Semis de lin fibre d’hiver : attendre le retour des pluies
Dans les secteurs où le risque de gel est le plus précoce, la période de semis idéale est arrivée pour le lin fibre d’hiver. Néanmoins, les conditions climatiques actuelles particulièrement sèches ne permettent pas l’élaboration d’implantations de qualité. Que faire ?
Semer dans le sec risquerait d’engendrer des pertes conséquentes à la levée (germination activée par la rosée, puis manque de ressources en eau dans les jours suivants).
De plus, les stratégies de désherbage de prélevée risquent, d’une part, d’être en échec (-40 % d’efficacité en moyenne), et d’autre part, manquer de sélectivité en cas de fortes pluies.
Il est alors conseillé d’attendre le retour de pluies suffisantes pour les semis de lin, afin d’assurer à la fois une meilleure qualité de levée et une efficacité des herbicides, en se fixant toutefois une date butoir idéale.
Attention aux conditions et densité de semis
La date de semis se raisonne a priori en fonction du contexte de production
La tolérance au gel du lin fibre d’hiver est maximale entre 5 et 10 cm. En effet, s’il n’est pas assez développé, il ne résistera pas aux gels. A l’inverse, à partir de 10 cm, le lin rentre en phase d’élongation et ses cellules se remplissent d’eau : le gel endommagera alors ces dernières.
La date de semis doit être adaptée au contexte climatique afin d’obtenir des lins de 5-7 cm à l’entrée d’hiver (carte 1).
Pour les secteurs continentaux, les premières gelées arrivant plus rapidement (à partir du 13 décembre), il est conseillé de semer entre le 25 septembre et le 15 octobre pour obtenir des lins suffisamment développés à l’entrée d’hiver, 5 cm a minima.
Pour les secteurs en bordure maritime, les premières gelées étant plus tardives (entre le 15 janvier et 14 février), il est conseillé de semer entre le 10 octobre et le 25 octobre pour obtenir des lins inférieurs à 10 cm à l’entrée d’hiver.
Carte 1 : Dates médianes d’apparition du gel sur le bassin de production du lin sur les 20 dernières années - Période du 1er octobre au 1er mars
Assurer de bonnes conditions de semis
Les conditions sèches de cet été et ce début d’automne incitent à retarder les semis dans les zones les plus sèches. En effet, l’hygrométrie quotidienne pourrait initier la germination mais les jeunes plantules souffriraient du manque d’humidité de sol pour assurer leur développement.
Décaler les semis ne semble pas une prise de risque importante : les sols sont relativement chauds et le retour de la pluie permettra une levée rapide. Toutefois, attention aux semis trop tardifs (> 25/10) qui pourraient être exposés à des risques de gel à un stade trop jeune.
Carte 2 : Cumul de pluies du 15 août 2025 au 25 septembre 2026
La bonne implantation de la culture conditionne en grande partie sa résistance aux gels. Lors du semis, plusieurs précautions sont à prendre :
- Viser des bonnes structures de sol permettant un bon enracinement de la culture ;
- Veiller au risque de battance pouvant perturber la levée ;
- Gérer les résidus de la culture précédente pouvant constituer des obstacles à la levée et à l’enracinement mais aussi, à travers leur décomposition, réduire la disponibilité de l’azote en hiver. Leur enlèvement ou un déchaumage précoce sont recommandés.
Semer autour de 2000 grains/m² dans les conditions optimales
Les terres étant plus réchauffées et les altises absentes, le lin fibre d’hiver perd moins de pieds entre le semis et la levée que le lin fibre de printemps. Toutefois, des pertes de pieds dues au gel sont à prévoir. De plus, la densité semée doit être suffisamment importante pour limiter l’épaisseur des lins et, ainsi, améliorer leur teillabilité.
La densité de semis dépend donc de la variété choisie et de son poids de mille grains. Viser 2000 grains semés par m² lors du semis, dans les conditions idéales.
Tableau 1 : Dose kg/ha pour obtenir 1500 à 1600 plantes/m² en sortie hiver
Quelles stratégies de désherbage ?
Il est primordial de ne pas tout miser sur la lutte chimique et donc d’actionner les leviers agronomiques :
- Réaliser un ou plusieurs faux-semis après la récolte du précédent et quelques jours avant le semis ;
- Labourer si nécessaire : en effet, le labour permet de diminuer le stock semencier de certaines espèces de graminées (efficace sur bromes, vulpin, ray-grass).
Dans les situations pour lesquelles les faux-semis sont impossibles ou difficilement mis en œuvre, le labour permet de lutter efficacement contre les repousses.
- Réaliser un semis en bonnes conditions pour favoriser une levée rapide et homogène, ce qui permettra une meilleure concurrence vis-à-vis des adventices.
Une fois encore, les conditions climatiques de l’année vont avoir un impact sur plusieurs paramètres :
- Etat de salissement des parcelles : dans les zones les plus sèches, les faux-semis et/ou les déchaumages n’ont pas pu être efficaces → le risque de salissement est donc important (stock élevé d’adventices, voire de repousses de céréales, qui attendent elles aussi les conditions optimales pour pousser…).
- L’humidité de sol est un facteur essentiel d’efficacité des herbicides de prélevée : en conditions sèches, les efficacités peuvent diminuer de 40 à 60 %.
