Céréales : attendre le début montaison pour apporter l’azote
Les céréales sont bien implantées et souvent très développées, en particulier pour les semis d’octobre à mi-novembre. La biomasse abondante va de pair avec une absorption d’azote déjà conséquente. Cet état des lieux nous amène à recommander d’attendre le début de la montaison pour apporter l’engrais azoté afin d’en tirer le meilleur parti technico-économique.
Un automne et début d’hiver doux et modérément arrosé
Les sommes de températures depuis les semis sont légèrement excédentaires pour les implantations d’octobre-novembre, ce qui a permis l’initiation d’un nombre important de feuilles et de talles.
Les cumuls de pluie depuis septembre sont proches de la médiane sur vingt ans, très en deçà de ceux des deux dernières campagnes. En conséquence, la saison de drainage a démarré assez tard cette année (courant décembre) et, dans les sols de limon moyennement profonds, la lame drainante mesurée à la mi-janvier est encore faible (mesures sur le site de la Jaillière : entre 20 et 60 mm au 20 janvier).
Le faible drainage, combiné à un bon enracinement, a jusque-là limité les pertes par lixiviation. La douceur de l’automne et l’absence d’engorgement des sols sont propices à une bonne minéralisation. L’azote minéral du sol a donc jusque-là accompagné la croissance des plantes avec une absorption régulière et suffisante pour leurs besoins actuels.
Carte 1 : Pluie cumulée du 1er septembre 2025 au 15 janvier 2026
Jusqu’à mi-janvier, les céréales n’ont pas souffert d’excès d’eau contrairement à ce que nous avons connu les deux dernières campagnes. L’implantation des cultures est satisfaisante dans la majorité des parcelles.
Le retour de pluies abondantes depuis une dizaine de jours, même s’il provoque des engorgements dans les sols hydromorphes, est peu préjudiciable pour les parcelles qui sont en cours de tallage car ce stade est moins sensible à l’excès d’eau.
Figure 1 : Modélisation de la répartition de l’azote minéral du sol et de l’enracinement d’une culture de blé tendre semée le 16/10, site de la Jaillière (44), sol de limon sur schiste drainé, précédent maïs fourrage (modèle CHN ARVALIS)
Sous l’effet des pluies, l’azote minéral du sol migre en profondeur. Toutefois, la profondeur d’enracinement est suffisante pour l’absorber.
Une année qui permet l’impasse au tallage dans la plupart des situations
Dans ce contexte de faible lixiviation, bonne minéralisation et bonne absorption racinaire, les plantes sont actuellement suffisamment alimentées en azote dans la plupart des parcelles. Un apport d’engrais azoté à ce stade serait contreproductif cette année, pour au moins trois raisons :
- Mauvaise valorisation de l’engrais apporté car l’efficacité au cours du tallage ne dépasse pas 40 %.
- Augmentation du risque de verse car l’azote excédentaire en début de cycle maintient des talles improductives et fragilise la structure des tiges (déséquilibre carbone/azote).
- Mauvaise conversion de l’azote en protéines dans le grain : l’azote absorbé tôt est peu remobilisé vers les grains.
Nous recommandons donc particulièrement cette année d’attendre le début de la montaison pour réaliser les apports d’engrais en gardant à l’esprit les éléments suivants :
- Pas besoin d’anticiper la date d’apport selon la forme d’engrais. L’urée et la solution sont absorbées par les plantes aussi rapidement que l’ammonitrate.
- Priorité au désherbage : les adventices détournent l’engrais apporté au détriment de la culture, certaines parcelles commencent à se resalir, le désherbage de rattrapage est à envisager dès la prochaine fenêtre météo.
- Le risque de carence en soufre reste faible pour le moment dans la majorité des situations. Dans les parcelles nécessitant un apport, attendre la toute fin tallage ou le stade épi 1 cm pour épandre l’engrais soufré.
Pour affiner l’analyse et sécuriser la décision au tallage, utiliser la grille dédiée (figure 2) : cette année, les scores sont régulièrement entre 1 et 3, permettant l’impasse. Quelques situations peuvent toutefois faire exception : les céréales derrière un maïs grain bien irrigué avec un bon rendement en 2025, les secteurs les plus arrosés de la façade maritime ou les semis les plus tardifs en parcelle hydromorphe, les sols argilo-calcaires superficiels.
Des jaunissements parfois observés, poser le bon diagnostic
Certaines parcelles présentent des jaunissements des vieilles feuilles, qui peuvent faire penser à une carence. Il est important de bien analyser chaque situation car ce symptôme n’est pas spécifique d’un type d’accident ou de carence.
Sur des biomasses abondantes, on observe régulièrement le jaunissement des plus vieilles feuilles en lien avec la présence de maladies, ou bien sous l’effet du climat : effet du froid de début janvier, effet de l’excès d’eau temporaire…
Sur des biomasses très chétives, repérer la répartition des symptômes : en foyers ou généralisés. Laver soigneusement les racines des plantes atteintes et les comparer aux plantes plus saines. On observe notamment régulièrement des attaques de nématodes cette année.
L’excès d’eau commence également à se faire sentir dans les parcelles les plus hydromorphes, avec des jaunissements provoqués par l’anoxie.
Ne pas confondre redressement et début de la montaison
Certaines cultures présentent déjà un port redressé. Pour des variétés très précoces à montaison, semées (trop !) tôt, cela peut correspondre à un début de décollement de l’épi. En revanche, pour la plupart des cultures, à l’heure actuelle, la différenciation de l’épi n’est pas encore achevée et la montaison n’est pas initiée. Un port redressé peut s’expliquer par une abondance de végétation qui provoque une forme d’étiolement, les talles étant en compétition pour la lumière. Pour autant, l’épi n’a pas encore initié sa montaison.
Message rédigé par ARVALIS en concertation avec AMC, la CAVAC, la CAPL, la Chambre d’agriculture des Pays de la Loire, Eureden, la coopérative d’Herbauges, les établissements Hautbois, Soufflet Agriculture, Terrena
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