Stratégies de désherbage du maïs : nos préconisations pour la zone Centre / Ile-de-France / Auvergne
Dans une approche globale, les stratégies de désherbage sur maïs sont à adapter au cas par cas, selon la complexité et la pression de la flore attendue, le rapport coût/efficacité du programme et la souplesse d’utilisation des produits (stades, mélanges, contraintes réglementaires). Tour d’horizon des programmes recommandés pour la campagne 2026.
Avant tout, quelques précautions méritent d’être précisées :
- Les combinaisons de produits proposées dans les pages suivantes ne sont pas exhaustives ;
- Les doses doivent être adaptées au stade des adventices et aux conditions climatiques le jour de l'intervention ;
- Alterner les substances actives pour diversifier les modes d’action afin de prévenir l’apparition d’adventices résistantes.
Figure 1 : Choisir son programme de désherbage en fonction de la flore attendue
En cas de vivaces => intégrer une spécialité antivivaces dans un programme en tenant compte de la sélectivité des mélanges et de la biologie de l’adventice cible.
En présence de datura => programme spécifique.
En l’absence de graminées
En cas d’absence ou de faible présence de graminées (< 20 plantes/m²), l’usage d’un chloroacétamide n’est pas indispensable. Dans un souci de durabilité des solutions, le programme se basera donc sur une prélevée ou une postlevée précoce renforcée sans chloroacétamides, ou encore des stratégies intégrant du désherbage mécanique (en l’absence de vivaces).
Figure 2 : Exemples de programmes de désherbage du maïs en l’absence de graminées
En présence de graminées estivales
En cas de graminées estivales, il est conseillé de partir sur un programme prélevée + postlevée, pouvant intégrer un chloroacétamides (dose à adapter selon la pression), ou un produit à base d’isoxaflutole en remontant un peu les doses.
Dans ces systèmes notamment en cas de semis précoces de maïs, il peut être intéressant de décaler la prélevée racinaire en postlevée précoce du maïs (2 feuilles), pour gagner en rémanence et en efficacité. Cette stratégie peut être très payante mais la fenêtre d’intervention est plus courte, et nécessitera de compléter la base racinaire par des produits d’action foliaires en fonction de la dynamique de levée des graminées et dicotylédones présentes.
Figure 3 : Exemples de programmes de désherbage du maïs en présence de graminées estivales
En cas de graminées estivales résistantes aux inhibiteurs d’ALS sur (par ex. : sétaire), renforcer le programme de prélevée (720 à 864 g de dmta-p et/ou péthoxamide) pour limiter les levées dans le maïs, puis se baser sur les solutions de postlevée les plus efficaces en fonction de la graminée majoritaire (mésotrione si digitaire, Capreno 0,25-0,29 + Actirob 1 ou Monsoon 1-1,5 ou Laudis 0,4-0,5 +/- Onyx 0,5 sur PSD).
En présence de ray-grass/vulpins résistants
Sur ray-grass ou vulpins résistants, l’objectif est de limiter les levées dans le maïs en utilisant un ou deux chloroacétamides, pouvant être associés à un partenaire en fonction des spécificités (pendiméthaline pour une action supplémentaire sur vulpin par exemple).
En postlevée, le Monsoon reste la référence la plus efficace, et peut être adjuvanté pour stabiliser son efficacité (huile, si besoin sulfate d’ammonium), à condition d’intervenir sur jeunes ray-grass. L’efficacité sera partielle sur ray-grass résistant aux sulfonylurées.
En cas de graminées hivernales sensibles aux ALS, le programme peut être allégé en se basant sur les fourchettes basses de dose des produits ci-dessous (ex. : dmta-p 720 g et Monsoon 1 l).
Et les vivaces ?
En présence de vivaces, il faudra en général dissocier leur gestion de celles des annuelles, pour des raisons de stades d’efficacité et de sélectivité des produits. En effet, après 6 feuilles, les plantes de maïs deviennent mouillables (le maïs absorbe plus de produit), on plafonnera donc les doses à 1/3 de la dose AMM pour les dérivés auxiniques (dicamba et fluroxypyr) :
- Dominance liserons : la gestion en fractionné à 2/3 de la dose (par exemple Banvel 0,4 l – pouvant être associé à une base tricétone et/ou sulfonylurée) avant 6 feuilles étalées du maïs, sur liserons assez développés (15-20 cm) peut être une solution qui devra être complétée avec le 1/3 restant après 6 feuilles (attendre que les liserons soient bien repartis pour garantir une absorption correcte).
- Sur chardons, intervenir avec du clopyralid (Lontrel à la dose AMM) sur chardons développés et réceptifs jusqu’à stade limite passage tracteur (bonne sélectivité), avec possibilité de le mélanger avec les autres produits de postlevée. Le dicamba peut aussi être utilisé mais moins efficace et nécessitera une attention après le stade 6 feuilles étalé (voir plus haut).
Cas spécifique du Datura
De manière à sécuriser la parcelle face aux levées échelonnées du datura, il est préférable d’envisager une stratégie de désherbage basée sur deux (voire trois) interventions. Premièrement, le racinaire, à base d’isoxaflutole ou de mésotrione, appliqué en postsemis prélevée ou bien en postlevée précoce du maïs va permettre de bloquer quelques semaines les levées de datura, laissant le temps au maïs de s’installer. La postlevée précoce peut se révéler intéressante pour cette flore estivale pour gagner en persistance et maximiser l’efficacité potentielle du programme. Si de nouvelles levées de datura apparaissent, il est judicieux d’effectuer un second traitement foliaire (+ racinaire), sur du datura de quatre feuilles maximum. Un mélange d’herbicides foliaires systémiques à large spectre à base de tricétone et de sulfonylurée est une base satisfaisante, qu’il est possible de renforcer par un ajout d’antidicotylédone de contact (bentazone ou pyridate) ou systémique (prosulfuron), les antivivaces (dicamba, clopyralid, fluroxypyr) n’apportant pas ou peu d’efficacité complémentaire sur datura.
Enfin, en cas de levées tardives, un passage tardif peut-être envisagé en fonction des stades d’applications des produits et du recouvrement du rang par le maïs, nécessitant parfois le recours à du matériel spécifique avec pendillards.
Lire aussi : « 10 idées reçues sur le datura »
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