Campagne 2025-2026 : les enseignements à retenir en orges d'hiver
L’année 2026 aura été marquée par l’alternance d’évènements climatiques très tranchés. Analyse des impacts sur le développement et les performances des orges d’hiver en Champagne-Ardenne.
Une campagne atypique dès l’automne-hiver
Les orges d’hiver ont été implantées sur la première quinzaine d’octobre. Les levées ont été rapides et homogènes. Deux épisodes de froid, en novembre puis fin décembre, n’ont pas eu d’incidence. Le mois de janvier est marqué par une très forte anomalie positive de températures : +30 % par rapport à la moyenne 20 ans. La pluie manque jusque janvier, les réserves hydriques ne sont que tardivement reconstituées, grâce aux pluies significatives de février (figure 1). Ces pluies permettent d’ailleurs de valoriser correctement les apports d’azote.
Ainsi, la reprise de végétation est précoce : stade épi 1 cm atteint au 15 mars dans les essais ARVALIS du fait de la douceur. Elle a été marquée par un niveau de tallage dans une moyenne un peu basse au regard des années précédentes (figure 2), mais dans des valeurs satisfaisantes au regard du nombre d’épis visé (500-600 épis/m²).
Figure 2 : Nombre de talles à plus de trois feuilles par m² au stade épi 1 cm en fonction du nombre de plantes par m²
Une montaison placée à nouveau sous le signe du manque d’eau
La montaison des orges d’hiver est rapide (39 jours vs 44 jours en moyenne pluriannuelle). Elle s’étend du 15 mars (stade épi 1 cm) au 25 avril (épiaison), dans l’observatoire ARVALIS : l’avance phénologique a donc été maintenue. Durant cette phase, les orges connaissent un mois de mars peu arrosé et un mois d’avril très sec (5 à 6 semaines sans pluie significative), avec du vent et des ETP élevés fin avril, accentuant le stress hydrique, en particulier en sols superficiels (carte 1).
Carte 1 : Cumuls de pluies en mars et en avril 2026
La montée à épi n’est pas favorisée, sur une base de tallage déjà en retrait : il manque 10 à 20 % d’épis selon les types de sols. Point positif : le rayonnement est présent et permet d’assurer une fertilité épi correcte. Mais cela n’aura pas suffi à compenser le manque d’épis pour assurer le nombre de grains par m² (figure 3).
Les maladies foliaires sont également très discrètes : la rouille naine et la ramulariose ont pu être présentes ponctuellement, mais avec un impact très limité sur la productivité.
Mai 2026, le mois des contrastes
Le mois de mai se caractérise par deux séquences climatiques opposées, à une semaine d’intervalle :
- Le retour de l’hiver : une séquence très humide, très fraîche, (avec des températures proches de 0°C) à floraison ;
- L’arrivée précoce de l’été : une séquence chaude, avec des températures maximales comprises entre 28 et 35°C durant le remplissage.
Le retour de l’hiver
Début mai, le retour des pluies est salutaire en sols profonds pour un bon remplissage des grains, mais il arrive trop tard en sols superficiels. Tous les territoires n’ont d’ailleurs pas été arrosés de la même manière : malheureusement, les sols superficiels ont moins reçu que les sols profonds.
Les températures fraîches au moment de la floraison, associées à des niveaux de rayonnement inférieurs à 200 cal/m² (entre le 5 et le 10 mai) peuvent expliquer des problèmes de fertilité des épis (figure 4). Par ailleurs, dans certaines situations à stress hydrique très fort, il n’est pas impossible que la floraison ait eu lieu dans la gaine, avant la sortie de l’épi : si le pollen est peu fertile, il ne peut y avoir compensation par fécondation croisée.
Juste après la floraison, le jeune grain fait l’objet d’une différenciation cellulaire importante, la taille des enveloppes se met en place. Malheureusement, cette phase ne s’est pas opérée sous les meilleures conditions climatiques. La cinétique de remplissage a donc été « bridée » dès le départ.
L’arrivée très précoce de l’été
A l’inverse, durant la dernière décade de mai, les cultures ont évolué sous des conditions climatiques correctes. Très rapidement, un cycle très chaud s’est installé, avec des températures régulièrement autour des 30°C (figure 5). Cette phase de températures élevées est intervenue seulement à la fin du palier hydrique, période pendant laquelle les transferts d’amidon et d’azote vers les grains sont les plus forts.
En définitive, la cinétique de remplissage a été bridée dès le départ dans beaucoup de situations. Point positif : le coup de chaud n’a pas tassé voire bloqué les transferts (figure 6). Par ailleurs, la remobilisation a probablement été efficace en fin de cycle, favorisée par l’absence de maladies foliaires.
Rendements et teneurs en protéines
Les rendements sont décevants, -10 à -15 % par rapport au pluriannuel. Les teneurs en protéines sont contenues dans les essais, mais plus élevées en plaine, avec une proportion significative de parcelles supérieures à 11,5 %. Les calibrages sont régulièrement compris entre 80 et 87 % selon les territoires.
Figure 7 : Nombre de grains par m² à la récolte et rendement (en q/ha) des orges d’hiver
Figure 8 : Rendement (en q/ha) et teneur en protéines (en %) des orges d’hiver récoltées en 2026
Bonnes performances des Orges de printemps semées à l’automne
Les orges de printemps semées à l’automne ont suivi un cycle phénologique proche de celui des orges d’hiver. Certes les rendements sont légèrement inférieurs au potentiel que l’on peut connaître sur notre territoire, mais ils sont très satisfaisants, associés à des teneurs en protéines idéales, autour de 10,5 % (vs moins de 9,5 % habituellement).
Les calibrages sont également bons, grâce à la discrétion des maladies foliaires.
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