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Sécheresse : comment adapter les semis de céréales à paille ?

L’absence de pluie ces dernières semaines affecte la préparation des semis de céréales à paille. Faut-il attendre ou anticiper le retour des pluies ? Nos recommandations pour trois cas de figure.

semoir céréales

Dans un contexte général où les pluies sont rares et irrégulièrement réparties, les situations agronomiques sont diverses. Certains secteurs ont pu bénéficier de passages pluvieux fin août garantissant la levée des repousses. D’autres sont restés désespérément secs au point de pénaliser les faux-semis et les préparations des prochaines implantations. Les prévisions jusqu'au 4 octobre laissent entrevoir quelques pluies selon les secteurs. Dans tous les cas, il est nécessaire de faire un diagnostic objectif de l’état des parcelles et de surveiller les prévisions météo.

Figure 1 : Cumul de pluies sur l’Hexagone par période

Figure 1 : Cumul de pluies sur l’Hexagone par période

Rappels généraux

  • Prendre en compte le risque de salissement

    Les épisodes de pluies de ces dernières semaines n’ont pas permis de faire correctement fonctionner les déchaumages et faux-semis. Il peut donc y avoir un stock de grains en surfaces (précédent, adventices) en attente de conditions favorables pour pousser. Ce risque de salissement brutal lors du retour des pluies est à prendre en compte dans un contexte de parcelles de plus en plus sales et difficiles à désherber. 

    Les chantiers de préparation des sols et de semis ne doivent donc pas se raisonner uniquement pour l’implantation de la nouvelle culture, mais aussi pour la sécurisation de son état sanitaire.

  • Besoins d’eau pour assurer la germination

    Pour germer, les graines doivent reprendre l’équivalent de leur poids (pour atteindre 50 % d’humidité). Pour ce faire, elles doivent être placées au contact étroit d’un sol suffisamment humide. Il faut donc environ 20 mm de pluie sur un sol sec pour assurer la germination des graines, à condition que le lit de semences soit suffisamment fin. Dans l’hypothèse où il y aurait un peu d’humidité résiduelle dans le sol, un semis un peu plus profond (5 cm) doit permettre d’y accéder. Si le lit de semences est complètement sec, les graines peuvent rester inertes en attendant l’arrivée des pluies. 

    Si la germination débute, il est très probable que les plantules trouvent suffisamment d’humidité dans le milieu pour lever… en attendant le retour de pluies significatives.

  • Structure du sol : pas d’alerte particulière

    Compte-tenu des conditions très sèches de l’été, il n’y a pas de crainte à avoir sur des structures dégradées lors des récoltes des précédents. Mieux, la formation de crevasses (notamment en sols argileux et argilocalcaires) a pu avoir un effet structurant en profondeur. Un travail profond ne s’impose donc pas pour des raisons structurales. Au contraire, un labour, un décompactage ou un déchaumage profond risquent d’être très demandeurs en puissance de traction, et vont générer des mottes difficiles à casser. Un travail du sol superficiel (5 cm, maximum 10 cm) semble idéal pour créer un lit de semences peu grossier. Le semis direct est aussi envisageable sous réserve d’être équipé d’un semoir adapté et d’avoir un sol suffisamment meuble pour positionner les semences à une profondeur adaptée et de pouvoir refermer le sillon.

    Au cas où la gestion du salissement l’imposerait (enfouissement de semences de vulpin ou ray-grass produites dans la culture précédente ; enfouissement de petits grains de blé n’ayant pu lever cet été avant une orge d’hiver…), un labour peut être souhaitable. Il faudra cependant attendre un début de réhumectation de la couche arable afin de pouvoir retourner le sol correctement sans créer trop de grosses mottes.

  • Adapter la stratégie de désherbage à l’humidité du sol

    L’humidité du sol est un facteur essentiel d’efficacité des herbicides de prélevée et/ou de postlevée précoce. La comparaison des efficacités obtenues en conditions sèches et en conditions plus favorables (ex. automnes 2015 vs 2018) met en évidence un enjeu majeur : à herbicides équivalents, l’écart d’efficacité peut atteindre 30 à 40 points. 

