Comment le retour du froid hivernal impacte les céréales à paille ?
Le froid et le sec ont fait leur grand retour dans la région depuis fin décembre et la neige est tombée à gros flocons cette semaine ! Quelles conséquences sur les céréales à paille en cours de tallage ou à semer ?
Si l’on pouvait être inquiet des températures très douces début décembre sur le maintien des populations de pucerons dans les jeunes céréales implantées cet automne, le froid a eu raison d’eux !
Figure 1 : Météo récente sur le poste de Niort (79)
Quels risques sur les orges de printemps tout juste semées ?
Depuis ces dernières années, la pratique de semis d’orges de printemps à partir de fin novembre s’est amplifiée dans la région. Pourquoi ? Notamment pour des raisons de stress hydrique pour les parcelles non irriguées et de régularisation et/ou sécurisation du potentiel de rendement. Cette année, des semis d’orges de printemps ont effectivement débuté fin novembre, se sont poursuivis en décembre et ont repris ces derniers jours à la faveur de conditions plus sèches sur sol gelé avant l’épisode neigeux. Avec les chutes de neige, le redoux et les pluies annoncées fin de semaine, il faudra maintenant attendre un bon ressuyage des sols pour reprendre les chantiers.
Lire aussi : « Les Vrai/faux des orges de printemps semées à l’automne »
Les semis du 15 décembre davantage exposés au risque de gel
Avec le retour d’un vrai hiver cette année, quel est le risque de gel pour cette espèce plus sensible ?
- La semence, sèche, présente une résistance au froid maximale, notamment parce qu’elle est très peu hydratée. Ainsi, les semis les plus récents et à venir sont peu exposés.
- Dès lors que la plantule germe, la résistance au froid chute fortement, pour atteindre un minimum, que l’on situe environ au stade coléoptile. Le coléoptile est un organe de protection de la première feuille qu’il enveloppe et permet à la jeune feuille de lever par sa structure suffisamment rigide. Ce stade correspond à la sortie du coléoptile au-dessus de la surface du sol. Ce seuil « gel coléoptile » se situe autour de -6°C (température sous abri, soit -9 à -10°C au champ). Le risque sera accentué sur des parcelles gorgées d’eau. Ce sont les semis d’orges de printemps réalisés vers le 15 décembre qui ont pu être les plus exposés à ce risque car la levée coïncide avec la période froide enregistrée ces jours-ci. Heureusement, les parcelles en question sont plutôt saines jusqu’à maintenant. Contrôlez ainsi en priorité ces parcelles semées entre les 10-15 décembre.
Lire aussi : « Comment réagissent les céréales face au gel ? »
- Puis, la résistance au froid augmente à nouveau, pour atteindre un maximum courant tallage. Pour ce risque de gel hivernal, des températures en dessous de -10/-12°C durant l’hiver peuvent provoquer un gel partiel ou total des plantes, risque limité pour la région.
Tableau 1 : Estimations de la date de levée des orges de printemps selon date de semis – secteur Charente Maritime
Les ajustements à prévoir pour les semis très tardifs de céréales d’hiver
Fin décembre et les premiers jours de janvier ont souvent permis de réaliser les derniers semis prévus de céréales d’hiver dans de bonnes conditions. Si toutefois il reste des parcelles à implanter, il est encore envisageable de semer du blé tendre d’hiver jusqu’à la mi-février. Néanmoins, pour ces semis très tardifs, il faut désormais se tourner vers une variété adaptée et respecter certaines recommandations. Il est impératif de :
- S’assurer que la variété aura la capacité de monter à épi en optant pour une variété notée a minima 4-5 en termes d’alternativité pour des semis de 2e quinzaine de janvier ;
- Choisir une variété précoce à maturité pour qu’elle termine son cycle rapidement et soit le moins possible impactée par les accidents de fin de cycle, à savoir échaudage et déficit hydrique, régulièrement observés dans notre région.
Concernant les blés durs, toutes les variétés sont alternatives (elles ont toutes un faible besoin de vernalisation et un frein photopériodique réduit) les semis sont encore possibles jusqu’à fin janvier et même plus tard lorsque l’accès à l’irrigation est possible ou le réservoir utile du sol est important (> 120 mm).
Consultez les fiches variétés.
Un statut « céréale d’hiver » prolongé jusqu’au 31 janvier pour les usages phytosanitaires
D’un point de vue réglementaire, le nouveau catalogue des usages, paru en août 2023, considère désormais comme céréale d’hiver les céréales semées avant le 1er février.
Ainsi, un blé semé courant janvier demeure un blé d’hiver du point de vue du catalogue des usages phytosanitaires. Il est alors possible de le désherber avec les mêmes herbicides que ceux habituellement appliqués à l’automne. Toutefois, des précautions sont à prendre : certaines spécialités ont une AMM qui spécifie une interdiction d’application au-delà du 31 décembre ou dont la firme mentionne explicitement des conditions d’emploi particulières. Notons que dans ces conditions de semis très tardifs, le risque de salissement sera limité vis-à-vis des adventices automnales. Si l’emploi de racinaires devait s’envisager en début d’année, bien valider avec la firme cette possibilité et toujours respecter les conditions climatiques favorables aux herbicides racinaires.
Pour les semis de céréales d’hiver qui seraient réalisés à partir du 1er février 2026, la culture devient « culture de printemps » du point de vue des usages phytosanitaires. Dans ce cas, la liste des herbicides utilisables se restreint.
A noter que ce classement au titre du catalogue des usages phytosanitaires n’a rien à voir avec le statut des cultures du point de vue de la réglementation PAC.
Réagissez !
Merci de vous connecter pour commenter cet article.