines situations, il est possible de retrouver entre 5 et 10 talles par pied (essentiellement semis de début octobre). 

Dans ces situations, il est important de bien piloter le premier apport d’azote, car maintenir cette biomasse élevée peut être dépréciatif sur le rendement. En effet, il est maintenant démontré que trop de biomasse (garder des tiges excédentaires trop longtemps) peut rendre la plante plus sensible à des aléas climatiques de fin de cycle (ou trop chaud, trop sec, ou pire encore ; trop humide, type 2016 ou 2024).

Dans le cas de parcelles bien implantées, stresser les céréales d’hiver actuellement, en décalant le premier apport azoté, permettra de favoriser d’avantage l’enracinement et donc de valoriser au mieux les épandages de fin de cycle : les variétés de blé d’aujourd’hui réalisent leur rendement principalement sur les composantes fertilité épi et PMG, qui se mettent en place plus tardivement que les épis/m² !

Rappelons, que l’objectif de l’apport au tallage est de maintenir un nombre de talles et donc, un nombre d’épis suffisants afin d’optimiser le rendement. Trop d’azote trop tôt va engendrer une conservation de ce nombre important de talles, et donc, fragiliser nos cultures aux risques de verse et de maladies.

Les excès d’eau et l’hydromorphie actuelle sont la principale cause du jaunissement des parcelles (particulièrement pour l’orge). Dans ces conditions d’asphixie racinaire, l’azote qui serait apporté actuellement serait inutilisable par la plante (et lixivié si la pluie continue), et ce, sans parler du tassement des sols provoqué par un passage.

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Jaunissement des parcelles en conditions hydromorphe. A droite : variétés d’orge d’hiver - A gauche : variétés de blé tendre.

Apport de soufre : attendre le début du stade épi 1 cm 

Le soufre, sensible à la lixiviation, nécessite un apport dans les sols à risque (superficiels, filtrants, pauvres en matière organique et sans apports réguliers). À apporter au plus tard au stade épi 1 cm, de préférence au tallage, la quantité exacte dépend du potentiel de rendement et doit être ajustée selon la grille dédiée. Selon la forme de soufre choisie, il est tout à fait possible d’envisager l’apport à épi 1 cm cette année, en absence d’apport au tallage.

Figure 2 : Grille de décision d’un apport de soufre sur blé tendre - ARVALIS

Figure 2 : Grille de décision d’un apport de soufre sur blé tendre - ARVALIS

Carte 2 : Cumul de pluviométrie entre le 01/10/2025 et le 15/02/2026

Carte 2 : Cumul de pluviométrie entre le 01/10/2025 et le 15/02/26

Retrouvez nos préconisations sur la gestion de la fertilisation azoté du blé dans les vidéos ARVALIS : Concilier rendement et protéines en blé tendre – Episode 1/4 : modérer l’apport d’azote au tallage.

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