Maïs fourrage : évaluer les conséquences du stress hydrique à l'approche de la floraison
Le déficit hydrique observé depuis plusieurs semaines intervient au moment où de nombreux maïs fourrages approchent de la floraison, stade sensible au manque d’eau. Selon l’intensité du stress et le type de sol, les conséquences peuvent aller d’un simple ralentissement de croissance à un arrêt définitif du potentiel de production.
Déficit hydrique observé sur la période du 20 mai au 1er juillet 2026, calculé à partir du bilan pluie moins évapotranspiration potentielle (P-ETP).
La carte de gauche présente les valeurs observées en 2026 ; la carte de droite montre l'écart à la médiane des années 2006 à 2025. Ces indicateurs permettent d'apprécier l'intensité du stress hydrique subi par les maïs à l'approche de la floraison.
Les effets peuvent toutefois être accentués selon les types de sols et la capacité du réservoir utile.
Des conséquences variables selon le stade de la culture et l'intensité du stress
Avant floraison, un fort stress hydrique peut bloquer la plante dans l’enchaînement des stades et l’initiation de la floraison. D’autre part, il peut limiter la croissance de l'appareil végétatif, accélérer le dessèchement des feuilles (y compris avec des brûlures) et, dans les cas extrêmes, entraîner la mort de la plante. Un stress modéré en préfloraison limitera le développement végétatif de la plante mais également le nombre d’ovules. Si l’alimentation hydrique s’améliore à l’approche de la floraison, les épis seront quasi normaux en fonction du nombre d’ovules mis en place.
Autour de la floraison, le maïs est particulièrement sensible au déficit hydrique. Un manque d'eau peut perturber la fécondation et provoquer l'avortement des jeunes grains. Ce risque persiste jusqu'au Stade Limite d'Avortement des Grains (SLAG), qui intervient environ 250 degrés-jours après la floraison femelle, soit une quinzaine de jours plus tard selon les conditions climatiques. Au-delà de ce stade, les grains deviennent moins sensibles à l'avortement, mais un déficit en eau durant cette phase diminue le remplissage des grains, accélère le dessèchement des feuilles et des tiges, limite le rendement final et avance la maturité de la culture.
Trois situations pour diagnostiquer la poursuite de la culture ou une récolte anticipée
Sous l'effet du stress hydrique, les feuilles s'enroulent pour limiter les pertes en eau. Cet aspect vert-gris et dressé ne signifie pas nécessairement que la culture est condamnée. L’observation au cœur de la parcelle et l’inspection de l’appareil végétatif sont indispensables pour poser le diagnostic. La décision d’ensiler s’avère délicate à ce stade car les parcelles comportent souvent des zones sèches et des zones encore vertes. Elle doit être guidée par la proportion de surface dont le rendement n'évoluera plus, celle qui conserve un potentiel de reprise en cas de pluie, ainsi que par le volume de biomasse en place.
Pour guider la décision, trois situations peuvent être distinguées.
1. Les situations encore peu pénalisées, en sols moyennement profonds. Les feuilles sont enroulées et présentent une teinte « vert grisé ». Seules quelques feuilles basses sont desséchées (couleur gris-marron). La majeure partie du feuillage reste fonctionnelle et la culture conserve un potentiel de reprise en cas de retour des pluies, même si la croissance restera pénalisée.
Recommandation : attendre la floraison et, si elle a lieu, évaluer la formation des épis avant d'envisager une récolte anticipée.
2. Les parcelles en situation intermédiaire comptent plus de 30% des feuilles desséchées (couleur marron). Les dernières feuilles émises prennent une teinte marron à leur extrémité et blanchissent. Malgré cette dégradation, le feuillage encore vert peut encore repartir si les conditions redeviennent favorables rapidement.
Recommandation : surveiller l'évolution de la parcelle et les prévisions météorologiques. En l'absence de pluie significative dans les jours à venir, une valorisation en affouragement en vert ou au pâturage peut être envisagée. À ce stade, la teneur en matière sèche (autour de 22%) reste généralement insuffisante pour l'ensilage.
3. Pour les parcelles les plus préoccupantes, il reste moins de deux feuilles vertes par plante et l'émission de nouvelles feuilles est bloquée. Le retour des pluies ne permettra plus de relancer sa croissance.
Recommandation : envisager très rapidement la récolte afin de préserver au mieux la capacité de conservation et de valorisation du fourrage disponible en adaptant la stratégie selon l’état de développement.
Récolte anticipée : raisonner d'abord la valorisation du fourrage
Une récolte à un stade si jeune n’est pas habituelle et nécessite un temps de réflexion pour retenir la solution la plus adaptée. Il faut s’interroger au préalable sur la valorisation possible de la biomasse récoltée en commençant par estimer la quantité récoltable. Dans le cas de gabarit très restreint, l’état du bilan fourrager et le coût rendu auge – dépendant des frais de récolte engagés – devront guider la décision.
Le pâturage : option la plus économique pour les petits gabarits
Lorsque la biomasse disponible est limitée, le pâturage direct peut constituer l'option la plus intéressante. Il évite les frais de récolte et de conservation tout en contribuant à préserver le bilan fourrager de l'exploitation. Cette solution nécessite toutefois un accès des animaux à la parcelle ainsi que la mise en place d'aménagements adaptés (clôtures, abreuvement).
L'affouragement en vert : option intermédiaire avant l'ensilage
L'affouragement en vert peut être envisagé lorsque les conditions ne sont pas favorables à la conservation du fourrage. Cette solution permet de valoriser rapidement la biomasse disponible tout en évitant les risques liés à un fourrage trop humide ou, au contraire, trop sec.
L'ensilage : option à adapter à l'état de la culture
Lorsque les conditions le justifient, l'ensilage reste possible. Il est alors conseillé d'utiliser une ensileuse équipée de becs à maïs ; en l'absence d'épis, l'éclateur peut être retiré. En revanche, les chaînes de récolte de type herbe (fauche, andainage, ensilage) semblent peu adaptées dans ce contexte de sécheresse, notamment en raison des risques d'incorporation de terre et d'incendie.
Pour la conservation
Les règles de confection du silo restent celles d'un ensilage classique : couches fines, tassage soigné et fermeture hermétique. Ce type de fourrage contient encore suffisamment d’eau dans les tiges ainsi qu’un taux de sucres fermentescibles permettant une activité biologique favorable à la conservation. Les conservateurs ne constituent généralement pas une priorité pour ce type de fourrage.