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Normandie

Retour des pluies : faut-il en profiter pour semer les céréales ?

Récoltes des maïs, développement des colzas, semis des lins d’hiver… et bientôt les implantations des céréales à paille. Avec les pluies de cette semaine, faut-il donner déjà donner le top départ pour ces chantiers ou raisonner selon les dates calendaires ? Dans le contexte pédoclimatique actuel, mieux vaut avant tout soigner la préparation du sol et adapter la gestion du désherbage.

Semis de blé tendre en Normandie

Blés et orges restent très flexibles sur la date de leur implantation

Les céréales à paille présentent une assez bonne flexibilité à la date de semis :

  • Pour les orges d’hiver, retarder si nécessaire les implantations sur la deuxième quinzaine du mois est peu risqué, tant que les conditions de sol s’y prêtent (éviter les sols asphyxiés dès la levée). Les sols encore très chauds doivent permettre une levée rapide !
  • Pour les blés tendres d’hiver, les semis peuvent aisément être décalés de deux à trois semaines si les conditions le requièrent. Il est préférable d’attendre les bonnes conditions de semis que de se précipiter (au risque d’altérer la structure du sol s’il venait soudainement à pleuvoir abondamment, ou de semer trop tôt et de ne plus pouvoir maîtriser l’état sanitaire de la parcelle).

Figure 1 : Rendement en q/ha en fonction de la date de semis - 60 essais Normandie ARVALIS et partenaire entre 1991 et 2024

Figure 1 : Rendement en q/ha en fonction de la date de semis - 60 essais Normandie ARVALIS et partenaire entre 1991 et 2024

NB : Le décalage de la date de semis en blé tendre n’implique pas nécessairement une diminution drastique du rendement. Elle est plutôt à prendre en compte selon des critères transversaux : maîtrise du désherbage, praticabilité des parcelles, récolte du précédent…

  • Pour celles et ceux qui cultivent le blé dur dans la région, les périodes de semis ne sont pas encore atteintes. Il est préférable d’attendre fin octobre dans la région avant de commencer à les semer, l’espèce présente une grande flexibilité phénologique, ce qui lui permet d’être semée sur une large période. La qualité de l’implantation et la maîtrise sanitaire peuvent par conséquent être considérées comme prioritaires.

Pour germer, de l’eau, il en faut !

Pour germer, les graines doivent reprendre l’équivalent de leur poids (pour atteindre 50 % d’humidité). Pour ce faire, elles doivent être placées au contact étroit d’un sol suffisamment humide. Il faut donc environ 20 mm de pluie sur un sol sec pour assurer la germination des graines, à condition que le lit de semences soit suffisamment fin. Dans l’hypothèse où il y aurait un peu d’humidité résiduelle dans le sol, un semis un peu plus profond (5 cm) doit permettre d’y accéder. Si le lit de semences est complètement sec, les graines peuvent rester inertes en attendant l’arrivée des pluies. 

Afin d’anticiper les périodes favorables à la levée des jeunes prairies, rendez-vous sur l’outil Aléa pluie pour connaître les probabilités d’atteindre des seuils de 10, 15, 20 ou 30 mm cumulés dans les sept prochains jours ou les sept jours suivants.

Si la germination débute, il est très probable que les plantules trouvent suffisamment d’humidité dans le milieu pour lever… en attendant le retour de pluies significatives.

Carte 1 : Cumul de pluie en % de la médiane 20 ans entre le 1er août et le 30 septembre 2026

Carte 1 : Cumul de pluie en % de la médiane 20 ans entre le 1er août et le 30 septembre 2026

Structure du sol et désherbage : éléments clés de décision

Structure du sol : en cas de labour éviter de créer de grosses mottes

Compte-tenu des conditions très sèches de l’été, il n’y a pas de crainte à avoir sur des structures dégradées lors des récoltes des précédents. Un travail profond ne s’impose donc pas pour des raisons structurales. Au contraire, un labour, un décompactage ou un déchaumage profond risquent d’être très demandeurs en puissance de traction, et vont générer des mottes difficiles à casser. Un travail du sol superficiel (5 cm, maximum 10 cm) semble idéal pour créer un lit de semences peu grossier. Le semis direct est aussi envisageable sous réserve d’être équipé d’un semoir adapté et d’avoir un sol suffisamment meuble, pour positionner les semences à une profondeur adaptée et de pouvoir refermer le sillon.

