Absence de pluies : piloter le dernier apport d’azote selon la dose à solder
La majorité des blés a atteint le stade dernière feuille étalée, avec un potentiel globalement correct à bon. En l’absence de pluies, des questions se posent quant au positionnement du dernier apport d’azote et sa valorisation. Voici quelques éléments pour raisonner cette intervention qui reste économiquement indispensable.
Dans le cas où un apport de 30-40 unités d’azote est prévu
→ Malgré le manque de pluies actuel, l’apport peut être réalisé, notamment si c’est de l’ammonitrate ou de l’urée protégée. Dans l’idéal, attendre des pluies prévues ; sinon apporter avant le stade gonflement.
A partir de 2 nœuds, la plante est en pleine croissance avec un système racinaire performant. Les apports d’azote sont généralement très bien valorisés (autour de 80-100 % de l’azote apporté est absorbé et utilisé par la plante).
Les récents essais& de 2023 à 2025 de fertilisation azotée mettent en évidence que le dernier apport est valorisé en moyenne selon un Coefficient Apparent d'Utilisation (CAU) de 90 % (= 90 % de l’azote apporté est absorbé par la plante) avec une forme d’azote de type ammonitrate ou urée protégée. En l’absence de pluies dans les 30 jours suivant l’apport, cette performance diminue à 70 %, mais est loin d’être nulle.
Figure 1 : Coefficient apparent d’utilisation moyen en % des apports selon le stade, la forme et les pluies après apport (synthèse d’essais ARVALIS et partenaires de 2023 à 2025 à l’échelle de la France)
Tableau 1 : Pourcentage de la dose apportée réellement valorisée en rendement (CAU) en fonction de la forme apportée et des conditions climatiques après l’apport
Ces essais ont également à nouveau démontré l’intérêt du dernier apport. Ne pas faire le dernier apport, c’est risquer une perte de rendement importante.
Réduire sa dose totale de 40 unités avec l’impasse du dernier apport = -4 q/ha et -1,1 % protéines (moyenne de 30 essais de 2023 à 2025).
C’est d’autant plus vrai si la forme utilisée est de l’ammonitrate ou de l’urée protégée qui volatilisent peu. Mêmes tardives, les pluies peuvent permettre de valoriser les apports d’azote sous ces deux formes.
Plus le dernier apport est tardif, plus l’azote contribue à faire de la protéine et de moins en moins au rendement. Concrètement, viser un apport avant gonflement pour maintenir un intérêt de l’apport sur le rendement. Après épiaison, l’apport sert essentiellement à la protéine.
L’outil de pilotage préconise un apport de plus de 50 unités d’azote : que faire avec le sec ?
→ Si des pluies significatives (plus de 10-15 mm) ne sont pas annoncées, apporter plutôt 30 unités d’azote dans un premier temps. En cas de retour de pluies significatives, le restant peut être apporté, sinon non.
Si l’outil de pilotage préconise plus de 40 unités d’azote, cela signifie que la plante est carencée. L’absence d’apport risque d’être fortement préjudiciable. Néanmoins, dans un contexte de prix de l’azote élevé et d’un risque de diminution de l’efficience de l’azote en raison du manque de pluies, il est préférable de gérer le risque :
- Apporter 30 unités avant gonflement puisqu’une partie de l’apport sera, même dans le sec, valorisé et contribuera au rendement.
- Apporter le restant lorsque des pluies significatives seront annoncées et que les blés n’ont pas encore commencé à épier.
- Si le sec persiste, ne pas apporter le restant.
Les apports d’azote foliaires sont-ils plus efficaces que l’ammonitrate par temps sec ?
→ NON ! les apports d’azote foliaires ne sont pas mieux valorisés que l’ammonitrate par temps sec sur le rendement et diminuent même significativement la teneur en protéines.
Dans des conditions sèches, on peut être tenté d’entendre le message de faire des apports foliaires où l’azote est absorbé par les feuilles et n’a pas besoin d’être solubilisé dans le sol par les pluies. Néanmoins, ce n’est techniquement et économiquement pas justifié.
Par temps sec, les feuilles sont dans des conditions non disposées à absorber l’azote par la cuticule (stomates fermés, hygrométrie faible…). On fera au mieux aussi bien que l’ammonitrate sur le rendement. En revanche, la teneur en protéines est significativement dégradée de 0,5 %. L’inconvénient est également d’avoir une dose apportée limitée et il faut calculer le prix à l’unité d’azote. Ces éléments ne tendent pas à favoriser cette forme d’apport.
L’idéal est de rester sur un dernier apport sous forme d’ammonitrate ou d’urée protégée, qui minimisent les pertes d’efficacité par temps sec.
Pour aller plus loin : le dernier apport est-il chaque année difficile à valoriser par manque d’eau ?
→ FAUX ! l’année 2026 est exceptionnellement sèche au moment du dernier apport. Un apport d’azote entre le 15 avril et le 5 mai a 70 à 90 % de probabilité d’être valorisé sur les vingt dernières années en Bretagne.
Une idée reçue persiste toujours selon laquelle le dernier apport est toujours difficile à positionner puisqu’on a moins d’eau à partir de mi-avril. Cela oriente vers une dégradation technique de la fertilisation azotée, avec des gros apports peu fractionnés et précoces où l’ensemble de la dose d’azote est apporté avant 1-2 nœuds.
Si l’on prend du recul et que l’on regarde sur les vingt - trente dernières années, cette idée reçue est fausse, et c’est même l’inverse la majorité du temps.
Le tableau 2 montre la proportion d’années où l’on a plus de 15 mm de pluie dans les 15 jours suivants l’apport. Mars et début avril ont des bonnes de conditions de valorisation variables entre années et sites. Mais de bonnes conditions sont obtenues cinq à sept années sur dix. A partir de mi-avril, sur l’ensemble de la Bretagne, de bonnes conditions de valorisation sont obtenues sept à neuf années sur dix. L’année 2026 fera peut-être (selon les prévisions des prochains jours) figure d’exception, à ne surtout pas prendre comme référence pour les prochaines campagnes.
À retenir
Quel est le risque à ne pas faire d’apport fin montaison ?
Malgré le temps sec, une partie importante du dernier apport d’azote (fin montaison) est toujours valorisée par la plante. Ne pas faire le dernier apport, c’est économiquement risqué : la perte de rendement peut être importante (-4,4 q/ha) par rapport à l’économie d’azote réalisée.
Quel est le stade limite d’apport ? Faut-il réduire la dose ?
- Apporter 30-40 unités d’azote avant gonflement pour optimiser rendement et protéines.
- Passé épiaison, l’apport sert essentiellement à la protéine.
Si une dose supérieure à 30-40 unités est conseillée par les outils de pilotage :
- apporter 30 unités avant gonflement ;
- apporter le restant uniquement si des pluies significatives (plus de 10-15 mm) sont annoncées avant que les blés commencent à épier. Dans le cas contraire, pas d’apport.
Quelle forme d’azote ?
- Privilégier la forme d’ammonitrate ou d’urée protégée pour minimiser les pertes d’efficacité par temps sec.
- Un apport d’azote foliaire (absorption par les feuilles et non les racines) n’est pas plus performant que l’ammonitrate par temps sec.
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