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Bourgogne-Franche-Comté

Sécheresse au semis : quelles recommandations pour les céréales à paille ?

Alors que la période de semis des céréales approche, l’absence de pluies ces dernières semaines affecte la préparation des parcelles. Il faut choisir entre attendre ou anticiper le retour des pluies. 

Semis de blé en Bourgogne

Dans un contexte où les pluies sont rares et irrégulièrement réparties, les situations agronomiques sont diverses (carte 1) : certains rares secteurs ont pu bénéficier de passages pluvieux fin août, garantissant la levée des repousses ; d’autres sont restés désespérément secs, au point de pénaliser les faux-semis et les préparations des prochaines implantations (ex. : nord de l’Yonne & Puisaye). 

Carte 1 : Précipitations (mm) entre le 15 août et le 25 septembre 2026 en Bourgogne-Franche-Comté

Carte 1 : Précipitations (mm) entre le 15 août et le 25 septembre 2026 en Bourgogne-Franche-Comté
(Source : ARVALIS/Météo France)

Les prévisions météorologiques pour la semaine 40 laissent entrevoir quelques pluies selon les secteurs concernés. Dans tous les cas, il est nécessaire d’évaluer les options, de faire un diagnostic objectif de l’état des parcelles et de surveiller les prévisions météo.

Période optimale de semis

Les céréales à paille présentent une assez bonne flexibilité à la date de semis (figure 1) :

  • pour les orges d’hiver, retarder si nécessaire les implantations sur la seconde moitié du mois est peu risqué, tant que les conditions de sol s’y prêtent (éviter les sols asphyxiés dès la levée). Les sols encore très chauds doivent permettre une levée rapide.
  • pour les blés tendres d’hiver, les semis peuvent aisément être décalés de deux à trois semaines si les conditions le requièrent. Il est préférable d’attendre les bonnes conditions de semis que de se précipiter (au risque d’altérer la structure du sol s’il venait soudainement à pleuvoir abondamment, ou de semer trop tôt et de ne plus pouvoir maitriser l’état sanitaire de la parcelle).

Figure 1 : Synthèse d'essais ARVALIS en BFC à différentes dates de semis de blé tendre d'hiver et orge d'hiver - rendements en % de la date de semis classique (27 essais ARVALIS 2017-2026)

Figure 1 : Synthèse d'essais ARVALIS en BFC à différentes dates de semis de blé tendre d'hiver et orge d'hiver - rendements en % de la date de semis classique (27 essais ARVALIS 2017-2026)

Prendre en compte le risque de salissement

En premier lieu, il est nécessaire de rappeler que les épisodes de pluies de ces dernières semaines n’ont souvent pas permis de faire correctement fonctionner les déchaumages et faux-semis. Il peut donc y avoir un stock de graines en surfaces (précédent, adventices) en attente de conditions favorables pour lever. Ce risque de salissement brutal lors du retour des pluies est à prendre en compte dans un contexte de parcelles de plus en plus sales et difficiles à désherber. Les chantiers de préparation des sols et de semis ne doivent donc pas se raisonner uniquement pour l’implantation de la nouvelle culture, mais aussi pour la sécurisation de son état sanitaire.

Désherbage chimique et humidité du sol

L’humidité du sol est un facteur essentiel d’efficacité des herbicides de prélevée et/ou de postlevée précoce. La comparaison des efficacités obtenues en conditions sèches et en conditions plus favorables (ex. automnes 2015 vs 2018) met en évidence un enjeu majeur : à herbicides équivalents, l’écart d’efficacité peut atteindre 30 à 40 points. 

Dès lors, plusieurs situations peuvent se rencontrer :

  • la parcelle est « sale » ou présente un historique de fortes infestations : s’il n’est pas possible de décaler le semis, qui reste l’option la plus favorable :
    • le programme prélevée puis postlevée (voire double post-semis d’automne si le scénario climatique le permet) reste prioritaire. Même si la prélevée ne sera pas réalisée dans les meilleures conditions, le programme restera in fine supérieur en efficacité à la seule postlevée. D’autant plus que certaines matières actives, de par leur très faible systémie (aclonifen, pendiméthaline) auront peu d’efficacité sur des graminées levées et que leur positionnement optimal reste la prélevée !
    • le programme de prélevée « solo » n’est pas la meilleure stratégie : il vaut mieux la renforcer avec une deuxième application, en postlevée précoce, même si elle engendre un surcoût, plutôt que de vouloir décaler l'application de pré en post-précoce.
    • pour les situations encore sensibles aux inhibiteurs de l’ALS ou de l’ACCase (peu nombreuses), il est possible de réaliser une postlevée d’automne puis de revenir en sortie d’hiver.
  • la parcelle est « propre » ou sans risques majeurs d’infestation de graminées : il convient de retarder l’application (si une prélevée était prévue) pour passer sur une postlevée précoce. Il est aussi possible de retarder le semis, si la culture le permet, afin de bénéficier de conditions favorables pour l’application de postsemis prélevée.

