Sécheresse & dernier apport azoté : adapter la stratégie à la situation
Avec la sécheresse qui perdure, les premiers impacts sont observés sur céréales à paille, notamment dans les parcelles les plus séchantes. Dans ce contexte, Il est nécessaire de raisonner le dernier apport d’azote selon le type de sol, la dose déjà apportée, leur valorisation…
Depuis le dernier épisode de pluie significatif du 13 mars, les cumuls de pluies sont généralement très faibles et ne dépassent que localement 10 mm (carte 1).
Carte 1 : Cumul de pluie du 10 au 18 avril 2026
Les prévisions actuelles ne laissent pas entrevoir d’épisode pluvieux significatif dans les deux prochaines semaines (référence site aléapluie : Aléa pluie : prévision probabiliste du cumul des précipitations sur 2 semaines pour les agriculteurs).
Enfin, les céréales ont cumulé une avance importante de développement. Les orges d’automne sont en cours d’épiaison pour la plupart, les blés précoces sont au gonflement, les semis de novembre atteignent le stade dernière feuille. En absence d’irrigation, le potentiel des sols superficiels est déjà pénalisé.
Dans les sols superficiels à moyens, pour des semis de blés réalisés entre le 15 octobre et le 15 novembre, en l’absence d’irrigation, les céréales sont entrées en stress hydrique depuis plus de dix jours (sauf secteur plus arrosé). Le potentiel de rendement est affecté et, sans retour rapide des pluies, va encore se dégrader a minima dans les deux prochaines semaines. Dans ces conditions, le maintien du dernier apport d’azote dépend des engagements de débouchés de la parcelle, de la valorisation des apports précédents :
- Si la dose apportée jusqu’à aujourd’hui a été bien valorisée et qu’elle représente environ 80 % de la dose prévisionnelle initiale, la valorisation du dernier apport sera limitée et une impasse peut être envisagée.
- Si la dose apportée est inférieure à 80 % de la dose prévisionnelle, il est souhaitable de conserver un petit apport (30 kg N/ha), qui sera déclenché dès qu’un épisode pluvieux sera prévu.
Dans les sols profonds, pour des semis réalisés de blés entre le 15 octobre et le 15 novembre, les réservoirs utiles arrivent progressivement à épuisement depuis le début de cette semaine. L’impact sur le rendement est encore modéré, voire nul, dans les quelques secteurs qui ont reçu 15-20 mm lors du dernier épisode pluvieux. Le dernier apport peut être encore programmé et sera déclenché dès qu’un épisode pluvieux sera prévu.
Les outils de pilotage peuvent apporter une information pertinente pour orienter la décision. Attention toutefois, si des apports d’azote ont été réalisés depuis les derniers épisodes pluvieux significatifs, leur valorisation est très faible : il est donc souhaitable de déduire tout ou partie de la dose de ce dernier apport de la dose conseillée par l’outil de pilotage.
Dans les parcelles irriguées, les potentiels sont préservés : il est donc important de maintenir les derniers apports prévus, à déclencher avant l’irrigation.
Quelle forme choisir ?
Les formes d’engrais conservent leur hiérarchie d’efficacité pour ce dernier apport. En situation séchante, il est préférable de privilégier les formes les moins sensibles à l’absence de pluie : ammonitrate, urée adjuvantée avec un inhibiteur de l’uréase (Nexen, UTEC 46, Novius…). La solution apportée en plein peut être efficace si elle est suivie rapidement d’une pluie significative ou d’une irrigation. Attention, si les brûlures de feuilles sont peu préjudiciables pour le rendement, celles de l’épi sont beaucoup plus pénalisantes avec des apports au-delà du gonflement.
Les apports foliaires n’ont jamais montré une efficacité supérieure aux engrais solides y compris en situation de déficit hydrique prononcé. Ces formes sont généralement beaucoup plus coûteuses à l’unité que les formes plus classiques et, dans un contexte économique délicat, seront plus difficiles à rentabiliser que les engrais solides apportés au sol.
Figure 1 : Comparaison de l’efficacité de différentes formes d’engrais azoté foliaire par rapport à une dose équivalente d’ammonitrate apportée au sol
Jusqu’à quel stade un apport peut-il être valorisé ?
Si les apports d’azote réalisé de dernière feuille pointante à gonflement peuvent procurer simultanément un gain de rendement et une amélioration de la teneur en protéines, les apports ultérieurs ne joueront plus que sur la protéine et leur dose doit être réduite à 20-30 kg N/ha maximum.
Au-delà de la floraison, les apports ne sont plus valorisés.
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