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Blé dur : quand apporter l’azote cette année ?

Au vu des stades des blés durs et des premières mesures de reliquats azotés, faisons le point sur le calendrier des apports d’azote à prévoir cette année selon les situations.

parcelle de blé dur au tallage

Des stades qui s’échelonnent entre 1 feuille et mi-tallage

Les stades des blés durs vont de 1 feuille à mi-tallage dans la région. 

Dans le Nord-Gard, les blés sont en majorité à 1 feuille car semés en décembre. Dans le secteur de Nîmes/Uzès, les stades oscillent entre 2-3 feuilles pour les semis de mi-novembre et 1 talle pour ceux de mi-octobre. 

En Camargue, les blés sont dans leur grande majorité en plein tallage. 

En Vallée du Rhône, les cumuls de pluies très importants (500 mm à Orange de fin août à fin décembre) ont fortement retardé les semis, qui se sont déroulés de fin novembre jusque début janvier pour les plus tardifs. Ces blés sont entre la levée et 2 feuilles. 

Dans le nord des Bouches-du-Rhône, en Durance et sur le plateau de Valensole, en début tallage pour les semis de la deuxième quinzaine d’octobre et 2 à 3 feuilles pour les semis plus tardifs. 

Des reliquats azotés plus bas que la moyenne quinquennale

Toutes les valeurs de reliquats ne sont pas encore connues, mais déjà plus de 30 mesures ont pu être compilées avec les données d’ARVALIS, de la CAPL, Duransia, Arterris, Chambres d’Agriculture du Gard et des Alpes de Haute-Provence, Cap N Rice. 

Les premiers retours semblent indiquer des reliquats globalement identiques par rapport à l’année dernière, et plus bas que la moyenne des 5 dernières années. 

C’est logique : les bons rendements de 2025 et les pluies importantes de l’automne ont contribué à faire diminuer les reliquats. Malgré cela, on note des reliquats importants dans la Vallée du Rhône (100 U sur 0-60 cm), dans des sols à forts potentiels de minéralisation. 

Figure 1 : Evolution des reliquats médians dans le Sud-Est dans des blés durs suivant des blés durs

Figure 1 : Evolution des reliquats médians dans le Sud-Est dans des blés durs suivant des blés durs

Pour les niveaux moyens de reliquats de l’année selon les précédents : 

  • Derrière céréales à paille : en moyenne 50 unités sur 0-60 cm (10 mesures) : entre 30 au minimum dans les petites terres et 110 dans les hauts potentiels de la vallée du Rhône. 
  • Derrière colza : autour de 50 unités (mais encore peu de mesures collectées). 
  • Derrière luzerne ou sainfoin : en moyenne 45 unités (3 mesures). 
  • Derrière maraîchage : en moyenne 80 unités en précédents courges, tomates. 
  • Derrière soja : en moyenne 30 unités sur 4 mesures. 
  • Derrière lavandin : en moyenne 26 unités sur 6 mesures. 

D’autres mesures sont en cours d’analyse.

Quand réaliser le premier apport d’azote ?

Il est recommandé de réaliser un apport sur un blé à 2 ou 3 feuilles, uniquement si le reliquat est très faible. A ce stade, les références historiques régionales montrent qu’ils sont nécessaires uniquement pour des reliquats inférieurs à 40 unités d’azote sur 0-60 cm dans des situations où l’accès à l’azote est difficile : enracinent amoindrie du fait de l’ennoiement.

Un apport au tallage est recommandé en cas de reliquats inférieurs à 60 unités. Entre le semis et le stade « épi 1 cm », qui marque le début de la montaison, le blé consomme en moyenne seulement 50 kg N/ha. Le but d’un éventuel apport au tallage est donc, dans des situations à faibles reliquats, de sécuriser la nutrition azotée de la plante jusqu’au stade épi 1 cm, moment où les besoins décollent véritablement. 

Pour les blés ayant entamé le stade « tallage », il est recommandé de profiter des pluies des prochaines semaines pour fertiliser si le reliquat est inférieur à 70 unités. Dans ces cas, un apport de 40 à 50 unités est recommandé afin de supporter les besoins du blé jusqu’au stade « épi 1 cm ». Si le reliquat est supérieur à 70 unités, les références historiques locales et les modélisations de cette année, dans un réseau de 15 parcelles d’agriculteurs de Valensole à Orange, montrent qu’il n’est pas nécessaire de se précipiter et que le reliquat est suffisant pour tenir jusqu’à la fin du tallage ou au stade « épi 1 cm ».

Tableau 1 : Calendrier des apports d’azote recommandé en fonction de la valeur des reliquats et du développement des blés durs

Pourquoi éviter un apport au tallage dans des situations à fort reliquat ?

  •  Cet apport ne sera pas valorisable par la plante et ne bénéficiera pas au rendement ou à la qualité.
  •  Cet apport peut entraîner une production trop importante de talles, pas nécessairement productifs, au détriment d’autres composantes.
  • Cet apport peut favoriser la verse dans les situations sensibles ou les maladies comme l’oïdium. 

Sécuriser le début de la montaison 

Ensuite, il sera très important de sécuriser le début de la montaison et de viser un apport aux pluies annoncées à l’approche du stade « épi 1 cm » (tableau 2).

Dans notre climat, à la pluviométrie incertaine, il est fortement conseillé de prendre de l’avance en végétation par rapport à ce stade et de ne pas attendre le dernier moment pour fertiliser. En clair : 

  • Dans les quelques situations les plus précoces (semis précoces et secteurs avec peu de froid), la montaison pourrait débuter dès début février. Le prochain apport sera celui de la montaison, il est très important de viser les prochaines pluies. 
  • Dans les situations médianes, le stade « épi 1 cm » est attendu pour fin février, début mars. Si une pluie significative est annoncée courant février, anticiper cet apport de début montaison. 

Si la dose à apporter pour le début de la montaison est supérieur à 90 U, il est conseillé de la fractionner en deux. 

Tableau 2 : Modélisation de la date prévisionnelle d’atteinte du stade épi 1 cm selon le secteur et la date de semis

Tableau 2 : Modélisation de la date prévisionnelle d’atteinte du stade épi 1 cm selon le secteur et la date de semis
Dates à titre indicatif, ne présageant pas des températures du mois à venir.

Trouver un compromis technico-économique

Le contexte économique se traduit par des prix prévisionnels de vente du blé faibles et des niveaux d’azote élevés. Les calculs faits par ARVALIS montrent que, dans ce contexte, il n’est pas judicieux économiquement de baisser la dose totale d’azote apportée de plus de 30 unités. Si cette économie doit être faîte, elle doit être raisonnée soit sur l’apport tallage en cas de reliquats importants, soit être répartie sur le cycle en évitant de pénaliser trop fortement l’apport qualité. Dans le contexte actuel, il est surtout judicieux de piloter au plus fin sa fertilisation en tenant compte des reliquats et en utilisant les réestimations du potentiel de rendement en cours de saison.

Désherber le ray-grass, c’est encore possible !

Dans certaines parcelles, le désherbage du ray-grass a été impossible jusqu’à présent à cause du vent ou de terres trop humides. Dans ces situations, une intervention est encore possible sur des plantules développées avec du chlortoluron, dont le stade limite d’application est fin tallage. 

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