En pratique, que faire ?

Sur la base de ces éléments, plusieurs cas de figures peuvent se dessiner. Il s’agit de cas théoriques (mais réalistes), sans connaissance des prévisions de pluie à moyen terme.

Cas défavorable de sols humides à hydromorphes, avec un historique de salissement 

Il s’agit clairement de la situation la plus compliquée à gérer. Un semis « dans le sec » avant les pluies risque de faire lever adventices et repousses (si elles n’ont pas déjà levées) en même temps que la culture lors de l’arrivée des pluies ; les conditions de désherbage de prélevée risquent d’être défavorables. Dans ce cas, il peut être nécessaire d’attendre les premières pluies annoncées pour cette semaine pour laisser lever une partie des adventices puis préparer les sols, voire labourer si le sol s’y prête. 

Cas de sols à bon ressuyage, avec une problématique de salissement 

Si le salissement concerne des graminées adventices, il nous semble urgent d’attendre pour semer, et désamorcer la problématique de désherbage (soit par un faux-semis et un décalage de l’implantation, soit par un labour et une adaptation du programme de désherbage chimique.

Si le salissement concerne des repousses problématiques (par exemple, des repousses de blé dans une parcelle d’orge brassicole), il est préférable de laisser les parcelles « verdir » ; dans quelques situations, les pluies de fin août ont déjà permis de désamorcer le problème. Là encore, une fois les levées indésirables faites, un travail du sol (ou une intervention à base d’herbicide total) permettra de nettoyer la parcelle et de procéder à l’implantation dans des conditions plus sereines. Si les repousses n’ont pas levé, notamment de blé précédant une orge, alors seule une modification d’assolement évitera le déclassement des orges brassicoles. Attention toutefois à la pureté variétale, notamment dans le cas de semis d’orges d’hiver derrière des orges de printemps ou d’orges de printemps derrière des orges d’hiver ou de production de semences. 

Cas de parcelles « propres » - situations peu nombreuses

Il est possible de semer avant le retour des pluies avec l’optique de contrôler les adventices avec un programme de désherbage adapté (par exemple avec un herbicide de postlevée précoce en cas de résistance aux herbicides foliaires). Une préparation sans labour peut être adaptée pour limiter les coûts d’implantation, compte tenu du faible risque d’accidents de structure. Attention au contraire aux préparations profondes (labour, déchaumage profond ou décompactage) qui pourraient générer des mottes, avec un surcoût de préparation et un risque de mauvaise levée (présence de mottes, attaque de limaces).

A retenir

>> Ne pas se précipiter pour semer
Les céréales à paille offrent une bonne souplesse de date de semis : les orges d'hiver peuvent être semées jusqu'à la seconde quinzaine d'octobre et les blés peuvent être décalés de deux à trois semaines sans pénalisation majeure. Mieux vaut attendre de bonnes conditions de semis que semer dans de mauvaises conditions.

>> La gestion du salissement doit être prioritaire
Les conditions sèches ont souvent empêché les faux-semis de fonctionner correctement. De nombreuses graines d'adventices et repousses restent donc en attente de pluie pour lever. Le retour des pluies pourrait entraîner des levées massives qu'il faut anticiper avant l'implantation.

>> L'efficacité du désherbage dépend fortement de l'humidité du sol
En conditions sèches, les herbicides de prélevée peuvent perdre jusqu'à 30 à 40 points d'efficacité. Dans les parcelles à risque, il est préférable de maintenir une stratégie combinant prélevée et postlevée plutôt que de compter sur une seule intervention.

>> La décision dépend du niveau de salissement de la parcelle
Dans les parcelles sales (vulpins, ray-grass, repousses), il est généralement conseillé d'attendre les pluies pour faire lever les adventices puis les détruire avant le semis. Seules les parcelles propres peuvent envisager un semis avant les pluies, avec un programme de désherbage adapté.

Article rédigé par les partenaires de « Objectif Cultures Propres » (OCP) Bourgogne-Franche-Comté : CHAVASSIEUX Diane et Léa BOUNHOURE (ARVALIS), BONNIN Emmanuel (Soufflet Agriculture), FOLTIER Benjamin (Axereal), LACHMANN Alexandre (Bourgogne du Sud), JOUD Stéphane (CA39), COURBET Emeric (CA70), PILLIER Arnaud (CA21), ROBILLARD Catherine (SeineYonne), FLAMAND Romain (SAS Bresson), GELOEN Michael (Terres Inovia), BOIVIN Marius (Terre Comtoise), ROBLIN Yohann (Interval), LACHAUD Dominique (SAS Ruzé), Equipe grandes cultures Chambre d’agriculture de l’Yonne (CA89), MIMEAU Mickael (Alliance BFC), VILLARD Antoine (CA71) et ZAMBOTTO Cédric (CA58). 

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