    Dès lors, plusieurs situations peuvent se rencontrer :

    1. la parcelle est « propre » ou sans risques majeurs d’infestation de graminées : il convient de retarder l’application (si une prélevée était prévue) pour passer sur une postlevée précoce. Il est aussi possible de retarder le semis, si la culture le permet, afin de bénéficier de conditions favorables.
    2. la parcelle est « sale » ou présente un historique de fortes infestations : s’il n’est pas possible de décaler le semis, qui reste l’option plus favorable, le programme prélevée puis postlevée (voire double postlevée d’automne si le scénario climatique le permet) reste d’actualité. Même si la prélevée ne sera pas réalisée dans les meilleures conditions, le programme restera in fine supérieur en efficacité à la seule postlevée. Pour les situations encore sensibles aux inhibiteurs de l’ALS ou de l’ACCase, il est possible de réaliser une postlevée d’automne puis de revenir en sortie d’hiver.
  • Une certaine flexibilité des céréales à la date de semis

    Les céréales à paille présentent une assez bonne flexibilité à la date de semis :

    • Pour les orges d’hiver, retarder si nécessaire les implantations sur la 2e décade d’octobre voire la 2e quinzaine du mois est peu risqué tant que les conditions de sol s’y prêtent (éviter les sols asphyxiés dès la levée). Les sols encore très chauds doivent permettre une levée rapide.
    • Pour les blés tendres d’hiver, les semis peuvent aisément être décalés de 2 à 3 semaines si les conditions le requièrent. Il est préférable d’attendre les bonnes conditions de semis que de se précipiter (au risque d’altérer la structure du sol s’il venait soudainement à pleuvoir abondamment, ou de semer trop tôt et de ne plus pouvoir maîtriser l’état sanitaire de la parcelle).
    • Pour les blés durs, les périodes de semis ne sont pas encore atteintes, la décision de déclencher les semis peut largement attendre mi- ou fin octobre ; de plus, l’espèce présente une grande flexibilité phénologique, ce qui lui permet d’être semée sur une large période. La qualité de l’implantation et la maîtrise sanitaire peuvent par conséquent être considérés comme prioritaires.

Cette année, plusieurs cas de figure peuvent se dessiner. Il s’agit de cas théoriques (mais réalistes), sans connaissance des prévisions de pluie à moyen terme.

Cas 1 : sols humides à hydromorphes, avec un historique de salissement 

En sols humides ou hydromorphes souvent infestées d’adventices, la situation est la plus compliquée à gérer. Un semis « dans le sec » avant les pluies risque de faire lever adventices et repousses (si elles n’ont pas déjà levé) en même temps que la culture lors de l’arrivée des pluies. Les conditions de désherbage de prélevée risquent d’être défavorables. Dans ce cas, il peut être nécessaire d’attendre les premières pluies pour laisser lever une partie des adventices puis préparer les sols, voire labourer si le sol s’y prête. 

Cas 2 : sols à bon ressuyage, avec une problématique de salissement 

Dans les sols à bon ressuyage « sales », c’est le type de flore qui va conditionner la stratégie de semis.

Si le salissement concerne des adventices, il nous semble urgent d’attendre pour semer, et désamorcer la problématique de désherbage (soit par un faux-semis et un décalage de l’implantation, soit par un labour et une adaptation du programme de désherbage chimique.

Si le salissement concerne des repousses problématiques (comme des repousses de céréales dans de l’orge brassicole), il est préférable de laisser les parcelles « verdir ». Dans beaucoup de situations, les pluies de fin août ont déjà permis de désamorcer le problème. Là encore, une fois les levées indésirables faites, un travail du sol permettra de nettoyer la parcelle et de procéder à l’implantation dans des conditions plus sereines.

Cas 3 : parcelles « propres »

Dans les parcelles « propres », il est possible de semer avant le retour des pluies avec l’optique de contrôler les adventices avec un programme de désherbage adapté (par exemple avec un herbicide de postlevée en cas de résistance aux herbicides foliaires). Une préparation sans labour peut être adaptée pour limiter les coûts d’implantation compte-tenu du faible risque d’accidents de structure. 

Attention au contraire aux préparations profondes (labour, déchaumage profond ou décompactage) qui pourraient générer des mottes, avec un surcoût de préparation et un risque de mauvaise levée (présence de mottes, attaque de limaces).

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