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Bourgogne-Franche-Comté

Dernier apport d’azote sur blé : un investissement clé, même en contexte tendu 

Alors que les stades du blé s’accélèrent – stade méïose prévu fin avril à début mai et épiaison première décade de mai – et que la sécheresse s’installe, la tentation de faire l’impasse sur le dernier apport d’azote peut être forte. D’autant que les cours de l’azote ont fortement évolué à la hausse ces dernières semaines. Pourtant, ce troisième apport reste déterminant pour la qualité du blé (protéines), et même en période sèche, son efficacité n’est jamais nulle (> 60-70 % en sols profonds) lorsque la demande de la culture le justifie. Focus sur les facteurs impactant la valorisation du dernier apport et stratégie à adopter par temps sec. 

Des mains sortent un jeune épi de blé de sa gaine, stade dernière feuille pointante, en avril 2026 en Bourgogne

Est-ce trop tard pour apporter l’azote ? 

Il est encore temps d’apporter de l’azote puisque les blés sont actuellement principalement au stade dernière feuille pointante, et que même après gonflement, la plante peut continuer à absorber de l’azote (rattrapage de fin de cycle). Cette absorption tardive bénéficie à la fois au rendement et à la concentration en protéines des grains. En postfloraison, la plante peut encore absorber jusqu’à 30 % du total d’azote absorbé à maturité, ce qui est conséquent. L’azote absorbé en postfloraison bénéficiera principalement à la concentration en protéines des grains.

Peut-on espérer un retour des pluies ? 

Bien que les prévisions météo à court terme ne soient à ce jour pas favorables au retour des pluies, l’analyse fréquentielle indique que 7 années sur 10, la pluie revient début mai sur la région. 

Tableau 1 : Probabilité d’avoir 15 mm de pluie 7 année sur 10 : en vert dans les 15 jours en orange dans les 20 jours et en rouge > 20 jours

Tableau 1    : Probabilité d’avoir 15    mm de pluie 7    année sur 10    : en vert dans les 15 jours en orange dans les 20 jours et en rouge > 20 jours
Source : ARVALIS et Météo-France, analyse fréquentielle 2006-2025

Quels facteurs impactent le CAU de l’azote du dernier apport ? 

En matière de valorisation de l’azote, tout est affaire d’équilibre entre « offre et demande ». Le premier facteur qui influence le coefficient d'utilisation de l'azote (CAU) est la dynamique de croissance de la plante au moment de l’apport, car elle détermine en grande partie ses besoins à venir. Une plante qui pousse aura besoin de plus d’azote, et sera, de fait, plus efficace pour le valoriser. 

Et la pluie ? 

Bien entendu, la pluie est nécessaire pour que l’azote soit mis à disposition de la culture : viser un épisode pluvieux reste sans conteste favorable au CAU. Toutefois, l’historique des essais ARVALIS montre que même en période sèche, l’efficacité n’est jamais nulle (> 60-70 %) lorsque la demande de la culture le justifie. Le critère d’un cumul de pluies dans les 30 jours est plus déterminant que les 15 mm restrictifs dans les 15 jours. On précise que ces éléments sont valables pour un apport d’ammonitrate, et que ces conclusions sont différentes avec de la solution azotée ou de l’urée qui sont plus sensibles aux pertes d’azote.

Viser une dose à l’optimum  

Des résultats d’essais (figure 1) confirment les très bons niveaux de valorisation de l’apport qualité, avec un CAU moyen observé supérieur à 75 % sur les trois années. Les quelques situations ayant conduit à de faibles niveaux de valorisation correspondent toutes à des situations de surfertilisation, où la dose apportée était excédentaire par rapport au potentiel. En ce sens, si la dose totale a été bien calculée, le CAU de l’apport qualité a de grandes chances d’être élevé.

Figure 1 : CAU d’un apport d’ammonitrate à différents stades de développement

Figure 1 : CAU d’un apport d’ammonitrate à différents stades de développement
Pour l’apport qualité, une distinction est faite sur les situations où la dose totale reste dans l’enveloppe de la dose optimale (Qualité < Optimum = dose totale non excédentaire). Source : 25 essais ARVALIS AZOCLIME 2023-2025.

Préconisations dans notre contexte régional 

Dans le contexte actuel, le pilotage du dernier apport d’azote est indispensable mais ne peut pas reposer sur un schéma préétabli. Il est donc conseillé de le maintenir afin de sécuriser les teneurs en protéines et d’accompagner le potentiel. Cet aspect sera d’autant plus important dans le cadre de filière qualité comme celle de la CRC (Culture raisonnée contrôlée). 

Dans les parcelles à faibles potentiels avec du stress hydrique accompagné de pertes de talles et de baisse du potentiel de rendement (faible nombre d’épis), le dernier apport sera envisagé uniquement dans un objectif de teneur en protéines (en lien avec les débouchés et les éventuelles réfactions). La dose devra être raisonnée avec précaution, voire éventuellement supprimée selon l’évolution de la situation.

Dans tous les cas, l’utilisation d’un outil de pilotage de l’azote est essentielle pour réévaluer en cours de campagne le statut réel de la culture et éviter la surfertilisation. L’enjeu n’est pas d’apporter mais d’apporter juste.

De plus, choisir une forme d’azote efficiente est essentielle dans ce contexte : la solution azotée est donc à bannir. Il faut s’orienter de façon préférentielle vers de l’ammonitrate ou de l’urée protégée (urée enrobée ou urée avec inhibiteur d’uréase). 

À retenir

  • L’efficience du dernier apport n’est pas uniquement lié à la pluviométrie ! Les facteurs qui l’influencent le plus sont la vitesse de croissance de la plante au moment de l'apport, l’indice de nutrition azoté de la plante et la pluie dans les 30 jours. Ainsi, même en période sèche, l’efficacité du troisième apport n’est jamais nulle (> 60-70 %) lorsque la demande de la culture le justifie.
  • Même après gonflement, la plante peut continuer à absorber de l’azote (rattrapage de fin de cycle), avec un effet sur la teneur en protéine plus que sur le rendement.
  • Dans la région, la pluie revient 7 années sur 10 début mai.
  • Si le potentiel de la culture n’est pas engagé, même par temps sec, maintenir le troisième apport afin de sécuriser les teneurs en protéines et d’accompagner le potentiel. Choisir une forme d’azote efficiente (ammonitrate, urée protégée).
  • Intérêt des outils de pilotages pour adapter la dose de ce dernier apport au plus près des besoins de la plante.  

Article rédigé par les partenaires de « Blé Orge Objectifs Protéines » (BOOP) Bourgogne-Franche-Comté 
CHAVASSIEUX Diane et BOUNHOURE Léa (ARVALIS), PILLIER Arnaud (CA21), JOUD Stéphane (CA39), COURBET Emeric (CA70), LOISEAU Marie-Agnès (CA89), ZAMBOTTO Cédric (CA58), VILLARD Antoine (CA71), DERELLE Damien (SeineYonne), FLAMAND Romain (SAS Bresson), BEAUCAMP Thierry (AACE Rose), ROBLIN Yohann (Interval), LACHMANN Alexandre (Bourgogne du Sud), MIMEAU MICKAËL (Alliance BFC), BONNIN Emmanuel (Soufflet Agriculture) et FOLTIER Benjamin (Axereal).

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