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Pomme de terre - Organiser le chantier de récolte pour limiter les dommages

La récolte est souvent source d'endommagements mécaniques sur les tubercules et d'une perte en qualité. Différents critères entrent en jeu lors de cette étape à ne pas négliger.

Récolte de la pomme de terre

L’objectif premier des travaux de récolte est de préserver la qualité des tubercules :

  • Récolter à la bonne date pour assurer une formation complète de l’épiderme, tout en limitant les attaques par les parasites du sol,
  • Utiliser un matériel bien réglé et équipé de systèmes de protection contre les chocs,
  • Tenir compte des conditions pédoclimatiques, qui peuvent accroître les risques d’endommagement.

Depuis une quinzaine d’années, l’amélioration de la performance des arracheuses s’est concentrée sur la recherche de l’accroissement du débit de chantier de récolte tout en préservant l’intégrité des tubercules. Outre la performance en matière de productivité, le matériel de récolte et de mise en stockage doit posséder deux qualités essentielles :

  • Arracher et réceptionner tous les types de tubercules sans les endommager,
  • Éliminer efficacement terre, mottes, cailloux et fanes.

Plusieurs pratiques culturales contribuent à faciliter les conditions de récolte et le travail des arracheuses : préparation de sol avec des outils animés (fraise) ou après tamisage, défanage chimique, broyage mécanique des fanes.

En général, les endommagements mécaniques causés aux tubercules proviennent le plus souvent des conditions de récolte inappropriées ou d’un mauvais réglage des machines et non du type de matériel utilisé. Ces dommages restent encore fréquents, surtout lorsque les variétés sont sensibles aux chocs et/ou lorsque les tubercules sont récoltés immatures.

Les principaux types d’endommagements d’origine mécanique

Les endommagements mécaniques dégradent fortement la  qualité de la pomme de terre, soit directement par le dommage causé au tubercule en réaction à l’impact, soit indirectement par l’accroissement de risques induits (flétrissement, faces planes, développement de pourritures, etc.).

Lors de l’arrachage, il est recommandé de chercher à diagnostiquer le niveau d’endommagement de la récolte, de façon à pouvoir mettre en place les mesures correctives nécessaires. Les tests appropriés au type de blessure recherchée doivent être réalisés sur des échantillons représentatifs du lot afin d’identifier au plus vite les blessures (voir encadré).

Eraflures et endommagements de type fracture

Pour visualiser fractures et éraflures, tremper les tubercules immédiatement après l’arrachage durant une vingtaine de minutes dans une solution de perchlorure de fer (solution à 8-10 % de perchlorure de fer : 2 litres de perchlorure à 40 % pour 8 litres d’eau). En cas d’endommagement effectif, les blessures se colorent en brun verdâtre.
 

Noircissement interne Le test vise à accélérer la réaction biochimique responsable de l’apparition des symptômes. Pour ce faire on réalise un étuvage de l’échantillon dans un milieu chaud (30 °C) et très humide pendant environ 12 heures. Après épluchage des tubercules, les lésions sont observables sous l’aspect de tâches grisâtres.

Les éraflures

Les éraflures se caractérisent par des endommagements superficiels dus à des frictions. Ces éraflures entraînent une rupture et une exfoliation de la peau lorsque les tubercules n’ont pas atteint leur maturité et que l’adhérence de leur peau est faible. Plusieurs facteurs accroissent le  risque de blessures : défanage trop précoce, temps de maintien dans le sol trop court, fertilisation azotée excessive, etc.

La qualité de présentation peut être altérée par les éraflures en raison de la présence de zones de brunissement enzymatique. Les éraflures favorisent également les pertes de poids en conservation et les brûlures dues aux produits anti-germinatifs appliqués en stockage.


Les éraflures

Les endommagements de type fracture

Ils regroupent les dommages de type fissures, éclatements ou encore écrasements internes occasionnés par une rupture des parois cellulaires suite à un choc.

Ces blessures sont visibles immédiatement après l’impact. Sur pomme de terre féculière, des écrasements importants peuvent libérer des grains d’amidon en quantité, caractéristiques des symptômes appelés « amas de fécule ».

Ces types de lésions constituent souvent des portes d’entrée pour différents agents pathogènes responsables des pourritures en conservation (Phoma, Fusarium, Erwinia).

La sensibilité des tubercules aux endommagements de type fracture dépend principalement de la variété (voir tableau 1). Cependant, plusieurs facteurs favorisants peuvent interférer avec la sensibilité variétale : pression de turgescence élevée (en raison de fortes précipitations ou d’irrigation excessive), manque de maturité, maintien dans le sol insuffisant, manipulations à basse température et mauvaise formation de l’épiderme.

