Céréales : adapter la fertilisation minérale dès le ressuyage des parcelles
Après une période de froid intense fin décembre-début janvier, les températures se sont largement radoucies depuis le 8 janvier après l’épisode neigeux et l’humidité du sol est resté élevée avec une pluviométrie largement excédentaire. Ces conditions, favorables à la minéralisation, engendrent également une reprise de la lixiviation des éléments minéraux, notamment soufre et azote, et de l’anoxie dans les situations de sol hydromorphes.
Quelles situations pour quelles préconisations de fertilisation azotée ?
Les recommandations suivantes portent sur des parcelles où aucun apport azoté n’a été engagé à ce jour. Quelle que soit la situation, il est impératif d’attendre un bon ressuyage avant toute intervention. Le risque de pénaliser durablement la structure du sol est trop important et doit nécessiter un temps de 4-5 jours de ressuyage dans les terres de groies et 10-13 jours dans les sols hydromorphes.
Par ailleurs, en dehors des situations hydromorphes qui souffrent d’anoxie racinaire durable depuis trois semaines, la croissance des céréales est bonne à élevée, et les cultures ont déjà absorbé des quantités d’azote permettant de couvrir leur besoin précoce au tallage. Leur état de nutrition azotée actuel ne présente pas de carence. Les jaunissements observés actuellement sont dus, soit à des problèmes sanitaires (mosaïque, maladies sur les feuilles basses), soit à des problèmes d’état du sol. Avec les derniers épisodes pluvieux, les excès d’eau peuvent également entraîner des jaunissements plus ou moins localisés.
Compte tenu de la pluviométrie récente (de 120 à 300 mm depuis début janvier) et des prévisions météorologiques avec de nouveaux épisodes pluvieux prévus, il est probable qu’aucun apport ne puisse être envisagé avant le 20/25 février. Aussi, dans les situations le nécessitant, un désherbage de sortie d’hiver est à prioriser face à un apport azoté.
Deux grandes situations regroupent une majorité des semis de blé tendre dans la région.
Les semis autour du 15 octobre
Dans ces situations, les céréales ont pu bénéficier de la douceur du début de cycle et sont souvent bien implantées avec un développement et une croissance satisfaisante à très satisfaisante. Aussi, les températures actuellement douces sont favorables à la croissance. Le stade épi 1 cm approchant, et les conditions d’intervention n’étant pas réunies, l’apport tallage n’est pas envisageable. Mais dans les sols le permettant, il est possible d’anticiper le premier apport avant le stade épi 1 cm :
- Dans les sols argilo-calcaires filtrants, il est possible d’encadrer le stade épi 1 cm avec deux apports de 60 et 40 % de la dose totale, déduction faite du report prévu. L’apport de la première fraction pourra être anticipée vers épi 1 cm – 10 jours pour accompagner la culture après la lixiviation des éléments minéraux significative subie dans ces types de sols.
- Dans les sols plus hydromorphes, on interviendra dès le ressuyage des parcelles : ceci ne devrait pas être possible avant l’atteinte du stade épi 1 cm, potentiellement début mars. Le fractionnement pourra se faire en trois apports : épi 1 cm (60 % hors report) puis dix à quinze jours plus tard (40 % hors report) et enfin, à dernière feuille avec la dose reportée à ajuster avec un outil de pilotage.
Ce premier apport d’azote pourra être couplé dans les situations qui le justifient à un apport de soufre.
Tableau 1 : Date atteinte du stade épi 1 cm pour un semis du 15/10
Les semis autour du 10 novembre
Dans ces situations, les céréales ont souvent eu un démarrage un peu plus lent et la période de froid de fin décembre a ralenti également leur développement, mais rien d’inquiétant. Depuis le 10 janvier, la reprise de végétation est importante avec des températures au-dessus des médianes pour la période. Dans ces situations, les besoins azotés sont encore modérés et en général satisfaits (Bande double densité - voir photo).
- Dans les sols argilo-calcaires filtrants, il sera possible de réaliser un apport au tallage puis d’encadrer le stade épi 1 cm avec deux apports.
