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Bretagne

Premier apport d’azote tardif ou non : que faire face à la diversité de situations ?

Les conditions de portance ne sont toujours pas au rendez-vous pour entrer dans les parcelles, les stades avancent, mais sont très hétérogènes. Les chantiers commencent à s’accumuler, avec un pic d’activité qui s’annonce important lorsque les sols seront portants (apports d’azote, semis culture de printemps, destruction de couverts…), et les reliquats qui sont prévus bas. Va donc se poser la question de la dose d’azote à apporter selon le stade des cultures. Voici quelques éléments pour espérer trouver les meilleurs compromis entre efficience technico-économique et organisation des chantiers.

Apport azoté sur céréales, en Bretagne

Lorsque les parcelles seront portantes, quelles doses d’azote apporter ? 

Tout dépend de l’état d’avancement de la culture : si le stade épi 1 cm arrive bientôt ou non.

Les semis de céréales ont eu lieu majoritairement sur fin octobre et début novembre. Toutefois, les premiers semis dans l’est (Ille-et-Vilaine, est Côtes-d’Armor et Morbihan) ont commencé mi-octobre et se sont terminés fin décembre dans le Finistère. 

En conséquence, les stades des céréales sont actuellement très hétérogènes entre début tallage à fin tallage. 

Les parcelles ne sont toujours pas portantes avant une dizaine de jours. Le risque est de rentrer dans les parcelles tardivement avec des stades plus ou moins avancés, induisant un pic d’activité pour les agriculteurs risque, et donc une priorisation dans les interventions. Il sera donc nécessaire d’ajuster la stratégie de fertilisation en conséquence. 

4 préambules pour raisonner techniquement la stratégie de fertilisation azotée 

  • Au tallage, les céréales valorisent peu les gros apports d’azote. Apporter plus de 30-50 kg N/ha serait une perte d’efficacité technico-économique. A ce stade, seulement 50 % de l’azote est valorisé par la plante.
  • Au stade épi 1 cm, il est crucial de bien alimenter les céréales en azote. C’est  en effet à partir de là que les besoins deviennent exponentiels .
  • Pour un apport supérieur à 90-100 kg N/ha, il est plus intéressant techniquement de le fractionner en deux sur une période rapprochée (10-15 jours). Un apport supérieur à 90-100 kg N/ha en une seule fois risque d’être moins bien valorisé. L’azote est d’autant mieux valorisé que les conditions de croissance des plantes et les pluies sont présentes après l’apport.
  • La stratégie à mettre en œuvre au moment du premier apport dépend de l’arrivée du stade épi 1 cm. Observer les parcelles en mesurant la hauteur de l’épi afin d’ajuster la dose d’azote à apporter selon si le stade épi 1 cm arrive rapidement ou non. Il ne faut surtout pas se fier uniquement à l’état extérieur des plantes. 

Voici ci-dessous des dates prévisionnelles du stade épi 1 cm pour trois dates de semis et trois précocités à montaison sur plusieurs stations bretonnes. Ces dates sont à titre indicatif et seront ajustées suivant l’avancement de la campagne.

Précocité à montaison : 

  • Assez tardive (note 2) : KWS Extase, Chevignon, Shrek…
  • Demi-précoce (note 3) : Intensity, Junior, SY Transition…
  • Précoce (note 4) : Thermidor, Jeriko, Celebrity…

Tableau 1 : Dates prévisionnelles du stade épi 1 cm

Tableau 1 : Dates prévisionnelles du stade épi 1 cm
Sources : ARVALIS – Météo France

Les situations pouvant être problématiques, avec un premier apport en sol portant proche d’épi 1 cm, sont les semis précoces du 20 octobre avec des variétés précoces à montaison qui atteindront le stade épi 1 cm fin février-début mars. Ces situations ne sont pas majoritaires. 

Voici deux exemples de stratégies selon le stade au moment du premier apport. Les exemples de doses sont donnés pour une dose prévisionnelle X = 170 kg N/ha.

Schéma 1 : Deux exemples de stratégie de fertilisation selon le stade au moment du 1er apport

Schéma 1 : Deux exemples de stratégie de fertilisation selon le stade au moment du 1er apport

Quelles sont les situations à éviter ?

  • Des parcelles sans apport d’azote après le stade épi 1 cm.

Dans cette situation, retarder l’apport d’azote après le stade épi 1 cm (prioriser sur d’autres chantiers) risque de générer une forte carence en azote qui sera difficile à rattraper par la suite. Le rendement sera définitivement impacté.

  • Apporter des grosses doses d’azote (> à 80 -100 unités) au stade tallage.

Simplifier la fertilisation azotée en faisant des très gros apports en une seule fois à des stades précoces. L’azote sera mal valorisé avec un risque de carence tardive important.

 

À retenir

Des parcelles toujours pas portantes, un pic d’activité au retour de portance, des stades céréales qui avancent pour les semis d’octobre et des reliquats annoncés bas : la stratégie de fertilisation azotée du premier apport est à ajuster pour maximiser rendement et protéines dès maintenant. 

Observer les parcelles (mesure d’hauteur d’épi) pour ajuster la stratégie. 

Un stade proche d’épi 1 cm au moment du premier apport (ex. semis précoces d’octobre avec un premier apport autour du 5-10 mars) : réaliser deux apports conséquents rapprochés.

  • Apporter 60 % de la dose prévue tallage + épi 1 cm (ne pas dépasser une dose de 100 unités pour une bonne efficience).
  • Revenir 10 jours plus tard pour apporter le reste.
  • Conserver 40 unités de mise en réserve pour le dernier apport d’azote à dernière feuille (à l’exception des doses totales < 120 unités).

Exemple : Dose totale prévisionnelle à 170 unités. Mise en réserve de 40 kg N/ha au dernier apport autour de la dernière feuille, il reste 130 kg N/ha à apporter. Apporter 60 % de la dose au premier apport, donc 80 unités puis 50 unités 10-15 jours plus tard (autour 1-2 nœuds).

Autres cas avec un stade courant tallage ou l’épi 1 cm prévu dans plus de 15-20 jours après le premier apport (ex. semis décembre avec un 1er apport autour du 5-10 mars) : stratégie classique en trois apports.

  • Apporter 30-40 kg N/ha au premier apport.
  • Garder 40 unités pour le dernier apport (sauf dose prévisionnelle basse < 120 kg N/ha).
  • Apporter le reste autour d’épi 1 cm (fractionner en deux si apport > 100 kg N/ha).

Exemple : Dose prévisionnelle à 170 unités. Apporter 40 unités au premier apport puis 90 unités autour d’épi 1 cm enfin 40 kg N/ha au dernier apport autour de la dernière feuille.

Ce message a été rédigé en concertation avec les structures bretonnes suivantes : AGRIAL, EUREDEN, EVEN AGRI, GARUN PAYSANNE, LE GOUESSANT, TERRES DE L’OUEST.

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