Tableau 1 : Classement de quelques variétés vis-à-vis de leur sensibilité aux endommagements de type fracture, établie à partir de tests pendulaires

Le noircissement interne

Le noircissement interne se développe sous la peau sous la forme de taches plus ou moins circulaires, gris-bleutées (taches cendrées).

Cette coloration résulte d’une réaction biochimique provoquant la formation de pigments (mélanines) au niveau des tissus endommagés. Les taches apparaissent généralement un à trois jours après l’impact. Des chocs d’intensité faible, et même la simple pression à la base du tas après un stockage prolongé, peuvent suffire à provoquer du noircissement interne.

La sensibilité des tubercules à ce type d’endommagement est liée à la variété, mais elle est directement en rapport avec leur teneur en matière sèche. Le risque s’accroît de manière généralement importante lorsqu’elle dépasse 20 %. Ce risque doit ainsi être particulièrement pris en considération pour les pommes de terre destinées à la transformation industrielle, dont la teneur en matière sèche est supérieure à 21-22 %). Les manipulations à basse température (moins de 10 °C), une carence potassique ou une turgescence insuffisante constituent des facteurs de sensibilisation des tubercules au noircissement interne.

Choix d’une arracheuse

Les critères de choix de l’arracheuse et de ses équipements sont nombreux. Les principaux sont la surface cultivée en pommes de terre, le type de sol de l’exploitation, le type de variétés cultivées, les périodes de récolte, l’organisation envisagée pour le chantier de récolte.

Deux grands types d’arracheuses se partagent le marché : combinées et simplifiées (voir encadré).

Arracheuse combinée ou simplifiée? Ce choix correspond à deux types de chantier de récolte bien spécifiques. En effet, pour l’arracheuse combinée, l’existence sur la machine d’une trémie d’attente, de capacité variable, et d’une table de visite permettant déjà un tri qualitatif au champ, autorise une réduction du matériel de réception / mise en stockage à la ferme. Cela vaut pour une conservation des tubercules en caisses, dont le remplissage peut alors s’effectuer au champ, sans toutefois avoir la possibilité de séparer les différents calibres et en prenant en compte la nécessité d’une navette d’acheminement des caisses du bâtiment à la parcelle et leur retour. Ce type de chantier de récolte permet également de séparer très tôt les pierres et les mottes du flux des tubercules en sols lourds et caillouteux, afin de limiter les blessures.
 
Le recours à des arracheuses combinées progresse régulièrement en France depuis une quinzaine d’années. La majorité des surfaces de pommes de terre sont encore aujourd’hui récoltées par des arracheuses simplifiées 2 rangs au débit de chantier plus élevé. Celles-ci assurent une large polyvalence dans la récolte de plusieurs catégories de productions (plants, consommation, fécule) en adaptant au mieux le choix des équipements de séparation (effanage, déterrage) disposés à l’arrière de la machine. 

La surface à récolter

La capacité moyenne d’arrachage est variable selon les modèles (voir tableau). Le choix de l’un d’eux impacte directement le coût de production en fonction de l’utilisation annuelle qui en est faite. Ce choix doit prendre en compte l’étalement possible de la récolte et le nombre moyen de jours disponibles.

A titre d’exemple, une machine combinée un rang, de petite capacité, peut suffire pour récolter 10 à 15 hectares sur 20 jours disponibles à l’automne. A l’opposé, une arracheuse simplifiée 2 rangs permet d’assurer la récolte sur une surface totale annuelle de l’ordre de 80 à 100 hectares, à condition d’opter pour un bon étalement de la période d’arrachage grâce à l’adaptation de la gamme variétale. La période disponible pour effectuer les travaux dans des bonnes conditions doit être intégrée dans la considération du débit de chantier souhaitable, mais en veillant toutefois à prendre en compte la disponibilité en besoins de traction ainsi qu’en moyens de transport et de réception de la récolte. Pour des surfaces encore plus importantes, il est préférable d’opter pour du matériel automoteur simplifié en 2 ou 4 rangs.

Capacité de travail indicative de différents types d'arracheuses

Le type de sol

Le type de sol, la finesse habituelle de sa préparation et les conditions de récolte déterminent principalement l’aptitude au tamisage de la terre lors de l’arrachage.

En terre légère, facilement tamisable, l’utilisation de dispositifs de déterrage simple sur l’arracheuse est possible, voire recommandé (rouleaux transversaux, tapis à tétines). En terre plus motteuse ou en conditions humides, des dispositifs de déterrage sont préférables (rouleaux étoiles, rouleaux longitudinaux). En présence de cailloux, l’usage de rouleaux axiaux longitudinaux (type Dohlman) est déconseillé.