- Dans les sols plus hydromorphes, on interviendra dès le ressuyage des parcelles : ceci ne permettra pas un apport au tallage. L’apport à épi 1 cm devra être fractionné afin de limiter les pertes et pouvoir ajuster la fertilisation selon la situation. Si les conditions le permettent, l’apport de la première fraction sera anticipé vers épi 1 cm – 10 jours.
Tableau 2 : Exemples de fractionnements possibles en 2026 pour les semis de début novembre (les doses sont exprimées en kg N/ha)
Tableau 3 : Date atteinte du stade épi 1 cm pour un semis du 10/11
Cas particuliers des parcelles hydromorphes
Cette année, la saturation prolongée en eau intervient depuis trois semaines au moins au stade plein tallage, moins sensible aux excès d’eau. Les parcelles sont aussi d’un bon niveau de tallage dans la majorité des cas, grâce à une bonne implantation durant l’automne et le début d’hiver (hors semis de fin décembre concernant les orges de printemps ou les blés durs). Dans ces situations, les céréales sont physiologiquement plus aptes à affronter ces excès d’eau. Les prochaines semaines seront déterminantes sur la saturation en eau des parcelles sur la période de début montaison.
Dans les situations à fort excès d’eau des parcelles hydromorphes, la croissance ralentie des cultures s’accompagne généralement d’une mauvaise absorption de l’azote, et donc d’une diminution de l’efficacité de l’engrais (mauvais CAU). Ceci justifie de « biberonner » la culture en fractionnant la dose d’azote en trois voire quatre apports, afin de limiter les pertes et d’ajuster la fertilisation selon la situation. L’excès d’eau n’ayant pas les mêmes conséquences selon les types de sols et sans connaitre la suite des évènements, une adaptation au cas par cas est nécessaire, pouvant amener à revoir à la baisse l’objectif de rendement et donc, la dose d’azote à apporter.
Un risque de carence en soufre plus élevé cette année !
Concernant le soufre, les céréales absorbent entre 80 à 100 kg SO3/ha. La cinétique d’absorption du soufre au cours du cycle de développement du blé est analogue à celle de l’azote : les besoins des céréales sont très faibles jusqu’à fin tallage puis modérés ensuite durant la montaison. Il faudra donc apporter cet élément au plus proche du stade épi 1 cm.
Lorsque l’apport est conseillé, les doses nécessaires se situent entre 20 et 50 kg SO3/ha. Toutes les céréales d’automne sont concernées par cette recommandation (notamment blé tendre, blé dur et orge d’hiver). Cette année encore, les pluviométries depuis le 1er octobre sont importantes, avec un cumul de plus de 300 mm dans le cas général, et plus de 400 mm en Charentes et Charente-Maritime. Des apports sont donc conseillés dans une majorité des situations sans apport régulier de PRO – produits résiduaires organiques. Les grilles de risque et la carte de pluviométrie régionale permettent d’évaluer les risques de carences de cette campagne.
Tableau 4 : Grille simplifiée de décision d’un apport de soufre (kg SO3/ha) sur céréales d’hiver pour les situations SANS apports réguliers de PRO depuis 10-20 ans
Tableau 5 : Grille simplifiée de décision d’un apport de soufre (kg SO3/ha) sur céréales d’hiver pour les situations AVEC apports réguliers de PRO depuis 10-20 ans
Carte 1 : Cumul de pluie depuis le 1er octobre 2025 permettant de se positionner par rapport à la grille prévisionnelle du risque soufre
Message rédigé par ARVALIS avec l’appui des techniciens des Chambres d’Agriculture de la Charente-Maritime-, des Deux-Sèvres et de la Charente, Groupe ISIDORE, Groupe PIVETEAU, Groupe COC, Océalia, Terrena, Coopérative de Mansle, Coopérative de Saint-Pierre de Juilliers, OXAGRI, Coopérative de la Tricherie, Coopérative de Matha, Terre Atlantique, et Soufflet Agriculture.
Projet FERTISOL NA financé par les partenaires du projet et la région Nouvelle-Aquitaine
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