Canicule de mai 2026 : quels impacts sur la croissance et le développement des cultures ?
Céréales à paille, maïs, sorgho, pomme de terre, lin fibre… les cultures réagissent différemment aux fortes températures. Le point avec les spécialistes en physiologie d’ARVALIS.
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Conséquences pour les céréales à paille
Les céréales à paille répondent différemment aux fortes températures en fonction du processus auquel on s’intéresse.
Du point de vue du développement, les températures très élevées ne présentent pas un effet linéaire sur la culture : à partir d’une température moyenne journalière de 26°C, la progression des stades ralentit progressivement. Cependant, dans la majorité des situations rencontrées la semaine dernière, nous sommes restés autour de cette valeur de seuil, ce qui a conduit à un avancement rapide des stades.
La photosynthèse est également affectée par les fortes températures, notamment en cas de stress hydrique simultané (fermeture des stomates) : l’accroissement de biomasse journalier est donc potentiellement réduit, malgré l’offre forte en rayonnement. Parallèlement, l’ensemble des tissus présente une respiration plus forte, ce qui réduit encore plus l’allocation de sucres aux grains en formation.
Une bonne alimentation hydrique permet aux plantes d’abaisser leur température foliaire en maintenant leur transpiration (-2 à -4°C de température de canopée observé sur les modalités irriguées par rapport au témoin pluvial dans un précédent essai « tolérance à la sécheresse »). Ceci permet de maintenir leur activité à court terme, mais aussi leur intégrité à moyen terme pour retarder la sénescence (photo).
La composante de fertilité des épis (nombre de grains) est très sensible aux accidents en général et aux extrêmes de température (températures proches de 0°C ou au-delà de 32-35°C) en particulier autour des phases de méiose (environ dernière feuille étalée) et fécondation (quelques jours avant la floraison). Seules les situations tardives n’ayant pas épié au 15 mai sont donc concernées par ce risque cette année.
La constitution des grains s’avère également sensible, notamment entre floraison et grain laiteux : pendant cette phase de constitution des enveloppes, la taille potentielle finale des grains peut être restreinte, ce qui limite les possibilités de compensation.
Ainsi, l’impact de la vague de chaleur sera dépendant du stade de la culture lors de sa survenue, et de l’état hydrique du sol (et de la qualité de l’enracinement !!). Il est probable que les orges d’hiver soient peu ou pas affectées, alors qu’à l’inverse, les orges de printemps voient à la fois leur nombre de grains et leur PMG affectés.
Vue aérienne de la plateforme d’essais ARVALIS de Gréoux-les-Bains, le 27/05/2026. -
Conséquences pour le maïs et le sorgho
Pour le maïs, ces fortes températures sont arrivées pendant la phase végétative, avec des stades autour de 10-12 feuilles pour les plus précoces. A ces stades, la température optimale de développement du maïs se situe autour de 25-30°C. Grâce à ces origines tropicales, il peut facilement supporter des températures jusqu’à 36°C sans aucune conséquence. Même si le maïs avaient commencé sa transition florale (initié autour de 8 à 12 feuilles selon la précocité de la variété), les températures maximales perçues n’auront donc pas d’impact a priori sur la mise en place des épis, des panicules et du nombres d’ovules potentiel. Nous avons peu d’expérience sur le stress chaud à la transition florale car situation rare. Mais un essai en maïs semences en 2015 avait montré l’absence d’effet du pic thermique sur la mise en place des panicules et des épis.
En augmentant la transpiration des plantes et la perte en eau du sol, cette période de canicule a par contre augmenté les besoins hydriques de la culture. Le froid et l’humidité des semaines précédentes ont pu assurer une teneur en eau des sols suffisante dans la majorité des zones de cultures du maïs. Certaines zones où la pluie est plus déficitaire peuvent présenter un déficit en eau précoce qui doit être surveillé, notamment en enclenchant les irrigations assez tôt quand c’est possible et nécessaire (à partir de 10 feuilles). Même dans ces situations, le déficit hydrique qui a pu être perçu ne devrait pas durer (période plus humide prévue pour début juin) et donc ne pas engendrer de conséquence physiologique (réduction de la surface foliaire, ralentissement de la croissance…).
Par contre, l’élévation de température aura évidemment eu un effet phénologique en accélérant considérablement le développement des cultures (ou plutôt en rattrapant le retard dans certains cas où le début de cycle a été poussif à cause des températures fraîches de mi-mai).
Pour le sorgho, comme le maïs, il supporte bien les températures chaudes, avec un optimum de croissance autour de 30-34°C. Cette canicule est arrivée alors que le sorgho était en début de stade végétatif, aucune conséquence ne devrait donc se faire sentir. Là aussi, le retour général des pluies et de conditions moins chaudes début juin ralentira temporairement l’assèchement des sols. -
Conséquences pour les pommes de terre
La pomme de terre est sensible aux fortes températures. D’un point de vue phénologique, sa croissance optimale se situe aux alentours des 18°C en moyenne journalière. Au-delà, elle va ralentir jusqu’à un seuil de 28 à 30°C avant de s’arrêter. Mais il faut faire la différence entre phénologie, et donc croissance du couvert aérien, et développement des tubercules : ces derniers se développent dans la butte où la température est généralement inférieure à celle de l’air, et leur croissance est favorisée par des jours courts et des températures « fraîches », au contraire de l’appareil aérien végétatif.
Par ailleurs, il faut distinguer plusieurs phases dans le développement des tubercules : la phase d’initiation et celle de grossissement. Pour cette première phase, le message qui induit l’initiation des tubercules semble se faire pendant la nuit. Il faut donc considérer non pas les pics de température journalier, mais bien les températures ressenties en soirée (< 23 à 25°C selon les variétés). Pendant la phase de grossissement, les fortes températures vont quant à elles favoriser l’allongement des stolons et stopper la croissance des tubercules, ce qui peut aboutir à des repousses physiologiques. Elles pourront prendre diverses formes : rétrécissement de l’extrémité basale si l’on est en début de phase de grossissement, forme « d’haltère » en milieu de phase, ou bourgeonnement au niveau des yeux ou une excroissance à l’extrémité en fin de phase.
Ainsi, les fortes températures vont favoriser le développement de l’appareil aérien au détriment des tubercules, voire stopper et décaler la croissance globale de la pomme de terre. Malgré tout, un sol dont l’humidité dans les buttes est suffisante, en plus d’un couvert bien développé, peut permettre de limiter l’effet des fortes températures. -
Conséquences pour le lin fibre de printemps
La croissance du lin fibre est étroitement liée aux températures, avec un développement qui s’accélère jusqu’à 25°C en moyenne journalière. C’est l’une des raisons pour lesquelles des gains de hauteur de plus de 7 cm journalier on put être constatés la semaine dernière.
Malgré les fortes températures, les lins ont donc suivi leur croissance puisque le mois de mai pluvieux leur a permis d’avoir de l’eau sous le pied et donc de ne pas être pénalisé par un stress hydrique. Ce dernier est en effet très pénalisant pendant cette phase d’élongation, il aurait limité, le cas échéant, les gains de hauteurs tout en avançant dans le cycle phénologique.
Les pluies à venir devraient par ailleurs soutenir la croissance des lins accompagnées d’une bonne hygrométrie de l’air ambiant.
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