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Normandie

Céréales : les semis précoces les plus exposés au risque pucerons

Les premiers semis de céréales ont démarré début octobre dans certains secteurs de l’Eure. Cette précocité les rend particulièrement sensibles au risque pucerons, tout autant qu’au risque adventices. Les semis de mi-octobre sont moins exposés, mais les conditions douces favorables du début de semaine prochaine appellent à la vigilance.

Pucerons sur jeunes semis de blé tendre à l’automne 2026 en Normandie

Des températures propices au développement des pucerons

Le temps reste sec et frais jusqu’en début de semaine prochaine, puis se dégrade. De jeudi à dimanche, les maximales se situent entre 9 et 13°C à Caen et Rouen, et les minimales entre 2 et 5°C. Seule une pluie très faible est possible vendredi (quelques millimètres au plus), et des bancs de brouillard sont attendus samedi matin, avec un risque de gelée blanche très localisé dans les terres. Lundi 9, le temps reste majoritairement sec, avec des minimales qui remontent autour de 3 à 7°C. La douceur s’installe ensuite avec le retour de la pluie : mardi 10 et mercredi 11, les minimales atteindraient 5 à 10°C (un peu plus côté Calvados) et les maximales 9 à 14 °C. Les cumuls varient selon les sources, de 5 à 20 mm mardi et de 6 à 10 mm mercredi, et restent à confirmer selon les secteurs.

Figure 1 : Données météo passées et à venir sur Evreux et le risque pucerons associé

Figure 1 : Données météo passées et à venir sur Evreux et le risque pucerons associé

Figure 2 : Données météo passées et à venir sur Caen et le risque pucerons associé

Figure 2 : Données météo passées et à venir sur Caen et le risque pucerons associé

La génétique : le premier levier de gestion pour dormir sur ses deux oreilles

Aujourd’hui, près de 60 % des surfaces normandes sont semées avec des orges résistantes à la jaunisse nanisante de l’orge, et parfois même à la maladie des pieds chétifs ; le progrès génétique constitue donc un levier majeur pour limiter les pertes liées à la jaunisse nanisante de l’orge (JNO). Sur orges d’hiver, une variété reconnue tolérante à la JNO permet de s’affranchir du traitement insecticide contre les pucerons vecteurs de cette maladie. Leur présence ne justifie donc pas, à elle seule, une intervention sur ces variétés. La tolérance limite les conséquences de l’infection sur la plante, mais ne signifie ni absence de pucerons ni immunité totale.

Figure 3 : Répartition des surfaces d’orges en Normandie selon leur tolérance à la JNO

Figure 3 : Répartition des surfaces d’orges en Normandie selon leur tolérance à la JNO

Sans traitement, l’écart de pertes de rendement entre orges sensibles et tolérantes peut être considérable. ARVALIS rapporte que, dans des essais soumis à une très forte pression de JNO, avec des semis de début octobre dans des secteurs très exposés comme le Poitou-Charentes, les pertes peuvent dépasser 55 % sur les orges sensibles, contre 7 % au plus sur les orges tolérantes, et moins de 1 % pour certaines variétés. Ces chiffres illustrent des situations de forte pression : ils ne correspondent pas à une perte moyenne attendue en Normandie. Ils montrent toutefois l’intérêt de la tolérance pour préserver le rendement en l’absence de protection insecticide contre les pucerons.

En Normandie, le cas n°4 présenté ci-dessous n’est que rarement rencontré. Une orge tolérante permet donc de se passer raisonnablement d’insecticide : un plus pour le portefeuille et la biodiversité !

Figure 4 : Rendements des variétés sensibles et tolérantes – regroupement de 17 essais – campagnes 2019-2025

Figure 4 : Rendements des variétés sensibles et tolérantes – regroupement de 17 essais – campagnes 2019-2025

Variétés sensibles : observer et intervenir si besoin

Dès la levée, observer les pucerons directement dans les parcelles, de préférence par temps calme et ensoleillé, aux heures les plus chaudes. Examiner au moins 5 séries de 10 plantes, réparties dans la parcelle, et compter les plantes portant au moins un puceron, pas le nombre total de pucerons. Sur les variétés sensibles à la JNO, les repères d’intervention sont de 10 % de plantes porteuses - soit une plante sur dix - ou une présence de pucerons qui se prolonge plus de dix jours, même à faible niveau. Renouveler donc régulièrement les observations !

Pas le temps ou l’envie de se mettre à genoux pour compter les pucerons ?

>>> Consultez le BSV Normandie.

Une gestion des insectes à dissocier, autant que possible, de la gestion des adventices

Il est important de rappeler que les pyréthrinoïdes ne présentent pas d’efficacité dans le cas d’une application préventive. Ils doivent être appliqués dès lors que des pucerons sont effectivement observés dans la parcelle.

Le positionnement du traitement herbicide coïncide rarement avec la date optimale de traitement insecticide. On comprend dès lors que le mélange est difficilement réalisable si on veut maximiser l’efficacité sur les deux cibles visées (graminées d’un côté, pucerons/cicadelles de l’autre).

Lorsqu’un insecticide est tout de même appliqué en mélange avec un herbicide, un volume de 150 l/ha minimum avec des buses à injection d’air à 66 ou 75 % est recommandé pour maximiser l’efficacité des deux produits. Et surtout une buse homologuée à 90 % est à proscrire pour des insecticides de contact alors qu’elle est extrêmement recommandée pour les herbicides.

À retenir

La douceur reste favorable aux pucerons, notamment sur le littoral : malgré le rafraîchissement annoncé, maintenez la surveillance :

  1. Tolérance variétale : sans traitement et sous très forte pression de JNO, les pertes de rendement peuvent dépasser 55 % sur orge sensible (cas extrêmes en conditions d’essai), contre 7 % au plus sur orge tolérante, voire moins de 1 % pour certaines variétés ; il ne s’agit pas de pertes moyennes en Normandie. Sur orge d’hiver reconnue tolérante à la JNO, pas d’insecticide contre les pucerons vecteurs de cette maladie.
  2. Observations : consultez le Bulletin de santé du végétal (BSV) Normandie pour suivre la situation régionale, sans remplacer les observations dans vos parcelles : examinez 5 séries de 10 plantes. Sur variété sensible, intervenez à 10 % de plantes porteuses d’au moins un puceron ou après plus de 10 jours de présence, même à faible niveau.
  3. Réglage du pulvérisateur si traitement justifié : dissociez autant que possible insecticide et herbicide. Si mélange, prévoyez au moins 150 l/ha avec des buses à injection d’air à 66 ou 75 % de réduction de dérive ; évitez les buses à 90 % pour les insecticides de contact, en respectant les conditions d’emploi des produits.

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