Blé : maintenir le dernier apport d’azote malgré le contexte des prix
Dans le contexte économique actuel, optimiser chaque unité d’azote apportée est plus stratégique que jamais. Les leviers à actionner afin de maximiser la rentabilité du blé tendre : fractionnement de la dose en trois ou quatre apports, choix des formes d’engrais les plus efficientes, positionnement des apports selon les conditions climatiques et pilotage avec des outils d’aide à la décision.
Malgré la hausse du prix des engrais, il n’est pas justifié de réduire les apports d’azote et en particulier le dernier apport.
Pour en savoir plus, consultez l’article : « Hausse des prix : faut-il réduire la dose d’azote sur blé ? »
Quelle valorisation des apports précédents ?
Premier apport
La pluviométrie régulière de février n’a généralement pas permis d’intervenir avant le 23 février, faute de portance, voire début mars pour les sols au ressuyage plus lent. La valorisation des apports les plus précoces a pu être pénalisée par une absence de pluies les deux semaines suivantes, avec parfois une régression de talles dans les sols filtrants ou fournissant peu d’azote.
2e apport : souvent positionné autour du 10 mars, avec des pluies permettant la valorisation autour du 10-13 mars.
→ Pour les stratégies en trois apports, si le second apport a été effectué avant le 13 mars, les conditions nécessaires à sa valorisation sont réunies (sauf dans la Loire) et le diagnostic pour le pilotage du troisième apport (via image satellite, drone ou pince N-Tester) peut être effectué.
2e apport réalisé après le 13 mars (situations tardives) ou stratégies en quatre apports
Depuis le 13 mars, il n’y a pas eu de créneau permettant une bonne valorisation du second apport (sur trois) ou du troisième apport (sur quatre), sauf dans les secteurs de Bourgoin-Jallieu (38) et Montélimar (26). Les pluies récentes du 11-13 avril vont permettre cette valorisation. Attention, dans ces situations, à l’interprétation des sorties des outils de pilotage, prendre en considération qu’une partie de l’azote apporté peut encore se trouver dans le sol à la date du diagnostic.
Quelle stratégie adopter ?
Les blés (particulièrement les semis précoces de variétés précoces dans le nord de la région) ont connu une progression de stades très rapide, avec les températures élevées de février, d’une partie du mois de mars et de début avril. Malgré des conditions ensoleillées, la durée courte des journées sur le début d’année a limité la quantité de rayonnement reçu (par rapport à une montaison en dates calendaires plus tardives). Cela peut contribuer à limiter la quantité de biomasse produite pour un stade donné. Dans les cas où la culture est bien implantée, avec un tallage correct et sans dégâts d’excès d’eau, une compensation peut s’effectuer sur la seconde moitié de montaison si les conditions météo sont favorables.
Au contraire pour les parcelles impactées par les excès d’eau (pertes de pieds, tallage réduit, système racinaire impacté, retard de stade), le potentiel de rendement peut être revu à la baisse.
L’utilisation d’un outil de pilotage à partir du stade 2 nœuds/dernière feuille pointante (par satellite type Farmstar, à l’aide de la pince N-Tester ou d’autres méthodes) est à privilégier pour ajuster la dose initialement mise en réserve à la hausse ou à la baisse selon l’état de la parcelle.
Rappel : certaines variétés de blé tendre nécessitent une mise en réserve pour le dernier apport plus importante que 40 unités pour atteindre une teneur de 11,5 % de protéines (par exemple KWS Millesime, KWS Ultim, RGT Lookeo, RGT Propulso, RGT Sundeo).
Consultez l’article : « Blé tendre : les besoins unitaires en azote des variétés réactualisés pour 2026 »
Quel positionnement choisir ?
Notre recommandation est de positionner le dernier apport à partir du stade dernière feuille étalée, en visant une pluie. Cette stratégie maximise la conversion en rendement et en protéines de l’apport.
Un apport plus tardif, vers le stade gonflement, permettra surtout de sécuriser la teneur en protéines, mais aura peu d’impact sur le rendement. Attendre le stade gonflement augmente également le risque de ne pas recevoir un cumul de pluie suffisant après l’apport pour une bonne valorisation.
Figure 1 : Impact du positionnement du troisième apport sur le rendement et la protéine, par rapport à un fractionnement en 2 apports (à dose totale d’azote identique) - Essais France, 1991-2002, ARVALIS
Quelle forme d’engrais au dernier apport ?
Toutes les formes d’azote n’ont pas la même efficacité, en particulier sur la teneur en protéines. Les formes ammonitrate ou urée avec inhibiteur d’uréase (Nexen, Novius…) sont les plus efficaces et sont à privilégier pour sécuriser l’atteinte d’une teneur en protéines suffisante. L’urée provoque généralement dans nos essais une légère perte sur la teneur en protéines, tandis que la solution azotée pénalise à la fois le rendement et la protéine.
Quant aux engrais azotés foliaires, ils doivent être appliqués à des doses faibles pour limiter le risque de brulures, et parce que leur coût à l’unité est généralement élevé. Leurs performances techniques sur le plan du rendement et de la protéine sont alors inférieures à celles de l’ammonitrate à dose classique (ou pilotée). Les engrais foliaires testés n’ont donc pas présenté d’intérêt technico-économique dans les expérimentations conduites par ARVALIS, y compris en conditions sèches.
À retenir
→ Dans les rapports de prix blé/engrais actuels, il n’y a pas nécessité de revoir à la baisse la dose d’azote.
→ L’atteinte d’un taux de protéines suffisant (11,5 % en blé meunier, 14,5 % en blé améliorant) est cruciale pour la valorisation et la commercialisation des blés.
→ Plutôt que de réduire arbitrairement, il est préférable de s’assurer que chaque unité soit bien valorisée : fractionnement en trois-quatre apports, formes les plus robustes (ammonitrate ou urée avec inhibiteur d’uréase), positionnement avant une pluie, appui sur les outils de pilotage qui permettent de capter le potentiel de l’année et l’état de nutrition des plantes.
Réagissez !
Merci de vous connecter pour commenter cet article.