L’usage désormais fréquent d’outils animés lors de la préparation des parcelles au printemps permet de disposer cependant d’un sol assez affiné lors de l’arrachage indépendamment du type de sol.

Mise en stockage directement au champ

Lorsque la conservation des tubercules s’effectue en caisses palettes (palox) et n’oblige pas la séparation des calibres, il est possible d’utiliser une arracheuse combinée pour réaliser la mise en caisses directement au champ. Cette pratique permet de limiter les manipulations et ainsi les endommagements des tubercules. Elle induit cependant une organisation de chantier spécifique. Le personnel est affecté sur la machine pour un nettoyage parfait sur la table de visite et il faut disposer d’une bonne logistique pour l’acheminement des caisses entre le champ et l’exploitation.

Équipement et réglage des arracheuses

Un arrachage réussi combine un déterrage non agressif à un débit de chantier élevé. Afin d’atteindre ces objectifs, il convient de disposer, pour les arracheuses simplifiées, d’un canal d’arrachage adapté à l’espacement entre buttes: canal de 1,50 m pour des buttes de 75 à 80 cm, canal de 1,70 m pour des buttes écartées de 90 cm.

Quel que soit l’écartement entre buttes, la quantité de terre à tamiser à l’hectare reste élevée. Néanmoins, à vitesse d’avancement équivalente, la quantité instantanée à tamiser est environ 20 % supérieure pour un espacement entre buttes de 90 cm par rapport à 75 cm.

Limiter les pertes au sol

La séparation des tubercules de la terre et des fanes lors de l’arrachage s’effectue avec des dispositifs permettant de réaliser une opération efficace, tout en cherchant à limiter les endommagements occasionnels.

Pour y parvenir, les réglages de ces dispositifs doivent être optimisés : limiter au maximum le secouage des chaînes, adapter la position des rouleaux effaneurs ainsi que la pression des doigts effaneurs, régler l’inclinaison des organes de déterrage, etc.

Pour des récoltes en vert ou en présence de fort volume foliaire, les rouleaux effaneurs peuvent être remplacés par les systèmes d’effanage à larges mailles, moins agressifs sur les tubercules. Pour les chantiers d’arrachage simplifiés, il est recommandé d’éviter la réalisation d’un déterrage complet au champ. La tare terre résiduelle pourra être éliminée à la réception à la ferme avant la mise en stockage, avec l’aide de systèmes déterreurs à postes fixes plus faciles à contrôler et moins blessants pour les tubercules.

Pour une meilleure performance, le nombre de chaînes du tamisage doit être adapté aux conditions de récolte. En cas de récolte difficile et tardive, un nombre de chaînes de tamisage important est préférable (3 à 4). Ceci convient également pour parfaire le nettoyage en culture de pomme de terre féculière. Attention aux risques de blessures lorsque les conditions de récolte sont trop sèches.

Si la récolte a lieu dans des conditions humides et sols lourds, l’introduction d’une première chaîne courte permettra de fragmenter le flux de la butte à la jonction 1ère / 2ème chaîne. Il est également possible d’équiper certains modèles standards à 3 chaînes d’un dispositif de nettoyage du type rouleaux longitudinaux (rouleaux Dohlman). L’apport d’un pont moteur hydraulique sur l’arracheuse sera très appréciable dans ces conditions extrêmes.

Le réglage du pas des chaînes à barreaux est réalisé en fonction du calibrage de la récolte. Le choix doit être effectué pour trouver le meilleur compromis entre performance de déterrage et limitation des pertes au sol. Pour mieux s’adapter à des conditions de récoltes diversifiées et étalées dans le temps, il est préférable de disposer d’un exemplaire de chaînes à faible pas et un deuxième à pas plus large.

Le secouage doit être également réduit au mieux pour favoriser une montée régulière des tubercules sur les chaînes et réduire le risque de blessures.

Organes de séparation

Les organes de séparation sont nécessaires pour compléter le nettoyage de la récolte sans endommager les tubercules. Le choix de ces équipements est réalisé en fonction du type de sol, de la variété et des conditions de récolte : chaînes porteuses de fanes ou rouleaux effaneurs pour l’élimination des fanes; tapis à tétines, rouleaux transversaux lisses ou cannelés, à étoiles, rouleaux segmentés, rouleaux longitudinaux lisses ou cannelés.

Attention à certaines contre-indications dans le choix des types d’organes de séparation, comme par exemple :

  • chaîne porteuse de fanes et fanes courtes ou récolte immature avec présence de tubercules encore fortement adhérents aux stolons,
  • rouleaux longitudinaux et sols caillouteux, ou récolte en condition sèche ou récolte de tubercules de petits calibres.

