Blé tendre du Sud-Ouest : la compétitivité se joue du champ au marché
Première production céréalière du Sud-Ouest en volume, la filière blé tendre mobilise l’ensemble de ses acteurs autour de sa compétitivité, après une campagne marquée par des conditions climatiques et économiques difficiles. Performance des exploitations, qualité des grains et valorisation sur les marchés : plus de 150 agriculteurs, organismes stockeurs, transformateurs et clients ont partagé leurs expertises et identifié des leviers concrets lors du colloque Forum Blé tendre Sud-Ouest, organisé à Blagnac par ARVALIS en partenariat avec Intercéréales et l’AGPB.
Faire dialoguer les marchés et la production
Le blé tendre du Sud-Ouest présente des qualités technologiques recherchées par la meunerie et par l’alimentation animale, en France comme en Espagne. Cette capacité à répondre à des usages diversifiés s’illustre notamment dans la production de blé de force, dont le bassin concentre environ un tiers des surfaces françaises. Ces atouts doivent toutefois continuer à faire la différence, notamment sur le marché espagnol, où les blés du Sud-Ouest sont concurrencés par d’autres origines proposant des qualités comparables à des conditions plus compétitives.
Alexandre Soules, coprésident du Forum blé tendre Sud-Ouest, témoigne : « Le blé tendre occupe une place essentielle dans mon exploitation. Sa conduite demande une véritable technicité pour produire des blés de qualité et à forte valeur ajoutée. Mieux comprendre les besoins des clients doit aussi nous permettre de mieux valoriser notre production. »
Le travail d’allotement permet de mieux ajuster les qualités produites aux besoins des marchés. Les filières tracées peuvent aussi générer une prime, dont le bénéfice pour le producteur dépend des exigences à respecter. La contractualisation contribue à sécuriser la filière. Le blé tendre du Sud-Ouest peut ainsi s’appuyer sur des savoir-faire et une diversité de productions pour conforter sa compétitivité.
À chaque exploitation sa trajectoire de compétitivité
Si la qualité constitue un levier essentiel de création de valeur et de compétitivité, la maîtrise des coûts l'est tout autant. Depuis 2022, les charges de production du blé tendre ont augmenté d'environ 150 euros par hectare, tandis que l'irrégularité des rendements liée aux aléas climatiques pèse davantage sur l’équilibre économique des exploitations. Dans ce contexte, il n'existe pas de solution unique : chaque exploitation doit construire sa propre trajectoire de compétitivité.
« Depuis quatre ans, les céréaliers sont dans le rouge. Les leviers techniques peuvent améliorer la performance des exploitations, mais ils ne suffiront pas sans une juste valorisation de la qualité et des prix rémunérateurs. Les producteurs doivent pouvoir vivre de leur travail et investir pour maintenir une production compétitive. » souligne Éric Thirouin, président de l’AGPB.
Les travaux d’ARVALIS permettent d’identifier des leviers d’action pour améliorer la performance des exploitations. Les postes de mécanisation et de main-d’œuvre peuvent notamment présenter un potentiel d’amélioration de 100 à 150 euros par hectare. Au champ, l’innovation variétale est une voie pour concilier adaptation au changement climatique et qualités attendues par les marchés. Enfin, le pilotage plus précis de la fertilisation, associé à d’autres leviers agronomiques, peut permettre d’économiser jusqu’à 50 unités d’azote par hectare tout en maintenant la qualité de la récolte. La mise en œuvre de ces leviers dépend toutefois des caractéristiques de l’exploitation et des conditions de l’année. Leurs effets peuvent varier et ne s’additionnent pas systématiquement.
Pour David Vincent, coprésident du Forum Blé tendre Sud-Ouest : « Améliorer la performance économique tout en maintenant la qualité des blés est un enjeu très concret dans nos exploitations. Animé par ARVALIS, ce Forum fait dialoguer producteurs, organismes stockeurs, transformateurs et clients pour mieux répondre aux attentes des marchés et construire ensemble la filière de demain ».
Et Benoît Piétrement, président d’Intercéréales, de conclure : « Notre filière est stratégique, et chacun de ses maillons est indispensable : sans transformation, la production ne trouve pas sa pleine valeur ; sans production, le stockage n’a pas de raison d’être ; sans matière première, la transformation non plus. C’est ensemble que nous tracerons la voie d’une filière compétitive. Des événements comme celui-ci nous le rappellent : nous y parviendrons grâce à une vision partagée et à la dynamique collective que nous entretenons. »