- Le retour de fortes pluies sur un sol sec sur lequel a été appliqué un herbicide de prélevée peut engendrer une perte de sélectivité importante. Attention aux applications de ce types de solutions (Colzamid, Calliprime Xtra…) en conditions sèches avant de fortes pluies annoncées.
Lutte contre les graminées
- Les interventions de prélevée
Dans les parcelles où l’infestation en graminées (vulpies, ray-grass, vulpins…) est importante, avec ou non la suspicion d’une résistance, l’anticipation des problèmes en cours de végétation est primordiale.
L’utilisation de la spécialité Colzamid (napropamide 450 g/l) en prélevée à la dose de 1,5 l/ha, dans les 48 h maximum après le semis, permet de réduire la pression graminées de manière conséquente (90 à 95 % d’efficacité sur vulpin et 50 à 70 % d’efficacité sur ray-grass).
Il est important de respecter les conditions d’applications suivantes pour cette spécialité :
Intervenir UNIQUEMENT en post-semis/prélevée dans les 48 h maximum après le semis :
- dose 1,5 l/ha max ;
- s’assurer des conditions climatiques dans les 7/10 j après application (pas de gel, pluviométrie abondante… ;
- déconseiller sur sols filtrants et en cas de semis tardifs (après le 25/10) ;
- s’assurer d’une bonne structure de sol ;
- les mélanges sont encore en cours d’évaluation donc déconseillés pour le moment.
- Stratégies de rattrapage ou pression faible
L’utilisation de spécialités à base de cléthodime (Foly R…) associées avec de l’huile végétale et d’Actimum (sulfate d’ammonium) est envisageable si les conditions climatiques le permettent (absence de gel et d’amplitude thermique dans les 7/10 jours qui suivent les applications).
En cas de plus forte forte pression, l’association cléthodime + cycloxydime (Select 0,5 + Stratos Ultra 1,5 + Huile végétale 1 + Sulfate d’ammonium 1) permet un gain d’efficacité.
Si l’infestation est modérée, la présence de graminées à cette période de l’année ne pose pas de problème à la culture du lin. Au moment de la reprise de végétation, au printemps, il est alors possible d’intervenir contre les dicotylédones ou les graminées en fonction de la flore présente.
Lutte contre les dicotylédones
- Interventions de prélevée
L’utilisation de la sulcotrione, via la spécialité Decano (ou autre démarques commerciales), n’est pas autorisée en automne.
Quant à la mésotrione, certaines spécialités sont utilisables (Calliprime Xtra, Starship…) sous réserve de vérifier les autorisations de mise sur le marché sur https://ephy.anses.fr/.
Attention aux applications trop proches de gros cumuls d’eau qui pourraient fragiliser la plante et la sensibiliser au gel…
Au-delà de son intérêt pour la gestion des graminées, Colzamid permet également de gérer certaines dicotylédones typées hiver telle que les coquelicots, les géraniums, les véroniques ou encore les gaillets.
En application de prélevée, telle que recommandée sur la culture du lin, son niveau d’efficacité peut varier en fonction des conditions climatiques. La dose recommandée est de 1,5 l/ha, en respectant les conditions d’application.
- Interventions de postlevée
Dans la situation d’une forte infestation de dicotylédones, il est possible d’intervenir avant l’entrée de l’hiver avec Allie SX (Metsulfuron-methyl 200 g/kg) qui présente le plus de souplesse en conditions « froides ». Attention tout de même aux fortes amplitudes thermiques dans les jours qui suivent les applications.
Pour renforcer la lutte contre les coquelicots ou encore, dans une moindre mesure, contre les ray-grass, il est possible d’utiliser la spécialité Atic Aqua (pendimethaline 455 g/l) à la dose de 1,5 l/ha au stade 3/5 cm du lin. Cette solution permettrait de contrôler les levées échelonnées des adventices dans les situations à fortes infestations.
Lors de la reprise de végétation (sortie hiver), il est possible d’intervenir en fonction de la flore présente, avec les spécialités Chekker, Allie SX, Gratil, Basagran SG (attention l’application de Basagran SG est interdite sur la période du 21 septembre au 21 mars) ou encore Metiss. Le choix de la ou des spécialités se fera en fonction de l’état de la culture (homogénéité, stade, enracinement) et des conditions climatiques.
ATTENTION : il est préférable de réaliser, si besoin, l’antigraminées dans un premier temps, suivi de l’intervention contre les dicotylédones quelques jours (10 jours) plus tard.
Conditions d’utilisation de certaines spécialités
Chekker/Gratil sont interdits en sols drainés ayant une teneur en argile supérieure à 45 %.
Basagran SG est à éviter dans les zones de captages classées AAC ou AAC Grenelle, à la dose maximale de 1000 g/ha. Ne pas appliquer entre le 21 septembre et le 21 mars.
Allie SX peut être utilisé à la dose maximale de 15 g/ha pour une application à l’automne et de 25 g/ha pour une application de printemps, en respectant une seule application par an et par culture.
Concernant l’utilisation de Gratil (amidosulfuron), rappelons que la réglementation actuelle autorise une seule application par an pour un usage au printemps et une seule application tous les deux ans pour un usage automnal, afin d’éviter deux applications successives du produit à l’automne puis au printemps.
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