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Céréales : comment diagnostiquer d’éventuels dégâts de gel ?

Les températures douces depuis 10 jours permet de visualiser le redémarrage des plantes et, ainsi, de diagnostiquer d’éventuels dégâts liés à la vague de froid de ce début d’année.

diagnostic gel au tallage

Les conditions d’apparition du gel et la présence de neige en ce début d’année ont été des facteurs très favorables au bon comportement de la majorité des céréales vis-à-vis de l’épisode de froid. Seules quelques rares situations sont à risque et nécessitent d’être évaluées et suivies, en observant finement les plantes pour vérifier la reprise de végétation.

Un froid intense, durable mais progressif

L’épisode de froid a atteint son paroxysme autour des 5-6 janvier, associé à la chute d’une épaisseur conséquente de neige sur une partie du territoire. Des températures inférieures à -8°C sous-abri ont été relevées dans de nombreuses régions de France (carte 1).

Carte 1 : Températures minimales extrêmes (en °C) mesurées sous-abri entre le 15/12/2025 et le 15/01/2026 (à gauche - données Météo France) ; présence d’au moins 3 cm de neige relevée entre les 5 et 11 janvier 2026 (à droite - source LSA-SAF)

Cependant, la chute des températures s’est étalée sur plus de 10 jours, avec les premières gelées dès Noël. L’apparition progressive a donc eu deux effets :

  • Au niveau de la plante, les températures fraîches (< 10°C) et froides (entre 0 et -5°C) permettent un endurcissement progressif, sans engendrer de dégâts. 
  • Au niveau du sol, il y a eu un gel progressif des premiers centimètres, sans pour autant que la température souterraine ne descende trop fortement (dégel partiel pendant la journée, isolation thermique par la neige lors des journées les plus froides). Notons aussi que l’absence de pluies avant l’arrivée de l’épisode de froid a permis aux sols de se ressuyer.

Ainsi, les conditions d’apparition du gel ont été assez favorables pour que les plantes soient endurcies et que le sol n’engendre pas trop de contraintes mécaniques.

Lire aussi : « L’endurcissement détermine la tolérance au gel des céréales »

Un dégel net

Le dégel a été associé à une arrivée rapide d’air doux et humide : les températures sont dès lors rapidement redevenues positives, dès le 10 janvier (figure 1). Il n’y a donc pas eu d’alternance de gel-dégel qui peut parfois accroître le stress des cultures.

Figure 1 : Evolution quotidienne des températures et les précipitations entre le 1er décembre 2025 et le 20 janvier 2026 - Station météo de Villiers-le-Bâcle (91)

Figure 1 : Evolution quotidienne des températures et les précipitations entre le 1er décembre 2025 et le 20 janvier 2026 - Station météo de Villiers-le-Bâcle (91)
Les chutes de neige sont intervenues les 5-6-7 janvier.

Des différences de résistance entre variétés et espèces

En matière de résistance au gel, les espèces d’hiver (blé tendre, orge d’hiver, triticale et seigle), à l’exception de l’avoine d’hiver, supportent sans difficulté des températures de -10°C, voire en-deçà si elles sont au stade tallage et un minimum endurcies, ce qui était le cas cette année. Il n’y a donc aucune crainte à avoir pour ces espèces en plaine. En revanche, en altitude ou dans des conditions spécifiques d’exposition (avec des baisses de température très nettes), des dégâts pourraient apparaître.

Figure 2 : Niveaux relatifs de résistance au gel des cultures après endurcissement (source : Gate 1995)

Figure 2 : Niveaux relatifs de résistance au gel des cultures après endurcissement (source : Gate 1995)
La largeur de la flèche illustre la variabilité génétique.

Pour les espèces « de printemps » (blé dur, orge de printemps), la situation est plus délicate : ces espèces ont moins de capacité à s’endurcir, et leur comportement se résume essentiellement à leur résistance intrinsèque, inférieure aux espèces d’hiver. De ce point de vue, le blé dur est plus résistant que l’orge de printemps semée en automne.

Compte-tenu du scénario thermique de cet hiver, il est probable que la majorité des blés durs « passent », surtout s’ils bénéficiaient d’une protection neigeuse lors du pic de froid, alors que les orges de printemps ont sans doute été exposées à des froids problématiques. La combinaison simultanée avec d’autres stress, tels que des phytotoxicités herbicides peut aggraver la situation.

Dépasser les nécroses foliaires pour se concentrer sur l’apparition de nouvelles feuilles

Les dégâts de gel vont tout de suite se manifester sur les feuilles, avec des nécroses foliaires d’autant plus importantes que la culture est sensible. Attention toutefois à l’impression visuelle : à niveau de résistance égale, une forte végétation initiale peut donner l’impression de dégâts importants car le sol peut être jonché de feuilles nécrosées. Si la nécrose des feuilles est inversement proportionnelle à la résistance du couvert, elle ne constitue pas un diagnostic définitif de l’état du couvert. Le bon indicateur est l’émission de nouvelles feuilles vertes.

La séquence climatique actuelle, avec des températures douces depuis 10 jours, est idéale pour visualiser le redémarrage des plantes. La sortie progressive de nouvelles feuilles vertes (photo 1) indique que l’apex de la plantule est encore fonctionnel.

photo 1
Photo 1 : Après des dégâts de gel, apparition d’une nouvelle feuille saine au cœur des plantes (variété RGT Planet semée le 13/11/25, Villiers-le-Bâcle (91) – Photo prise le 19/01/26 - V. Bontems).

Les photos ci-dessous illustrent des comportements variétaux tranchés sur un essai d’orges (hiver et printemps) semé mi-novembre à Villiers-le-Bâcle (91). On peut noter le bon comportement attendu de la variété d’hiver (KWS Faro) par rapport aux variétés de printemps (RGT Planet et Viking), qui présentent malgré tout des différences nettes de dégâts foliaires.

photo 2
Illustration de la variabilité de réponse au gel des orges, dans un essai semé le 13/11/25 à Villiers-le-Bâcle (91). Gauche : KWS Faro ; Centre : RGT Planet ; Droite : Viking. Photo prise le 19/01/26 - V. Bontems

En cas de dégâts, se laisser du temps pour estimer et peser ses options

Compte-tenu de la période encore précoce, et de la séquence climatique actuelle favorable au redémarrage des cultures, il est indispensable d’affiner le diagnostic sur les parcelles pour évaluer la proportion de pertes éventuelles de pieds. La décision de retourner une parcelle ne doit pas être prise à la légère. Elle doit intégrer l’état de la culture (densité, répartition, état structural), les interventions déjà réalisées (semis, désherbages) qui engendrent des coûts et des contraintes de remplacement, et le potentiel agronomique d’une culture de printemps ou d’été semée ultérieurement. 

Même dans le cas d’orges de printemps réputées pour « faire leur rendement sur la densité de plantes et d’épis », il ne faut pas sous-estimer leurs aptitudes de compensation via le tallage et la fertilité des épis.

Lire aussi : « Retournement de céréales : tenir compte du désherbage d'automne dans le choix de la nouvelle culture »

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