Pluviométrie élevée : doit-on réajuster les mesures de RSH ?
Face à d’importants cumuls de pluies enregistrés en janvier et février, se pose la question de se servir des reliquats sorties hiver (RSH) déjà mesurés pour le calcul de la dose d’azote, via les plans prévisionnels de fumure. Est-ce possible d’intégrer la lame drainante pour revoir les estimations ?
En effet, ces précipitations importantes ont pu, postérieurement aux mesures de RSH, engendrer la lixiviation des nitrates (NO3-) du sol au-delà de la profondeur maximale d’enracinement. Les conséquences sont une surestimation potentielle des quantités d’azote du sol que les plantes pourront valoriser et indirectement, une sous-estimation des besoins à couvrir pour la culture. La quantité d’azote lixiviée dépend directement de la lame drainante, la quantité d’eau percolée au-delà de la profondeur exploitée par les racines.
Lame drainante… prise en compte ou pas ?
A ce jour, la prise en compte de la lame drainante, et donc la réactualisation de la valeur de reliquat, n’est règlementairement pas possible, sauf publication contraire des services de l’Etat compétents. Seuls les outils de pilotage dynamique (ex Ferti Adapt CHN) permettent la prise en compte de la lixiviation en post-prélèvement du RSH. Cependant, une prise en compte agronomique peut s’avérer utile dans sa stratégie de conduite azotée selon l’ampleur du phénomène.
En première approximation, la lame drainante peut correspondre au cumul des pluies sur une période donnée, si les conditions d’évapotranspiration sont peu intenses (souvent le cas en période hivernale) et, si le sol est à la capacité au champ au départ (sol ressuyé avec une humidité maximale). Cette deuxième n’était pas remplie en janvier quand les premières mesures de reliquats ont eu lieu, notamment en sol profond.
En sommant les valeurs à partir de la semaine de réalisation des reliquats, il est possible estimer votre lame drainante.
Ensuite, reporter aux abaques mises à disposition par le COMIFER. Elles permettent d’estimer les pertes par lixiviation selon le type de sol, sa profondeur réelle et la valeur de la lame drainante. Pour cela, multiplier les pourcentages de pertes par lixiviation, obtenus par lecture du tableau correspondant à la situation, aux valeurs du reliquat pour chaque horizon mesuré. Pour le calcul, on peut prendre en compte la totalité de l'azote minéral du sol — le nitrate (NO3-) et l’ammonium (NH4+) — car on considère que l’ammonium est très rapidement nitrifié par les microorganismes nitrifiants.
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Comment adapter les choix techniques ?
On notera que la majorité des pertes se trouve logiquement sur le dernier horizon qui n’est pas toujours mesuré. La dose totale calculée dans ce genre de situation reste globalement cohérente. La stratégie reste inchangée.
Si la réglementation ne permet pas de réactualiser la dose totale, il est possible tout de même d’adapter la stratégie de fractionnement de cette dose obsolète en fonction de la valeur réaliste du reliquat. Pour les situations pour lesquelles le lessivage post-reliquat est important, il ne faut pas hésiter à diminuer la mise en réserve au profit de l’apport épi 1 cm. L’objectif étant de compenser l’azote lixivié et d’adapter la dose totale, et donc l’apport qualité à la réalité via un pilotage courant montaison.
Ce travail d’estimation des pertes par lixiviation est d’autant plus important dans les situations où le reliquat mesuré est élevé, c’est-à-dire, en tendance plus dans les secteurs Beauce et Île-de-France, où les reliquats sont en moyenne à la hausse, et particulièrement élevés, notamment derrière protéagineux, pommes de terre, oignons et lin. En effet, l’enjeu en unités d’azote peut vite être élevé. Le risque de ne pas couvrir les besoins des cultures est important avec les faibles doses totales initialement calculées.
Figure 1 : Arbre de décision avec les stratégies à adopter sur des doses totales faibles
Pour les premiers apports d’azote soufré réalisés début février, la question du soufre doit également se poser, particulièrement en sol superficiel et filtrant. En effet, le soufre est également un élément lessivable. Dans les situations les plus à risque, si les quantités de soufre étaient un peu limites par rapport au conseil de la grille ARVALIS, il ne faut pas hésiter à venir rapporter une vingtaine d’unités à épi 1 cm.
Figure 2 : Grilles d'évaluation du risque de carence en soufre sur céréales
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