Premier apport azoté : attendre le début montaison le sauf dans certaines situations
Comme chaque sortie d’hiver se pose la question du positionnement du premier apport d’azote sur céréales. Au de l’état actuel des cultures, il est possible de le reporter à début montaison dans de nombreuses situations, pour viser efficacité et rentabilité.
Les céréales présentent globalement une très bonne implantation et un développement parfois avancé, notamment pour les semis réalisés d’octobre à mi-novembre. Cette biomasse importante s’accompagne d’une absorption d’azote déjà conséquente d’après nos modèles.
Un automne et début d’hiver doux et modérément arrosé
couvert abondant (photo 23/01
à Jurques – M. Le Bras)
Les sommes de températures depuis les semis sont légèrement excédentaires pour les implantations d’octobre-novembre, ce qui a permis l’initiation d’un nombre satisfaisant de feuilles et de talles.
Les cumuls de pluie depuis septembre sont proches de la médiane sur 20 ans, très en deçà de ceux des deux dernières campagnes. En conséquence, la saison de drainage a démarré assez tard cette année (courant décembre).
Le faible drainage, combiné à un bon enracinement, a jusque-là limité les pertes par lixiviation. La douceur de l’automne et l’absence d’engorgement des sols est propice à une bonne minéralisation. L’azote minéral du sol a donc jusque-là accompagné la croissance des plantes avec une absorption régulière et suffisante pour leurs besoins actuels.
Cette généralité présente quelques cas particuliers comme dans la Manche, très arrosée.
Carte 1 : Pluie cumulée du 1/09/25 au 25/01/26
Jusqu’à mi-janvier, les céréales n’ont pas souffert d’excès d’eau contrairement à ce que nous avons connu les deux dernières campagnes. L’implantation des cultures est satisfaisante dans la majorité des parcelles.
Le retour de pluies abondantes depuis une dizaine de jours, même s’il provoque des engorgements dans les sols hydromorphes, est peu préjudiciable pour les parcelles qui sont en cours de tallage car ce stade est moins sensible à l’excès d’eau.
Figure 1 : Modélisation de la répartition de l’azote minéral du sol et de l’enracinement d’une culture de blé tendre semée le 15/10/25, Evreux, sol de limon, précédent lin textile (modèle CHN ARVALIS)
Sous l’effet des pluies, l’azote minéral du sol migre en profondeur. Toutefois, la profondeur d’enracinement (losange sur le graphique) est suffisante pour l’absorber.
Figure 2 : Modélisation de la répartition de l’azote minéral du sol et de l’enracinement d’une culture de blé tendre semée le 15/10/25, site de Cerisy-la-Salle, sol de limon, précédent lin textile (modèle CHN ARVALIS)
Ici, en gardant le même type de sol mais dans un environnement très pluvieux, > 440 mm depuis le 1er octobre, l’azote a migré en dessous de 120 cm de profondeur et est inaccessible aux racines.
Quelles interventions pour assurer rendement et qualité ?
Pas d’urgence pour le premier apport d’azote
Il n’y a aucune obligation technique à intervenir dès le 1er février, date possible règlementairement pour les premiers secteurs. Les épisodes pluvieux annoncés dans les prochains jours permettront une bonne valorisation de l’azote déjà présent dans le sol. Celui-ci devrait couvrir les besoins des cultures au moins jusqu’à mi-février.
Intervenir uniquement sur des sols bien ressuyés
Avant toute intervention, il est indispensable d’attendre un ressuyage suffisant des sols pour ne pas dégrader leur structure. Dans un sol saturé d’eau, les plantes plus ou moins asphyxiées ne se développent pas. Leurs besoins en éléments minéraux sont très fortement réduits.
Par ailleurs, certaines structures de sol sont déjà fragilisées par les conditions des campagnes précédentes : aucune intervention en conditions « limites » pour des apports d’azote ! De plus, les prévisions météos annoncent de la pluie dans les prochains jours.
Désherber avant de fertiliser
Dans le cas des parcelles sales, les désherbages de postlevée ou de rattrapage (si adventices non résistantes) devront être réalisés dès que les conditions climatiques favorables seront réunies et ce, avant tout apport d’engrais. Celui-ci favoriserait le développement des adventices et rendrait plus difficile leur contrôle. La postlevée avec une solution racinaire est encore envisageable pour certaines situations : parcelles avant fin tallage (bbch 29).
Préserver l’azote pour une meilleure efficience
Dans un contexte d’azote coûteux, chaque unité compte : retarder le premier apport permet de maximiser la valorisation de l’azote du sol, et d’améliorer l’efficience globale de la fertilisation.
Nota bene : le risque de carence en soufre reste faible pour le moment dans la majorité des situations. Dans les parcelles qui pourront nécessiter un apport, comme dans la Manche, attendre la toute fin tallage ou le stade épi 1 cm pour épandre l’engrais soufré.
Pour affiner l’analyse à la parcelle, la grille du projet PROBE permet de sécuriser la décision au tallage : cette année, les scores sont régulièrement entre 1 et 3, permettant l’impasse.
Quelques situations peuvent toutefois faire exception : les céréales derrière un maïs grain avec un bon rendement en 2025, les secteurs les plus arrosés de la façade maritime ou les semis les plus tardifs en parcelle hydromorphe, les sols argilo-calcaires superficiels…
Des jaunissements parfois observés, poser le bon diagnostic
Certaines parcelles présentent des jaunissements des vieilles feuilles qui peuvent faire penser à une carence. Il est important de bien analyser chaque situation car ce symptôme n’est pas spécifique d’un type d’accident ou de carence.
Sur des biomasses abondantes, on observe régulièrement le jaunissement des plus vieilles feuilles en lien avec la présence de maladies, ou bien sous l’effet du climat : effet du froid de début janvier, effet de l’excès d’eau temporaire…
L’excès d’eau commence également à se faire sentir dans les parcelles les plus hydromorphes avec des jaunissements provoqués par l’anoxie.
Ne pas confondre redressement et début de la montaison
Certaines cultures présentent déjà un port redressé. Pour des variétés très précoces à montaison, semées (trop !) tôt, cela peut correspondre à un début de décollement de l’épi. En revanche, pour la plupart des cultures, à l’heure actuelle, la différenciation de l’épi n’est pas encore achevée et la montaison n’est pas initiée. Un port redressé peut s’expliquer par une abondance de végétation qui provoque une forme d’étiolement, les talles étant en compétition pour la lumière. Pour autant, l’épi n’a pas encore initié sa montaison.
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