Au cas où la gestion du salissement l’imposerait (enfouissement de semences de vulpin ou ray-grass produites dans la culture précédente…), un labour peut être souhaitable. Il faudra cependant attendre un début de réhumectation de la couche arable afin de pouvoir retourner le sol correctement sans créer trop de grosses mottes.

Adapter la stratégie de désherbage à l’humidité du sol

L’humidité du sol est un facteur essentiel d’efficacité des herbicides de prélevée et/ou de postlevée précoce. La comparaison des efficacités obtenues en conditions sèches et en conditions plus favorables (ex. automnes 2015 vs 2018) met en évidence un enjeu majeur : à herbicides équivalents, l’écart d’efficacité peut atteindre 30 à 40 points d’efficacité !

Dès lors, plusieurs situations peuvent se rencontrer :

  • la parcelle est « propre » ou sans risques majeurs d’infestation de graminées :  il convient de retarder l’application (si une prélevée était prévue) pour passer sur une postlevée précoce. Il est aussi possible de retarder le semis, si la culture le permet, afin de bénéficier de conditions favorables.
  • la parcelle est « sale » ou présente un historique de fortes infestations : s’il n’est pas possible de décaler le semis, qui reste l’option plus favorable, le programme prélevée puis postlevée (voire double postlevée d’automne si le scénario climatique le permet) reste d’actualité. Même si la prélevée ne sera pas réalisée dans les meilleures conditions, le programme restera in fine supérieur en efficacité à la seule postlevée. Pour les situations encore sensibles aux inhibiteurs de l’ALS ou de l’ACCase, il est possible de réaliser une postlevée d’automne puis de revenir en sortie d’hiver – y compris pour gérer les problématiques de folle-avoine.

Situations fréquemment rencontrées dans notre région

Cas 1 : sols humides à hydromorphes, avec un historique de salissement 

En sols humides ou hydromorphes souvent infestés d’adventices, la situation est plus compliquée à gérer. Un semis « dans le sec » avant les pluies risque de faire lever adventices et repousses (si elles n’ont pas déjà levé), en même temps que la culture lors de l’arrivée des pluies. Les conditions de désherbage de prélevée risquent d’être défavorables. Dans ce cas, il peut être nécessaire d’attendre les premières pluies pour laisser lever une partie des adventices puis préparer les sols, voire labourer si le sol s’y prête.

Cas 2 : sols à bon ressuyage, avec une problématique de salissement 

Dans les sols à bon ressuyage « sales », c’est la gestion de l’infestation des adventices qui est à prioriser. Les adventices seront le premier facteur de perte de rendement au-delà du décalage de la date de semis ou d’un semis en condition « sèches ». Les bonnes pratiques peuvent être d’attendre notamment les bonnes conditions pour utiliser le levier labour actionner le levier herbicide en maximisant son efficacité par un retour de l’humidité.

Cas 3 : parcelles « propres »

Dans les parcelles « propres », il est possible de semer avant le retour des pluies avec l’optique de contrôler les adventices avec un programme de désherbage adapté (par exemple avec un herbicide de postlevée en cas de résistance aux herbicides foliaires). Une préparation sans labour peut être adaptée pour limiter les coûts d’implantation, compte-tenu du faible risque d’accidents de structure. Attention au contraire aux préparations profondes (labour, déchaumage profond ou décompactage) qui pourraient générer des mottes, avec un surcoût de préparation et un risque de mauvaise levée (présence de mottes, attaque de limaces).

A retenir

Les conditions de cet automne conduisent à privilégier la qualité d’implantation plutôt que la précocité des semis :

  • Blés et orges restent très flexibles sur leur date de semis. Un décalage de quelques semaines est généralement peu pénalisant, alors qu’un semis réalisé dans de mauvaises conditions peut compliquer durablement la gestion de la culture.
  • L’humidité du sol demeure le facteur clé de la levée. Sans pluie suffisante, les graines peuvent rester en attente ; un retour des précipitations permettra de sécuriser la germination et de renforcer l’efficacité des herbicides.
  • Préserver la structure du sol est essentiel. En conditions sèches, privilégier des préparations superficielles et éviter les travaux profonds susceptibles de produire des mottes.
  • Dans les parcelles à forte pression d’adventices, la gestion du salissement doit rester prioritaire, en adaptant la date de semis et le programme de désherbage aux conditions d’humidité.

Rien n’est simple et chaque et le choix dépend des critères cités plus haut qui peuvent varier selon les contextes. 

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