Légumineuses compagnes : une pratique risquée avec une céréale
Outre l'implantation d'une culture intermédiaire « classique » en interculture, d’autres modes d’insertion de légumineuses peuvent être envisagés pour bénéficier de leur capacité de fixation de l’azote de l’air. C'est par exemple le cas de couverts permanents ou semi-permanents, ou encore de couverts associés. Si les légumineuses ont fait leurs preuves associées au colza, c'est loin d'être le cas avec une céréale.
Pratiqué déjà depuis plus d’une dizaine d’années, le colza associé à des légumineuses compagnes régulées chimiquement lors du désherbage au printemps ou détruites par le gel en hiver montre des résultats intéressants. Terres Inovia estime que des économies d’azote de 20 à 30 kg/ha sont possibles sur le colza qui bénéficie de la minéralisation des résidus des légumineuses. En revanche, cultiver des céréales à paille avec des légumineuses compagnes est une pratique risquée, comme le montrent les derniers essais d’ARVALIS.
Des effets négligeables sinon dépressifs sur le rendement
ARVALIS a testé, dans huit essais en agriculture biologique conduits de 2021 à 2024, des couverts associés de légumineuse (féverole, pois d’hiver ou lentille) implantés en inter-rang d’une céréale à paille (blé tendre, blé dur ou orge d’hiver) semée à écartement large. Pour s’affranchir des contraintes du triage des graines et afin de bénéficier de l’azote fixé par la légumineuse, cette dernière est détruite par un binage, selon les essais, entre les stades épi 1 cm et début floraison (le plus souvent vers le stade 2 nœuds). Ces céréales associées à une légumineuse compagne conduites sans fertilisation ont été comparées à la même céréale non fertilisée ou fertilisée avec 60 à 90 kg N/ha.
Dans le premier cas, la légumineuse compagne permet en moyenne d’augmenter la teneur en protéines de la céréale de 0,6 % (de 0 à 1,5 % selon les essais) mais avec un impact variable sur le rendement (-0,6 q/ha en moyenne, de -7,9 à +9,0 q/ha selon les essais). En revanche, une perte de rendement est systématiquement observée lorsque la céréale associée à une légumineuse compagne est comparée à la céréale seule et fertilisée (-9,7 q/ha en moyenne, variant de -18,1 à -1,2 q/ha selon les essais). Dans ce cas, le gain moyen de teneur en protéines est de 0,5 % (-0,9 et +2,2 % selon les essais).
Un compromis difficile entre développement et régulation
La forte variabilité de ces résultats peut s’expliquer par la difficulté de mise en œuvre de cette technique : la légumineuse doit pouvoir se développer suffisamment dans la céréale pour qu’un effet fertilisant puisse être observé et être ensuite détruite correctement pour éviter de la concurrencer et pour que la minéralisation de l’azote de ses résidus bénéficie à la céréale. Compte tenu de ces difficultés, cultiver des céréales à paille avec des légumineuses compagnes en AB est une pratique risquée. A noter que dans ces essais, les céréales associées à des légumineuses compagnes n’étaient pas fertilisées, ce qui correspond à une réduction de dose d’azote de 60 à 90 kg N/ha par rapport aux céréales seules et fertilisées.
En agriculture conventionnelle, cette technique semble encore moins intéressante. En effet, les céréales qui bénéficient d’apports d’azote plus élevés qu’en AB, seraient très probablement trop étouffantes pour permettre aux légumineuses de suffisamment se développer.
A noter que dans le cas des couverts permanents ou semi-permanents qui sont régulés dans la céréale, voire détruits en sortie d’hiver, l’impact sur la nutrition azotée est plus difficile à prévoir à l’avance. Dans certains cas, le couvert conduit à déplafonner le rendement sans modifier l’optimum de fertilisation azotée. Il est recommandé d’utiliser des outils de pilotage de la fertilisation pour s’adapter aux besoins de la culture.
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