Premier apport azoté : savoir lever le pied pour mieux performer
En cette sortie d’hiver, les parcelles de céréales se montrent très luxuriantes (trop même), avec les conditions de début de campagne très favorables au développement des plantes. Dans ce contexte, quand faut-il apporter de l’azote ? tout va dépendre des niveaux de reliquats azotés, à la hausse selon les premiers retours.
Des parcelles bien développées, à l’inverse de la sortie d’hiver 2025
A l’inverse de la campagne passée, la majorité des céréales d’hiver a été semée sur la première quinzaine d’octobre 2025 dans de bonnes conditions avec des levées homogènes : 55 % des blés sont implantés au 15 octobre, contre seulement 20 % des situations en 2024.
Depuis début septembre, le cumul de pluies est très proche de la moyenne pluriannuelle. Les conditions d’implantation jusque mi-novembre sont globalement bonnes, sans défaut majeur de structure, notamment à la suite du bon déroulement des arrachages de pommes de terre et de betteraves. Les semis sont plus rares sur la seconde quinzaine de novembre, avec des cumuls de pluies pouvant aller jusqu’à plus de 100 mm sur la région, et redeviennent possibles début décembre.
Carte 1 : Ecart à la moyenne des cumuls de précipitations par rapport à la référence 2005-2025 sur la période du 01/09/2025 au 20/01/2026
Carte 2 : Cumuls de pluie (mm) du 15/11/2025 au 05/12/2025 en Hauts-de-France
Depuis début octobre, les températures sont légèrement supérieures à la moyenne pluriannuelle, de l’ordre de +2 % par rapport à la référence 2005-2025. A noter que la séquence froide de début janvier 2026 est sans conséquence sur les céréales d’hiver, car la baisse des températures a été assez progressive pour permettre l’endurcissement.
Carte 3 : Ecart à la moyenne des cumuls de températures par rapport à la référence 2005-2025 sur la période du 01/10/2025 au 20/01/2026
En cette sortie d’hiver 2026, 80 % des parcelles de céréales d’hiver sont bien développées et sont même parfois trop luxuriantes ! La végétation continue d’évoluer avec les températures douces depuis mi-janvier : la majorité des blés et orges d’hiver est au stade fin tallage, et dans certaines situations ; peuvent être observées entre 5 et 10 talles par pied (essentiellement semis de début octobre).
Dans ces situations, il est important de bien piloter le premier apport d’azote, car maintenir cette biomasse élevée peut être dépréciatif sur le rendement. En effet, il est maintenant démontré que trop de biomasse (garder des tiges excédentaires trop longtemps) pouvait rendre la plante plus sensible à des aléas climatiques de fin de cycle (ou trop chaud, trop sec, ou pire encore ; trop humide, type 2016 ou 2024).
Dans le cas de parcelles bien implantées, stresser nos céréales d’hiver actuellement, en décalant le premier apport azoté, permettra de favoriser d’avantage l’enracinement et donc, de valoriser au mieux ceux de fin de cycle : les variétés de blé d’aujourd’hui réalisent leur rendement principalement sur les composantes fertilité épi et poids de mille grains (PMG) qui se mettent en place plus tardivement que les épis/m² !
Patienter pour le premier apport azoté !
Afin d’optimiser sa fertilisation azotée, l’idée principale est que chaque unité d’azote apportée soit valorisée par la culture, on parlera de coefficient apparent d’utilisation (CAU).
Au stade tallage, il faut savoir que le CAU n’est que de 60 %. Cela signifie qu’en moyenne seules 60 % des unités du premier apport seront réellement valorisées. Le CAU au stade épi 1 cm ou à dernière feuille est plus élevé : mieux vaut conserver des unités pour les apporter plus tard dans le cycle.
Ce que l’on oublie souvent, c’est que si les unités d’azote ne sont pas absorbées dans les trois semaines à un mois qui suivent, parce que le blé en a assez au tallage, ces unités sont ré-organisées, et ne re-deviendront disponibles après minéralisation qu’une centaine de jours plus tard, soit au mieux en juin pour le blé ; éventuellement intéressant pour la protéine… assez peu dans tous les cas pour le rendement.
Il faut également noter, que plus l’offre du sol, incluant donc le reliquat sortie d’hiver, est élevée moins bonne est l’efficacité de l’engrais (le CAU).
Cette année, on s’attend à des reliquats plus élevés :
- en raison d’une minéralisation automnale plus importante qu’en 2024-25 avec des températures élevées et des pluies suffisantes pour réhumecter le sol cet automne : on peut l’estimer à 1,5 voire 2 fois supérieure à la normale dans un sol limoneux sur la période du 1er août au 1er décembre.
- Et qui est associée à un faible cumul de pluies ayant réduit la lixiviation de l’azote en dessous de la zone d’exploration des racines.
Actuellement, les premiers retours de reliquats réalisés en janvier montrent une hausse de +10 kg N/ha pour deux horizons et +15 kg N/ha pour trois horizons par rapport à 2025 (1500 parcelles, via AUREA).
Dans ces situations, décaler le premier apport sera donc plus facile et sera à réserver aux parcelles semées tôt, bien implantées (bon enracinement) et bien développées.
Adapter la stratégie de fertilisation à la situation
- Pour les semis précoces implantés en terres profondes, si les parcelles sont bien développées avec des reliquats élevés, on peut se permettre d’attendre pour réaliser le premier apport, pas avant début mars !
- Les semis tardifs au stade 2-3 feuilles actuellement nécessiteront un apport à tallage mais ne sont pas encore à ce stade : il faut attendre.
- Pour les semis implantés en terres superficielles (sable, cranette) au stade tallage, on peut déclencher un apport d’azote à partir du 16 février (réglementation Directive Nitrate Hauts-de-France) dès que les conditions le permettront, en gardant en tête qu’à ce stade les besoins de la culture restent assez faibles.
Dans tous les cas, les besoins des blés à ce stade restent assez faibles, l’enjeu pour couvrir les besoins jusqu’au second apport au stade épi 1 cm est « d’amorcer la pompe » : 30 à 40 kg N/ha suffisent largement, et on peut monter exceptionnellement à 60 kg N/ha dans des cas de mauvais enracinement et de reliquats très faibles.
Dans ces cas de reliquats élevés, notamment dans le troisième horizon, il est primordial d’évaluer la qualité d’implantation de la culture pour estimer si cet azote en profondeur pourra être valorisé ou s’il sera perdu par lixiviation (entrainement dans les eaux de drainage). L’utilisation d’outils de pilotage en cours de culture est fortement recommandée.
Pour le calcul des doses prévisionnelles d’azote, consultez l’article « Blé tendre : les besoins unitaires en azote des variétés réactualisés pour 2026 ».
Retrouver nos préconisations sur la gestion de la fertilisation azoté du blé en vidéo : Concilier rendement et protéines en blé tendre – Episode 1/4 : modérer l’apport d’azote au tallage.
Carence en soufre : risque moins élevé cette année
En cas de décalage, voire d’impasse du premier apport d’azote : quand mettre le soufre ?
La période optimale d’apport de soufre se situe entre fin tallage et tout début montaison. Etant donné la pluviométrie dans la normale de cet automne-hiver sur la région, et les apports de produits organiques de plus en plus fréquents (au moins une année sur trois), le risque est plus faible cette année.
Selon la forme de soufre choisie, il est tout à fait possible d’envisager le soufre à épi 1 cm cette année, en l’absence d’apport au tallage.
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