La mise en oeuvre de dispositifs modulables (chaînes télescopiques, rouleaux bypass) permet, pour certains modèles, de limiter les temps de passage des tubercules sur les organes les plus agressifs en bonnes conditions.

L’utilisation de caméras de surveillance arrière rend plus facile à réaliser en continu le réglage des organes de séparation par le chauffeur du tracteur en fonction des conditions réelles de récolte.

Date d’arrachage

Afin de récolter les tubercules avec une maturité de peau suffisante, il est recommandé de défaner chimiquement les parcelles puis de laisser les tubercules dans le sol pendant environ 3 semaines. Pour les pommes de terre destinées à être lavées, il convient d’éviter de trop allonger ce délai afin de réduire le risque de contamination par certains pathogènes dégradant l’aspect des tubercules (gale argentée, dartrose,  rhizoctone).

Pour déterminer l’adhérence de l’épiderme (notamment pour les variétés à peau fine ou défanées avant maturité), un test de friction de la peau avec le doigt peut être pratiqué.

L’idéal reste de pratiquer la récolte des tubercules à des températures comprises entre 12 °C et 18 °C et en conditions de sol ni trop sèches ni trop humides.

 Il convient d’éviter de récolter :

  • par temps trop humide (risque de pourritures des tubercules, risque d’endommagement lié au secouage plus important des chaînes sur l’arracheuse, risque de détérioration de la structure du sol),
  • par temps trop sec (risque d’endommagement des tubercules par des mottes dures),
  • dans des conditions de température trop basse ou trop élevée (accroissement de la sensibilité des tubercules aux endommagements, échauffement excessif du tas en début de stockage et risque de déshydratation accrue). En cas de récoltes tardives, lorsque les températures de nuit sont en dessous de 8 °C, il est préférable de démarrer les travaux en milieu de matinée. Inversement, lors des grandes chaleurs estivales, il est préférable de récolter très tôt le matin et d’éviter de poursuivre l’arrachage l’après-midi et le soir.

Une température des tubercules dans la butte comprise entre 8 °C et 20 °C est la plus adéquate pour récolter. 

Modalités d’arrachage

Lorsque le volume foliaire des parcelles est très important, à moins d’opter pour une chaîne à larges mailles sur l’arracheuse, un broyage mécanique des fanes, effectué au défanage ou lors de l’arrachage, peut faciliter la récolte en limitant les risques de bourrages à l’avant de l’arracheuse et en répartissant de manière plus homogène des résidus de culture sur les chaînes de tamisage.

Les réglages de l’arracheuse doivent être adaptés pour limiter au maximum les endommagements des tubercules. Les ajustements suivants sont ainsi à vérifier régulièrement :

  • les 2ème et 3ème chaînes de l’arracheuse doivent être munies de gainages caoutchoutés performants, ainsi que l’élévateur,
  • la vitesse de rotation des chaînes (VRC) de tamisage doit être adaptée à la vitesse d’avancement (VAC) de l’arracheuse de façon à maintenir, au moins sur la première chaîne, une couche de terre fine protectrice pour les tubercules. Ce rapport (VRC/VAC) est généralement proche de 1 (variation entre 0,8 si sol sec ou texture légère et 1,2 si sols limoneux et argileux ou dans des conditions plus humides),
  • la vitesse de rotation de l’élévateur doit être faible,
  • les remorques doivent être équipées d’amortisseurs de chute (tapis amortisseur + matelas protecteur, bâches « stop choc »),
  • le canal d’arrachage doit être régulièrement nettoyé  pour éviter la formation d’une couche de terre sèche abrasive,
  • les hauteurs de chute doivent être limitées à 30 cm au maximum sur toute la chaîne de récolte – mise en stockage
  • les rehausses de la remorque doivent être retirées du coté du chargement pour faciliter la visibilité et réduire également les hauteurs de chutes.

Pour en savoir plus  

 

  • ARVALIS - Institut du végétal, 2004  - Brochure « Bien choisir ses outils de travail du sol à la récolte ».
  • GRAVOUEILLE J.M., 2010 - Endommagements mécaniques - Limiter la sensibilité. La Pomme de Terre Française n° 570, juillet-août 2010.
  • MARTIN M., 2010 - Objectif : Zéro blessures à la récolte. La Pomme de Terre Française n° 570, juillet-août 2010.
  • MARTIN M., 2009 - Des touches d’innovation. La Pomme de Terre Française n° 562, mars-avril 2009.
  • MARTIN M., 2008 - La maintenance du matériel assure la qualité de la récolte. Perspectives Agricoles n° 347, juillet-août 2008.

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