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Chaleur exceptionnelle d’octobre : les conséquences possibles sur les céréales juste semées

L’épisode de douceur, voire de chaleur automnale inédite, place octobre 2022 au rang du mois d’octobre le plus chaud depuis plus de 40 ans. Quelles conséquences pour les céréales d’hiver qui viennent d’être implantées ?
Levée des céréales d’hiver

Sur la période du 1er au 31 octobre, en moyenne sur près de 300 stations météorologiques bénéficiant d’un historique supérieur à 20 ans, l’anomalie de température a été de +3,3°C (16,3°C au lieu de 13,0°C). Autrement dit, nous avons bénéficié en octobre de températures habituellement rencontrées en septembre.

Evidemment, cette météorologie atypique a été associée à un rayonnement moyen en légère hausse (+4 %) et à des précipitations en baisse sur 80 % du territoire.

Carte 1 : Ecart de cumul de température (en degrés-jour) entre le 1er et le 31 octobre 2022 par rapport à la médiane 2002/2021
Ecart de cumul de température (en degrés-jour) entre le 1er et le 31 octobre 2022 par rapport à la médiane 2002/2021

Une émission accélérée de feuilles d’un gabarit supérieur

D’un point de vue physiologique, des températures aussi douces voire chaudes vont évidemment impacter la croissance et le développement des céréales :

  • La levée va être accélérée, sous réserve que l’humidité du sol soit suffisante. Les céréales ont besoin d’environ 150 degrés-jour (base 0°C) pour lever (pour une profondeur de semis normale, autour de 2-3 cm). Cette durée va passer d’une valeur habituelle de 10-15 jours à plutôt 7-10 jours cette année.
  • L’émission des feuilles va être rapide : le phyllotherme des céréales d’hiver étant de 100 à 150°Cj, la douceur que nous venons de connaître va conduire à des stades foliaires plus avancés à date calendaire constante.
  • La croissance foliaire va être accrue : la taille des premières feuilles dépend de la température lors de leur émission.

Le contexte 2022 va donc générer des feuilles légèrement plus grandes, et une émission accélérée. La surface foliaire va donc croître plus vite qu’à l’accoutumée, ce que l’on peut déjà voir dans les parcelles qui apparaissent très « vertes » pour un début novembre.

Les espèces et variétés alternatives « galopent »

Les températures rencontrées ont été peu propices à la vernalisation. Pour les espèces d’hiver nécessitant une vernalisation ou freinés par la durée du jour, le cumul thermique actuel n’impacte pas la phénologie de l’année. A l’inverse, les espèces alternatives ou de printemps (blé dur, orge de printemps, mais aussi et surtout les CIPAN et CIVE) vont être fortement accélérées par la chaleur de ces dernières semaines. La manifestation la plus visible peut être l’épiaison d’espèces précoces implantées cet été pour couvrir les sols.

Les céréales n’ont pas encore expérimenté des températures fraîches voire froides nécessaires à l’endurcissement vis-à-vis du gel. Le scénario à craindre serait donc une chute brutale et significative des températures et l’apparition rapide de gelées fortes.

Quelques points de vigilance

Parallèlement, les conséquences agronomiques et sanitaires de la période chaude et sèche semblent plus impactantes :

  • La sécheresse relative des horizons de surface peut induire des préparations grossières des lits de semence et affecter la qualité de levée. Heureusement, les céréales à paille présentent une forte plasticité en cas de pertes de plantes à la levée.
  • La douceur a pu favoriser le maintien et l’activité des ravageurs, notamment pucerons et cicadelles sur céréales.
  • La sécheresse a sans doute gêné l’activité des limaces, mais les préparations parfois grossières associées à un retour de conditions climatiques plus humides et fraîches doivent conduire à la vigilance vis-à-vis de ce ravageur.

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