Blé : distinguer maladies et taches physio pour ajuster son T2
Alors que les blés se situent majoritairement à dernière feuille étalée, des symptômes sont visibles sur feuilles. Maladies ou marquages physiologiques ? Les amplitudes thermiques très importantes (+15 à 20°C !) ont pu en effet induire du stress chez les plantes et provoquer des taches. A ne surtout pas confondre avec les maladies du feuillage, pour lesquelles il faudra, dans ce cas, bien raisonner la stratégie au T2. Attention notamment aux rouilles, jaune et brune, principalement observées sur variétés sensibles.
Helmintho, septo ou tout simplement physio ?
De nombreuses observations terrain avec des faciès très variés
Ces dernières semaines, de nombreux symptômes apparaissent sur les blés. Ces symptômes prennent des faciès variés et ne concernent pas toutes les variétés en plaine (Chevignon, Thermidor, Sauvignon, Prestance notamment), ni toutes les parcelles avec les variétés citées.
On peut ainsi observer des ponctuations jaunes / claires, ou des taches « sèches » (photo 1). L’absence de toutes structures fongiques (pycnique/pustules...), la répartition des symptômes dans la parcelle (homogène) et sur la plante (feuilles du haut) nous emmènent rapidement vers la piste des symptômes physiologiques.
D’autres symptômes peuvent rappeler ceux de l’helminthosporiose du blé tendre : taches nécrotiques brun clair, avec halo chlorotique marqué avec parfois un « point noir central » (photo 2). En cas de marquage important, les halos chlorotiques se rejoignent et les nécroses forment un réseau de taches imbriquées. La variété Thermidor semble particulièrement impactée par ces symptômes, mais pas partout.
Analyse climatique
Depuis le 15 mars, on note une quasi-absence de pluie, mais surtout trois épisodes avec des amplitudes thermiques supérieures à 15°C voire 20°C ! Le premier, autour du 20-25 mars, le second, le 7-9 avril et à nouveau, fin de semaine dernière. Ces conditions climatiques peuvent être à l’origine d’un dysfonctionnement ponctuel de la photosynthèse, engendrant une accumulation de composés oxydatifs jusqu'à la mort de cellules. Des « brûlures climatiques » apparaissent donc quelques jours après la survenue du stress. L’application d’un régulateur ou d’une triazole, ou la préexistante d’un stress hydrique, amplifient le phénomène, mais certaines parcelles sans traitement peuvent aussi être marquées. Des marquages physiologiques d’ampleur similaire ont déjà pu être observés sur plusieurs essais variétés et n’ont révélé aucun impact sur le rendement.
Rappelons aussi que, pour la septoriose et l’helminthosporiose, l’infection est favorisée par temps pluvieux et couvert persistant, et la dissémination par l’effet splashing des pluies qui fait monter les étages foliaires. Les conditions météorologiques très sèches et ensoleillées des dernières semaines sont hautement défavorables à ces maladies, qui peuvent être présentes sur les feuilles du bas.
Comment, soi-même, faire le bon diagnostic ?
- Distribution des symptômes : observer la répartition des feuilles touchées au sein de la parcelle (foyers ou homogènes) et de la plante. Les symptômes liés aux maladies foliaires s’expriment du bas vers le haut. A contrario, les symptômes physiologiques se concentrent sur un étage foliaire présent au moment de l’amplitude thermique (possiblement plusieurs étages sont concernés cette année).
- Le contexte de la parcelle : l’helminthosporiose du blé est une maladie rare dans notre région, plutôt rencontrée dans le nord-est de la France. Les blés sur blés sans labour sont principalement concernés. L’implantation d’une variété sensible est également un facteur de risque. En cas de présence généralisée au sein d’un territoire, cela apporte un argument supplémentaire pour orienter le diagnostic vers la cause physiologique.
- Un test en chambre humide ou bouteille pour écarter le moindre doute : en cas de taches physiologiques, les symptômes n’évolueront pas. En cas de maladies, des fructifications de champignons apparaîtront et seront visibles avec une loupe de poche : pycnides pour de la septoriose, conidiophores et conidies pour l’helminthosporiose (photos ci-dessous). Attention, le développement de champignons saprophytes peut prêter à confusion. Bien regarder la forme et la couleur et ne pas laisser l’échantillon plus de 48 h dans la chambre humide.
Entre rouilles et septoriose, faut-il adapter le T2 ?
Septoriose très faible (rappel des seuils)
La septoriose est bien présente depuis le début de l’année, mais avec l’absence de pluie, les symptômes se cantonnent toujours aux feuilles du bas et le risque reste faible. A dernière feuille étalée, le seuil de nuisibilité est fixé sur l’observation de la 4e feuille (comptée en partant du haut : la F1 étant la plus jeune feuille) :
- Sur variétés sensibles (note < 6,5) : 20 % des F4 définitives présentent de la septoriose.
- Sur variétés peu sensibles (note > 6) : 50 % des F4 définitives présentent de la septoriose.
Le traitement programmé à dernière feuille étalée peut être allégé sur les variétés peu sensibles : si la septoriose se développe tardivement, sa nuisibilité sera faible. Mais il faut rester vigilant sur les rouilles.
Surveiller attentivement les rouilles et intervenir sans tarder si apparition
Déjà observées début mars sur variétés sensibles, les rouilles jaunes et brunes font à nouveau parler d’elles depuis la semaine dernière. Les variétés sensibles sont à surveiller étroitement car le développement de cette maladie peut être fulgurant. Il faut également être vigilant sur les variétés tolérantes étant donné le risque de contournement des résistances avec l’arrivée en France de deux nouvelles races de rouille jaune constatée l’an passé. Intervenir dès les premiers foyers avec les fongicides les plus efficaces sur cette maladie :
- Le tébuconazole est aujourd’hui la solution la plus curative disponible. L’association avec une strobilurine apportera de la persistance d’action – ex. : 150 g de tébuconazole + 100 g d’azoxystrobine ou pyraclostrobine.
- Sur un début d’attaques, le benzovindiflupyr (Elatus/Velogy Era par exemple) assure également un bon contrôle de la maladie.
Tableau 1 : Exemples de programmes
Pour les parcelles les plus avancées et/ou les variétés les plus résistances à la septoriose, des économies sont possibles avec des programmes uniquement triazoles + strobilurines afin de gérer les rouilles et le faible impact de la septoriose cette année.
Un rappel indispensable → ATTENDRE DERNIERE FEUILLE ETALEE. Seuls les organes développés sont protégés : si le traitement a été réalisé avant l’étalement complet de la dernière feuille, il y a des risques de repiquage sur les organes non présents lors de l’application un relais sera nécessaire. Au vu de la faible pression, cette année, ce serait dommage de devoir passer plusieurs fois ! La présence de rouille jaune avant DFE peut néanmoins nécessiter d’anticiper un traitement au vu de cette maladie souvent plus explosive.
Tableau 2 : Sensibilité variétale des principales variétés normandes aux maladies de fin de cycle
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