Blé : surveiller les parcelles précoces à risque fusarioses
Cette campagne agricole se montre plus chaude que la normale, avec des excédents thermiques depuis les semis supérieurs de 9 à 15 %. Conséquence : une avancée de stades des céréales à paille. En moyenne aujourd’hui, on comptabilise entre 12 et 15 jours d’avance à épiaison et floraison. Ainsi, le stade début floraison est atteint ou sera atteint dans les prochains jours, dans les parcelles de blé tendre semées en octobre avec des variétés précoces à demi-précoces à épiaison (de type Intensity). Pour ces parcelles, le retour des pluies depuis samedi amène à évaluer le risque fusarioses sur épi, en couplant risque climatique et agronomique.
Un risque climatique présent pour les parcelles au stade début floraison cette semaine
Le retour des pluies orageuses ce week-end est une bonne nouvelle pour la valorisation des apports d’azote et remplir les réserves hydriques des sols. En revanche, ces pluies coïncident avec le début floraison des blés pour les parcelles les plus précoces. Le risque climatique vis-à-vis des fusarioses de l’épi repose sur les quantités de pluies reçues autour de la floraison des blés sur la période des 7 jours avant et 7 jours après encadrant la floraison.
L’ensemble de la région a été arrosée ce week-end, avec des cumuls s’étalant de 2 à 42 mm (carte 1). Des pluies sont à nouveau attendues cette semaine.
→ Le risque climatique est principalement présent sur les secteurs ayant reçu plus de 10 mm de pluie autour du stade floraison.
Carte 1 : Somme des pluies (en mm) entre le 1er et le 2 mai 2026
Les modèles météo et la visualisation faite par les instituts techniques affichent une probabilité élevée de cumuler à nouveau plus de 20 mm sur les 7 prochains jours du 5 au 12 mai 2026.
Carte 2 : Probabilité que la somme des pluies soient supérieures ou égales à 20 mm sur 7 jours – Période du 5 au 12 mai 2026
Evaluer le risque agronomique à la parcelle
Le risque agronomique dépend du précédent cultural, de la technique d’implantation de la culture et de la sensibilité de la variété vis-à-vis de la fusariose des épis (figure 1).
Le risque agronomique, couplé au risque climatique, permet d’évaluer le risque global et de décider ou non d’une intervention.
Recommandations associées à chaque niveau de risque :
1 et 2 : le risque fusariose est minimum et présage d’une bonne qualité sanitaire du grain vis-à-vis de la teneur en DON. Pas de traitement spécifique vis-à-vis des fusarioses quelles que soient les conditions climatiques.
3 : le risque peut être encore minimisé en choisissant une variété moins sensible. Traiter spécifiquement vis-à-vis des fusarioses en cas de climat humide (cumul de pluie > 40 mm pendant la période entourant la floraison).
4 et 5 : il est préférable d’implanter une variété moins sensible ou de réaliser un labour pour revenir à un niveau de risque inférieur. A défaut, effectuer un broyage le plus fin possible et une incorporation des résidus rapidement après la récolte. Pour ces deux niveaux de risque, envisager un traitement spécifique vis-à-vis des fusarioses, sauf si le climat est très sec pendant la période de floraison (cumul de pluie < 10 mm pendant les +/- 7 jours entourant la floraison).
6 et 7 : modifier le système de culture pour revenir à un niveau de risque inférieur. Labourer ou réaliser un broyage le plus fin possible des résidus de culture avec une incorporation rapidement après la récolte sont les solutions techniques les plus efficaces et qui doivent être considérées avant toute autre solution. Choisir une variété peu sensible à la fusariose. Traiter systématiquement avec un traitement * anti-fusarium efficace.
* Traitements efficaces contre F. graminearum et F. culmorum : principalement produits à base de prothioconazole, tébuconazole ou metconazole, utilisés début floraison à une dose suffisante (60 à 80 % de la dose homologuée minimum, selon le produit utilisé). Noter que parmi les solutions efficaces contre les Fusarium spp., il existe des différences marquées d’efficacité sur Microdochium spp. Une nuance qui peut s’avérer importante certaines années.
En résumé, le risque fusarioses sur épi est actuellement présent essentiellement pour deux situations suivantes bien présentes en Bretagne :
- Situation 1 : parcelle en non labour, précédent maïs (fourrage ou grain), ayant reçu entre 10 et 40 mm, quelle que soit la variété.
- Situation 2 : parcelle avec labour, précédent maïs (fourrage ou grain), ayant reçu entre 10 et 40 mm, avec une variété sensible.
Intervenir au stade début floraison pour maximiser l’efficacité
Le premier facteur d’efficacité du traitement est son positionnement : il faut être le plus proche possible du début de la floraison de la céréale (stade correspondant à la sortie des toutes premières étamines).
Par ailleurs, nos essais ont mis en évidence que le volume de pulvérisation est plus important que le choix des buses ou le recours à d’éventuels adjuvants. Aussi, il est recommandé d’intervenir avec un volume d’eau minimal de 150 l/ha.
Parmi les substances actives les plus efficaces, le prothioconazole est la seule à disposer d’une polyvalence sur les principales espèces du complexe des fusarioses. D’autres spécialités à base de tébuconazole ou de metconazole permettent également de lutter efficacement contre F. graminearum, mais présentent un intérêt limité sur les espèces du genre Microdochium. Pour les parcelles présentant également un risque de rouille jaune, privilégier des solutions à base de tébuconazole efficace sur ces deux maladies.
Il faut néanmoins rappeler que les meilleures protections fongicides ne dépassent pas, en moyenne, les 50 % d’efficacité. Il est donc primordial d’agir en amont, sur l’ensemble des leviers à notre disposition (choix variétal et travail du sol notamment), ne serait-ce que pour contre-carrer l’effet du climat, non maîtrisable et difficilement prévisible.
À retenir
- Les retours des pluies ce week-end sont favorables au développement de la fusariose des épis pour les parcelles qui atteignent le stade de début floraison.
- Le risque climatique est à coupler avec le risque agronomique de la parcelle : précédent, technique d’implantation et sensibilité variétale.
→ En résumé, le risque fusarioses sur épi est actuellement présent essentiellement pour deux situations :
- Situation 1 : parcelle en non labour, précédent maïs (fourrage ou grain), ayant reçu entre 10 et 40 mm, quelle que soit la variété.
- Situation 2 : parcelle avec labour, précédent maïs (fourrage ou grain), ayant reçu entre 10 et 40 mm, avec une variété sensible.
- En cas de risque, intervenir au début de la floraison des blés (début de chute des premières étamines) pour maximiser l’efficacité. Pour les parcelles à risque fusarioses et rouille jaune, privilégier des solutions à base de tébuconazole efficaces sur les deux maladies.
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